ACTE TIIOISIÉME
MARTHE
Quoi?
SIMONE
C'est un secret. Tu sauras plus lard.
MARTHE
Veux-tu que je fasse apporter la lampe?
SIMONE
Non, j'aime bien cette lumière de la fin du jour. Astu remarqué? Elle a l'air de venir, non plus du ciel, mais de la terre et de la mer. Les choses ressemblent à des apparitions... On les dirait éclairées par une lumière qui leur est propre... Les yeux, par exemple... on voit mieux les yeux au crépuscule.
MARTHE
Tu n'as pas froid?
SIMONE
Non.
MARTHE
Alors ton mari est toujours gentil pour toi?
SIMONE
S'il n'était que gentil, cela ne me suffirait pas. Il m'aime, ce qui est bien autre cho.se. Je puis bien le dire, puisque cela est vrai et que, pour être aimée, il n'est pas toujours nécessaire de le mériter.
MARTHE
Mais, dis-moi... Comment faiine-t-il?
SIMONE
Est-ce que cela peut se raconter? Non seulement il est bon, très bon (et tu penses si, avec moi, il a des occasions d'exercer sa bonté!), mais si tendre, avec
cela... si tendre! Tiens, quelquefois, la nuit, quand il croit que je dors et que je ne le vois pas... doucement, tout doucement il baise mes cheveux... et il reste là, longtemps, le front dans mes nattes... Enfin ce que je vais te dire te paraîtra bien prétentieux...
MARTHE, très agitée.
^'a toujours!
SIMONE
Eh bien, il y a des moments... oh! je sais pourtant bien que je ne le mérite pas... où je me figure que je suis vraiment pour lui ce qu'il est pour moi...
MARTHE
C'est-à-dire?...
SIMONE
C'est-à-dire... tout, ou presque tout.
MARTHE
Mais enfin, quand vous êtes seuls, comment est-il avec toi? Est-ce qu'il t'embrasse souvent?...
SIMONE
Tu as de ces questions...
MARTHE
Qu'est-ce que ça fait?
s I M ONE.
Naturellement, il m'embrasse!
Et comment t'embrasse-t-il?
Mais... très bien.
MARTHE
Comme on embrasse un enfant ?