‹ Théâtre de Jules Lemaître. -Chapitre 204 sur 273 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Ne me tente pas, Flipote ; ne m'enlève pas mon couraf>-e... Si j'avais la faiblesse de te céder, tu ne tarderais pas, hélas! à te repentir de ta générosité.

FLIPOTE.

■ Moi? C'est mal, chéri, ce que tu dis là. Est-ce cju'il peut être question de générosité entre nous deux? Est-ce qu'on fait attention à ces choses-là quand on s'aime? Est-ce que nous ne sommes pas déjà depuis longtemps mari et femme? Est-ce que ce qui est à l'un n'est i)as à Tautre?

LEPLUCHEUX.

Et le monde?

FLIPOTE.

Il se fiche pas mal de nous, le monde.

LEPLUCHEUX.

Et ma conscience?

FLIPOTE.

Eh bien, quoi? tu auras tes appointements, après tout.

LEPLUCHEUX.

Douze cents francs.

Plus tes feux.

Ça fait dans les di.x-huit cents... Et toi, trente mille, quarante mille, on ne sait pas... Tu vois bien (jue c'est impossible.

FLIPOTE, comme poussée par un ressort.

Emile!

31i FLIPOTE.

LEPLUCHEUX.

Quoi?

FLIPOTE.

Je devine tout.

LEPLUCHEUX.

Hein?

FLIPOTE.

Tu ne m'aimes plus! Tu en aimes une autre!

LEPLUCHEUX.

Moi !

FLIPOTE.

Tu aimes une autre femme!

Ah! tu es cruelle, Flipote.

FLIPOTE.

Jure-moi que tu n'aimes pas une autre femme.

LEPLUCHEUX.

Je t'adore, Flipote, et c'est même là tout mou malheur.

FLIPOTE.

Alors, épouse-moi.

LEPLUCHEUX.

Mais je ne peux pas, enfant! Comprends donc que je ne peux pas.

FLIPOTE, faiblement.

Veux-tu que je refuse l'augmentation qu'on m'offrira?

LEPLUCHEUX, effrayé.

Tu ne feras pas ça?

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