ACTE l'UKMlER. Sl.J
FLIPOTE, sans insister.
Je ne le ferai pas puisque tu ne veux pas. Mais alors, puisque c'est toi qui ue veux pas que je reste pauvre comme avant, tu n'as plus de raison pour me repousser. Ou"as-tu à répondre à cal... Et puis, quoi? ce qui alarme ta délicatesse, c'est que je vais gagner un peu d'argent : mais à qui le devrai-je eu somme? Est-ce que je ne suis i)as ton élève"? Oui est-ce qui me lait creuser mes rôles? Oui est-ce qui me mâche tous mes effets?
LEI'LUCIIEUX.
Tu exagères, Flipote... J"ai pu quelquefois te donner des indications utiles, je ne dis pas,
FLIPOTE.
Tu vois? C'est à toi que je le dois, mon talent. Tu ne feras que rentrer dans ton bien... Mon talent?... Veux-tu que je te dise la vérité? De nous deux... on ne le croit pas... c'est toi qui en as, du talent!
LEPLUCIIEUX.
Tu en as autant que moi, Flipote.
FLIPOTE.
Ne dis pas ça, mon chéri, ne dis pas ça! Moi, j'ai du chien, un peu de tempérament... Mais le vrai talent, la distinction, la composition, la profondeur... c'est toi qui as tout ça. Et, va, on ne tardera pas à s'en apercevoir, je suis bien tranquille là-dessus. Qu'est-ce qu'il te faut? Il ne te faut qu'un rôle.
LEPLUCIIEUX.
Évidemment.
FLIPOTE.
Eh bien, tu l'auras un jour ou l'autre, ce rôle, ça ne peut pas manquer... Tu n'as donc plus d'objections.
31fi FLIPOTE.
(Le caressant.) Avoue, mon gros cliéri, mon petit mari, avoue que tu n'en as plus.
LEPLUCHEUX.
Je ne peux pas te répondre tout de suite, Flipolc... Ne brusquons rien... dans notre intérêt à tous deux : car ma dignité, n'est-ce pas? c'est la tienne... Jai besoin d'être encore seul avec moi-même, de me scruter plus à fond...
Il prend son cliapeau pour sortir.
FLIPOTE.
C'est ça, mon chéri, va faire un tour et reviens déjeuner avec nous tout à l'heure... Mais c'est égal, tu es un homme, toi! tu peux t'en vanter.