‹ Théâtre de Jules Lemaître. -Chapitre 30 sur 273 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

MADAME UE VOVES.

Y a-t-il autre chose?

Un temps.

ANDRÉ

Je viens de causer avec Rousseau. Le pauvre garçon m'a fait de la peine.

MADAME DE VOVES.

Ou"est-ce qu'il a?

ANDRÉ

Si vous croyez que c'est agréable, pour un homme qui travaille tout le jour, de traîner comme cela sa femme de soirée en soirée !

MADAME DE YoVES.

Ce n'est que cela? Tu m'avais fait peur. Bah! cela lui ai'rive une fois i)ar semaine, deux fois au plus.

ANDRÉ

C'est encore trop... Je crains décidément que vous n'ayez pas rendu un très bon service à madame Rousseau — et à son mari, — en les attirant ainsi dans votre monde.

J'ai beaucoup d'amitié pour Hélène. Je l'invite ou la fais inviter, parce que cela lui fait plaisir et me permet de la voir plus souvent. Puis ce monde était celui de sa mère, après tout. Enfin, la corvée n'est pas plus dure pour monsieur Rousseau que pour d'autres maris, et il pourrait se dispenser de te faire ses doléances.

ANDRÉ

Pierre ne m'a rien dit, ma mère. Seulement, comme je le connais, je devine qu'il est très malheureu.v et qu'il a d'autres ennuis que celui de stationner dans un bal... Mais vous, ètes-vous contente du succès de votre

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petite amie"? Ce qui fait le malheur des uns... Demandez le reste à Bretigny.

MADAME DE VOVES.

Quoi donc! Qu'y a-t-il encore?

ANDRÉ

11 y a que madame Rousseau et lui ne se quittent plus, et qu'on le remarque, et qu'on en cause. Vous le savez aussi bien que moi!

MADAME DE VOVES.

Oui, je le sais. Je ne voulais pas t'en parler : j'ai si grand'peur de la sévérité de tes jugements sur elle! Je t'en prie, ménage-la dans ta pensée. Qui sait s'il n'y a pas, dans tout cela, de la faute de son mari? Je suis bien sûre, moi, qu'elle n'est pas mauvaise. Il faut qu'il y ait entre eux quelque horrible malentendu... C'est un très brave homme, ton Rousseau; il a, si tu veux, toutes les vertus. Mais, enfin, pourquoi n'a-t-il pas su se faire aimer?

Hé! parce qu'elle n'a pas de cœur!

MADAME DE VOVES.

Non, non, ne dis pas cela. Je te jure qu'elle n'est pas ce que tu crois... Inquiète seulement et tourmentée... L'esprit faussé, dès l'enfance, par l'injustice d'un malheur où elle ne comprenait rien, et, par suite, ne sachant plus maintenant voir le bonheur où il est. Mais cela viendra. Elle saura un jour... En attendant, il faut la plaindre.

ANDRÉ

La plaindre? \'ous n'avez que cela à dire, ma chère mère. Et pourquoi la plaindre? Que lui manque-t-il donc? P211e a un mari qui l'adore, qui, si elle avait les goûts de sa condition, la ferait vivre largement par son

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