ACTE DEUXIÈME
travail, cl qui, sans quelle s'en doute, lui fait le plus grand honneur. Car Pierre n'est pas seulement, comme vous dites, un brave garçon (ce qui serait déjà joli), c'est l'homme le plus noble et, sous ses modestes allures, du caractère le plus élevé que j'aie rencontré dans ma vie. Il est possible que je le dépasse dans l'art de nouer une cravate, et que madame Housseau, l)ien qu'elle me déteste d'instinct, me trouve plus « distingué » que lui. Mais moi, qui le connais, je sais le peu que je suis à côté de cet homme simple; et ce n'est pas seulement de l'amitié que j'ai pour lui, c'est du respect. Si je ne suis pas devenu un inutile et plat viveur, c'est à mon vieux Pierre, c'est à son influence que je le dois. Et voilà l'homme que cette toquée dédaigne ! Et c'est elle que vous plaignez! Moi, c'est lui que je plains et de tout mon cœur! Elle se dit révoltée. Contre quoi? Contre le devoir, — contre le devoir le plus sacré et en même temps le plus facile. Voulezvous que je vous dise? C'est une fille ! comme sa mère, apparemment.
André!
ANDRÉ
Oui, je sais, il ne faut pas y toucher non plus à celle-là. C'était votre amie... Au fait, vous ne m'avez jamais conté cette histoire. Pierre me l'a dite un jour en deux mots, et je n'ai pas demandé de détails, naturellement... Qu'est-ce que c'était que cette femme? Où l'avez-vous connue? Comment s'appelait-elle?
MADAME DE VOVES.
Tu comprends, mon enfant, qu'il ne me soit pas permis, même aujourd'hui, de te dire son nom.
En voilà une qui a su se cacher, au moins! Car j'ai connu toutes vos amies, et je n'en vois aucune sur (jui-
mes soupçons puissent s'arrêter avec quelque vraisemblance... Était-elle mariée?
MADAME DE VOVES.
Oui, mariée sans amour, comme nous le sommes presque toutes.
ANDRÉ
Qu'était son mari?
MADAME DE VOVES.
Un Bretigny, si tu veux; moins intelligent peut-être. Au bout de trois ans de mariage, il était retourné aux fdles, et toute vie commune avait cessé entre .a lemme et lui. Elle était fort jeune encore, assez romanesque et très courtisée C'est alors qu'elle rencontra le père d'Hélène. C'était... oh! mon Dieu! c'était encore un Bretigny, celui-là ! Je ne sais vraiment pas, de lui ou du mari, lequel valait le mieux.
ANDRÉ
Mais comment votre amie est-elle sortie de l'usage qui est, je crois, de faire endosser tous les enfants au mari? Est-ce par loyauté ou par nécessité?
MADAME DE VOVES.
Par loyauté. Je te jure que ce n'est point un héroïsme que je lui attribue après coup. Elle aui'ait pu se rapprocher de son mari. Mais c'était une femme très fière et prête à tout plutôt que de s'abaissera cette comédie... Aujourd'hui... ne t'indigne pas... mais je me demande si sa loyauté avait raison, et s'il ne valait pas mieux pousser la trahison jusqu'au bout que de sacrifier une innocente enfant. Sa faute l'avait mise dans une de ces situations qui ne vous laissent le choix qu'entre deux mauvaises actions. Je me demande parfois si elle n'a pas choisi la pire!
ANDRÉ
Oh! ne dites pas cela, ma mère... Ainsi, la naissance de l'enfant a été secrète?