SCENE III
Les Mêmes, BRETIGNY.
MADAME DE VOVES.
Arrivez ici, monsieur de Bretigny, qu'on félicite le premier clown des temps modernes, le Léotard des classes dirigeantes!
BRETIGNY
Ah ! vous savez?
MADAME DE VOVES.
Oui, que vous étiez magnifique sous le maillot à paillons; qu'on a fort admiré vos biceps; que vous avez soulevé des poids énormes, crevé des cerceaux en papier et fait le saut périlleux, d'un trapèze à l'autre, à vingt mètres au-dessus du plancher.
BRETIGNY
Quinze seulement, chère madame.
MADAME HERBEAT.
Et moi, cher monsieur, permettez-moi de ne pas joindre mes félicitations à celles de madame de Voves, mais de flétrir, au contraire, des fantaisies déshonorantes qui ravalent au rang des histrions et des baladins les derniers représentants de la noblesse française .
BRETIGNY
C'est très bien écrit. — Parlez-vous sérieusement"?
MADAME HERBEAU.
Mais... presque !
BRETIGNY
Je me défendrai donc. Que voulez-vous que fasse à Theure où nous sommes un homme de notre monde? La politique lui est interdite. Elle est accaparée par d'autres baladins dont les exercices sont beaucoup plus dangereux, — pour les spectateurs, — et moins amusants. L'armée? c'est, en effet, le refuge de tous ceux qui ont le cœur un peu haut. Aussi en ai-je été. Mais on s'y ennuie trop en temps de paix. J'en avais assez de compter des boutons de guêtres. La littérature? je ne saurais et j'ose dire que je ne daignerais. Le naturalisme est trop plat et le dilettantisme trop stérile. Je trouve plus beau de jouir de sa vie que de l'écrire. Vous dites que j'avilis ma race? Je la relève! Vous connaissez les phrases des rhéteurs et des journalistes sur les derniers rejetons abâtardis des vieilles aristocraties. Eh bien ! nous les régénérons, les rejetons abâtardis! Nous sommes forts, nous avons des muscles, comme les portefaix, — et comme nos ancêtres les guerriers fi'ancs, comme les compagnons de Charlemagne, qui n'étaient que des brutes superbes.