ACTE TROISIEME
Pardonnez-moi. Je vous assure que j'ai un grand mérite à risquer ainsi de vous déplaire.
HÉLÈNE
Je vous ai peinée? C'est bien cjntre ma volonté. Avouez aussi qu'il vous arrive de me tourmenter pour peu de chose.
MADAME DE VOVES.
J'ai tant vu souffrir votre mère, que tout m'épouvante pour vous.
HÉLÈNE
A-t-elle tant souffert?
MADAME DE VOVES.
Hélène!
HÉLÈNE
Je ne sais pas, moi, je ne l'ai jamais vue. Elle a été malheureuse? Je veux le croire. Elle l'aurait moins été si elle avait voulu me voir, si elle m'avait tout dit... Ah ! j'aurais bien gardé son secret et je l'aurais bien aimée! Mais aime-t-on une ombi'e? moins qu'une ombre, un nom? car je n'ai même pas son portrait, et quand vous me parlez d'elle, c'est comme si vous me parliez d'une étrangère. Et cela est si triste au fond que je me sens alors devenir méchante; et c'est dans ces- moments-là que je me crois tout permis. Vous choisissez donc bien mal vos arguments, ma pauvre amie.
Vous m'en voulez?
HÉLÈNE
Mais non, mais non. Je vous aime bien : vous avez toujours été excellente pour moi. Seulement, c'est pour votre bonté que je vous aime, — et non pour vos gronderies, surtout quand elles sont si fort en avance sur la faute.
MADAME DE VOVES.
Si fort en avance? Ètes-vous sûre?
HÉLÈNE
Que voulez-vous dire?
MADAME DE VOVES.
Que cette lettre ne partira pas.
Eq même temps, elle prend la lettre sur la table et la ildcliire. HÉLÈNE.
Mais, madame...
MADAME DE VOVES.
Écoutez-moi d'abord. Il le faut. Mon fds se bat demain.
HÉLÈNE
Vraiment? Croyez bien que je prends part... Mais je ne vois pas quel rapport...
MADAME DE VOVES.
Il se bat avec monsieur de Breti^nv.
Et pourquoi?
MADAME DE VOVES.
A cause de vous.
HÉLÈNE
A cause de moi? Comment cela?
MADAME DE VOVES.
André lui a fait observer qu'il vous compromettait, et l'autre a mal pris ses observations.
HÉLÈNE
Ah?... Mon Dieu, je suis fort reconnaissante à votre fils de ses bons sentiments à mon endroit... Mais, — en supposant qu'il ne se soit pas trompé, — il me