SCÈNE II Les MÊMES, ANDRÉ
ANDRÉ
Vous avez quelque chose à me dire"?
HÉLÈNE
Oui, monsieur. Je sais pourquoi vous vous battez.
Je vous suis sans doute reconnaissante du sentiment qui vous a poussé à me prendre sous votre protection ; mais il me semble que je n'étais pas en si grand danger et que vous me protégez trop. Quand il serait vrai, comme on le pense ici, que j'ai été imprudente ou coquette un soir, y avait-il là de quoi justifier votre démarche auprès de monsieur de Bretigny, — et ce qui va s'ensuivre?... Vous deviez, d'ailleurs, ce me semble, me parler auparavant. Je ne veux pas, s'il arrive quelque malheur, me dire que j'en ai été la cause, même involontaire; je repousse le rôle que vous me donnez, et je vous prie de voir s'il n'y aurait pas moyen d'arranger — ou d'ajourner — une affaire que je trouve ridicule et qui peut devenir tragique.
.\NDRÉ.
Cela est impossible et vous le savez bien. Que j'aie eu tort ou raison, ce qui est fait est fait. Vous-même, vous n'attendez pas que j'envoie des excuses à monsieur de Bretigny. C'est donc uniquement pour me faire connaître vos sentiments à mon endroit que vous avez voulu me parler. Franchement, vous auriez pu choisir une autre heure.
HÉLÈNE
Je vous entends, et c'est cela qui m'irrite. La situation qu'on m'a faite est telle que je dois paraître odieuse, quoi que je dise, et que vous aurez toujours les apparences de la générosité. Mais, dans tout cela, j'estime que c'est moi la vraie victime. Je suis une femme d'aujourd'hui, moi, et qui ne comprends rien à vos façons solennelles et terribles de prendre les choses. Ce qui me dépite, c'est qu'au moment même où vous m'exposez à toutes sortes d'ennuis, où vous venez brusquement et gratuitement me jeter en plein drame, je dois encore vous remercier de ces violences,