SCÈNE III Les Mêmes, MADAME LEVEAU, MARGUERITE
DESLIGNIERES, à part et gaiement en voyant entrer Marguerite.
Enfin!
MAUURUN.
Bonsoii', madame Leveau... mademoiselle Marguerite; votre père ne vient pas?
Madame Leveau serre la main à madame Rosimond comme à une amie. MARGUERITE.
Il va venir tout à l'heure. Savez-vous ce qu'il a fait, papa"? Il a renversé le ministère.
Allons donc?
MARGUERITE
Eh bien, VOUS êtes poli, vous, monsieur! Pourquoi papa n"aurait-il pas renversé le ministère?
DESLIGNIERES.
Mais comment? A six heures, ça marchait très bien pour le gouvernement. Ça marchait même si bien que ça n'était plus intéressant du tout et que je me suis en allé.
MARGUERITE
Il paraît que ça s'est fait au dernier moment, quand personne ne s'y attendait. Papa est monté à la tribune. Il a été très éloquent. La majorité a voté... la prise en considération... ça se dit comme ça?... du projet de loi. Le ministère a donné sa démission, séance tenante. Et voilà!
MADAME ROSIMOND.
Mais c'est affreux, ce que vous nous annoncez là, mademoiselle! Ainsi, on va fermer les églises, chasser les pauvres prêtres...
MARGUERITE
Oh! papa ne demande pas tout ça II m'a fait élever au couvent. Ainsi!... C'était seulement pour ennuyer les autres. C'est de la politique, n'est-ce pas, monsieur Deslignières?
DESLIGNIÈRES.
Hélas! oui, mademoiselle...
MADAME ROSIMOND. Alors, c'est bien différent. (Sassevcant auprès de madame Leveau, à droite de la scène.) VouS dcvCZ être flère de VOtre
mari, madame';'
MADAME LEVEAU
Ah! madame, ne m'en parlez pas!... Leveau a de si drôles idées depuis qu'il est dans la politique! Je n'aurais jamais cru, quand je l'ai connu, que cet homme-là serait un jour avec les rouges. Ce n'est pas que je sois plus dévote qu'une autre. Mais, voyez-vous, il ne faut jamais toucher à la religion.
MADAME ROSIMOND.
Bien parlé, madame.
MADAME LEVEAU
Et puis... si vous saviez ce que c'est que d'être la femme d'un homme célèbre...
MADAME ROSIMOND.
Mais je le sais, madame.
MADAME LEVEAU
Oui, mais vous, vous êtes dans la même partie que