ACTE PREMIER
monsieur votre mari. Alors, vous pouvez le comprendre. Tandis que moi...
MARGUERITE
Mais, maman, nos petites affaires ne peuvent pas intéresser bien vivement madame...
M A 1) A ME R 0 s 1 M 0 N D .
Mais si, mais si; beaucoup, au contraire.
MADAME LE VEAU, à Marguerite.
Tu vois? Tu es toujours à faire la leçon à ta mère!
MARGUERITE
Oh ! maman!
MADAME LE VEAU, à madame Rosimond.
Ce qui est certain, madame, c'est qu'à mesure que Leveau est devenu célèbre... je vous dis cela à vous... il a été moins aimable avec moi et est moins resté à la maison... C'est au point que, chaque fois qu'il a un succès à la Chambre et que les journaux parlent de lui, je me dis : « C'est moi qui va payer ça ! »
MARGUERITE, tristement, bas, à Deslignières.
La voilà partie!
Elle va causer avec Deslignières, à gauche de la scène. MADAME LEVEAU, continuant.
Tenez, voulez-vous savoir quel a été mon meilleur temps? C'est quand Leveau était simple petit avoué à Montargis, qui est notre endroit de naissance à tous deux. Je dis à présent : simple petit avoué; mais, dans ce temps-là je me figurais qu'il ne pouvait pas y avoir de plus belle position. J'étais fîère de lui. 11 m'aimait bien. C'est moi qui avais la fortune. Mon père était un gros fermier, très à son aise, et j'avais apporté une jolie dot. Aujourd'hui qu'il gagne des
mille et des cents dans les affaires, il ne se souvient seulement plus que c'est moi qui lui ai fourni de quoi monter plus haut.
MADAME ROSIMOND.
Mais il a fallu que monsieur Leveau fût singulièrement intelligent pour que, parti dune étude d'avoué de petite ville...
MADAME LEVEAU
Ça, je vous en réponds. Pour l'esprit et la parole et tout, il n'en craint pas un. Et des manières quand il veut! Tout le monde s'y laisse prendre, les femmes comme les hommes. (Confidemment.) Oui, les femmes, et ça n'est pas le plus gai pour moi. Vous devez me comprendre, vous, madame, parce qu'enfin dans ces théâtres... avec toutes ces petites actrices, monsieur Rosimond... bel homme comme il est... Je suis sûre que vous êtes jalouse.
MADAME ROSIMOND, pincée.
Monsieur Rosimond ne m"a jamais donné lieu de l'être, madame.
MADAME LEVEAU, plus bas.
Eh bien, moi, je suis jalouse, je ne m'en cache pas. Je le surveille, et si vous saviez tout ce que je découvre ou que je devine!... Et le plus triste, c'est que je n'ose rien lui dire, parce que je sens bien que si je lui disais quelque chose, ça irait encore plus mal. Alors je me ronge!... Jugez si la nouvelle de ce soir peut me faire plaisir. On dit qu'il peut devenir ministre un jour. Qu'est-ce que je deviendrais, moi? Me voyez-vous femme de ministre? Plus il monte, et plus je descends, moi, plus je descends dans son amitié.
Elle continue de causer avec madame Rosimond.