SCÈNE VI
Madame de ROCENCOEF, madame ROBIN, entrant par la droite, madame de LORIEUX.
MADAME ROBJN.
Mille excuses, mesdames, si je ne suis pas venue à l'instant; je cherchais la copie du testament di digne amie, que je suis chargée de vous faire connaître.
MADAME DE ROCENCOEF.
A la bonne ' aame, nous vous permettons
de nous le co aminiquer.
(Elis i*«ueoit]
Surtout passons les détails, je vous prie, et venons aux dispositions essentielles; j'ai horreur de la prose.
(Elle s'assoit.) MADAME ROBIN, debout et regardant les deux autres dames assises.
Aht... Asseyez-vous donc, mesdames.
MADAME DE ROCENCOEF la regarde d'un air hautain et dit d'un ton sec:
Lisez, ma chère.
MADAME DE LORIEUX, la lorgnant.
Nous vous écoutons, ma bonne.
MADAME ROBIN
Je suis trop polie, mesdames, pour me souffrir debout.
(Elle prend un fauteuil.)
MADAME DE ROCENCOEF, à part.
Qu'est-ce que c'est ?
MADAME DE LORIEUX, à part.
On dirait qu'elle veut avoir de l'esprit 1
MADAME ROBIN
Vous savez sans doute que ma respectable amie avait juitté Montargis peu de mois avant sa mort pour visiter le petit village où elle était née, et qu'elle aimasî toujours comme sa véritable patrie.
MADAME DE ROCENCOEF, à madame de Lorieux.
Quelle idée peuple ! (a madame Robin.) Et où était ce village?
MADAME ROBIN
Au centre de la Brie.
MADAME DE LORIEUX.
Ah! fi ! l'horreur! est-ce qu'on peut regarder comme sa patrie un endroit où l'on fabrique du fromage ?
MADAME ROBIN
Mon amie en avait fabriqué, madame, et elle se le rappelait... D'ailleurs son voyage avait un autre but. Elle voulait savoir s'il ne survivait point quelques membres de sa propre famille.
MADAME DE ROCENCOEF.
Comment ! pour les favoriser à nos dépens ?
MADAME DE LORIEUX.
Elle aurait eu l'idée de nous dépouiller?
MADAME DE RCCE.XCOEF.
Quand on a l'honneur d'avoir des parentes comme qous, on n'en cherche point d'autres !
MADAME ROBIN
Rassurez-vous: madame Pâturai n'en a point trouve, et c'est alors qu'elle s'est décidée à écrire le testament 4Ui vous donne dés droits à sa fortune.
MADAME DE ROCENCOEF, approchant son fauteuil de madame Rob:i..
Voyons le testament.
MADAME DE LORIEUX, s'approchant également.
Nous écoutons.
MADAME ROBIN
Vous saurez d'abord, mesdames, que cette fortune se compose de deux fermes, valant chacune cent mil! t francs.
MADAME DE LORIEUX et MADAME DE ROCENCOEF, ensemble.
Cent mille francs !
Mais alors cette pauvre madame Pâturai était riche I
MADAME DE ROCENCOEF.
J'ai toujours dit que cette femme devait avoir du mérite.
MADAME ROBIN
Elle possédait, en outre, une forât estimée vingt mille écus.
MADAME DE ROCENCOEF et MADAME DE LORIEUX, ensenMe.
Une forêt!
MADAME ROBIN
Avec un moulin et des prairies qui produisaient environ cent louis de rente.
MADAME DE LORIEUX mement.
Mais c'est une fortune de auatre cent mille francs I