‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français] (volume 2)Chapitre 11 sur 183 · ACTE ï, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE ï, SCÈNE II

deurs. L'nlguazil arrête, l'alcade châtie, le procureur conduit un |irocès, l'avocat accuse ou défend, le médecin a son malade. Lr vilain sert son seigneur, l'officier son chef supérieur, la femwe mariée son mari, la fille son père; et le père de son côté sert sa fille, puisqu'il est obligé de la loger et de la nourrir. Tout le monde sert ici-bas. Diogène seul vécut indépendant sans servir personne; mais aussi, dit-on, il passa sa vie enfermé dans un tonneau.

BERNARDO

Il est vrai , on est toujours obligé de servir quelqu'un. Cependant je voudrais , Fabio, qu'aucun de nous trois ne fût obligé de servir chez les étrangers. Nous sommes tous les trois Espagnols ; et quand les Espagnols sortent de leur pays, que ce soit en temps de paix ou en temps de guerre , ils tranchent tous du seigneur et du prince. Ainsi faisons; et puisque nous arrivons d'Espagne, tâchons au moins de paraître ce que nous avons été , ce que nous sommes.

mXARDA.

il a raison.

FABIO

Cent fois raison. Eh bien! écoutez. Tirons tous les trois au sort è qui de nous sera le maître ; et celui que .le sort favorisera sera servi par les deux autres. Voulez-vous ?

BERNARDO

Je veux bien.

DINARDA.

C'est juste.

FABIO

Nous mettrons le Don devant son nom de baptême, nous ''appellerons cavalier, nous le traiterons avec tous les égaras imaginables. Avec cela , bien qu'il ne soit pas trop bien en argent . il obtiendra créance. Il lèvera des soldats, il accompagnera ie vicë-roî, et recevra de sa majesté des faveurs qui lui permettront Dieniôt d'épouser quelque dame principale de Sicile, et de tenir un rang digne d'un Espagnol. Que vous en semble?

niXAKDA.

Que vous parlez en vrai Tolédan.

BERNAUDO.

Cela ne vaut-il pas mieux que de nous chercher un maître ivare ?

DINARDA.

Certainement, cela vaut mieux mille fois; car il n'est rien Je pis que de servir un fripon d'imbécile qui ne lire qu'un plat de icois marmites ^

Es servir

A un vellaco mentecatc Que a très olas tire un plato.

ol*s [ondes, flolsj nous avons subitiliu' \c moi clia* [maruiiu'ij.

FABIO

Fort bien! mais n'oubliez pas qu'en entrant à l'hôlellerie, il faudra que nous dînions tous Irois ensemble; car il n'y a pas de seigneur là où l'on ferme la porte au nez des pages.

UI.NAKDA.

C'est bien dit.

BEHNARDO.

Eh bien ! tirons au sort. Voici trois rëaux.

FABIO

Sont-ils d'Espagne?

BBRNARDO.

Oui.

DIXARDA.

\ quoi bon l'observation ?

FABIO

Vous allez voir. Mettez-les dans un chapeau. L'un est un réal de Castille, l'autre de Valence, et le troisième de Navarre. Celui de Dousqui tirera le rdal castillan , relui-là sera le roi.

BBRNARDO.

Je commence. ( // tir$ un réal). J'ai mis la main sur celui à»

Valence.

DINARDA.

Vous avez perdu.

FAIIO.

Perdu.

BERNARDO

J'en étais sûr. A l'un de vous.

FABIO

A mot. (// tire du chapeau un réal). J'ai perdu aussi ! iVett le réal de Navarre.

DIXARDA.

Alors celui qui reste est pour moi; et comme c'est le réal de Caslille, me voilà votre maître.

FABIO

Vous avez gagné le prix.

BKHXARDO.

Soyei notre seigneur, à la bonne heure.

FADIO.

Je ne me plains pas du sort; je n'aurais pas eu plus de plaisir si c'eût été moi qu'il eût favorisé.

BEIINARIH).

Ni moi non plus. Soyez notre maître à tous les aeux durons de longues et heureuses années.

DINAHItA.

Et Yife Dieu '. ce sera pour vous servir.

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