HATO
11 me somhlp. Benjamin, que le vice-roi le regarde avec beaucoup d'allenlion.
DF.NJAMIN.
Depuis que j'ai vu son visage, je suis tout ému.
BATO
De quelle façon?
BENJAMIN
Je ne saurais te Texpliqucr; mais ce que je sais bien, c'est que ;iion cœur, plein d'une tendre passion, s'est déjà rendu à lui.
Hébreux I
iuhf.x.
Seigneur...
JOSEPH
Comment se porte voire père, ce bon vieillard?
RIBEN.
Il se porte bien .. si toutefois il vit encore, maintenant que le voici privé de son âme.
JOSEPH
tst-cc là ce jeune frère dont vous m'avez parlé?
nuBi.x.
C'est lui.
JOSEPH, à Benjamin.
Approche, mon enfant.
BENJAMIN
Donne-moi tes pieds, monseigneur, ou permets que ^e baise ta noble maiji.
JOSEPH
Viens plutôt dans mes bras.
BBNJAUIX.
Je ne mérite pas tant d'honneur.
JOSEPH, à part.
0 Dieu! que mon cœur a été agité dans cet cmbrasscmenl ! Il me semblait qu'il allait sortir de ma poitrine... - Je sens couler mes larmes... je ne puis les retenir... s'ils les voient, je suis p< r ' tournant vers Putiphar.) Capitaine?
rUTlPHAIl.
Seigneur?
JOSEPH
La table est-elle dressée?...— II est temps.
PUTIPHAR
Oui, monseigneur.
JOSEPH
Alors faites-les entrer.
pUTipn\n.
Entrez tous dans le lieu où vous devez manget.
JOURNEK III, SCENE I. 18«.)
nu BEN.
Le vice-roi nous accorde là une jurande faveur.
NEPllTALI.
On reconnaît à cette bonté la noblesse et la tendresse de son âme.
BENJAMIN
Allons, Bato, viens avec nous.
BATO
Je crains fort la fin de tout ceci. —Toutes les majestés me font peur; et à te dire la vérité, j'aime mieux un petit ragoût à l'ail et au fromage dans ma cabane, que tous les phénix d'Arabie que l'on mange dans les palais des rois.
BENJAMIN
Tu as un goût bien vulgaire.
Mais pas si sot : car je n'ai jamais ouï dire que l'on ait empoisonné aucun grand personnage dans un ragoût à l'ail.
Ils SOIlCIlt JOSEPH.
Écoutez, capitaine.
PUTIPUAU.
Monseigneur!
JOSEPH
Dès qu'ils auront mangé, vous les ferez repartir.
PUTIPHAR
Qu'avez-vous donc éprouvé?
JOSEPH
De la pitié et de l'affection. Je me suis attendri en voyant des gens de mon pays... Puis, Benjamin n'est-il pas bien beau?
PUTIPHAR
Il serait digne d'être roi.
JOSEPH
Ecoutez-moi.
PUTIPHAR
Qu'ordonnez-vous, monseigneur?... je ne vous comprends pas,.. La pitié et l'afifcction paraissent vous causer bien du trouble.
JOSEPH
Dans leurs sacs, avec le blé, mettez à tous leur argent, sans qu'ils le soupçonnent, car je veux me montrer ami aux gens de ma pairie... et dans le sac du plus jeune vous mettrez ma coupe la plus précieuse.
PUTIPHAR
Que voulez-vous de plus, monseigneur? Car sans doute cela doit avoir un but.
JOSEPH
Je vous dirai en secret comment il faudra les poursuivre après leur départ, et les arrêter comme des larrons.
PUTIPHAR
Je ferai à leur insu ce que vous ordonnez.
lyo LES TRAVAUX DE JACOB,
josr.pii.
Je Tais prendre mon repas.
PUTIPIIAR.
Eh bien, sei;^Hcur.... comment voulez-vous qu'on les r(?compensc ou les châtie? Quel honneur les attend ? ou quelle honte les menace?
JOSEPH
Vous le saurez plus tard.
IltorU PUTIPIIAR.
Je demeure confondu. Car, je n'en puis douter, il y a là quelque mystère.
Il »ort.
sceim: u.
Aux portes de Mompbis.
Entrent tous les Frères de Joseph et BATO.
RUBRN.
Quelle bonté que celle du noble Sauveur I
SIMÉON
il m'a cependant bien gardé en prison.
ISSACAR
Et nous en avons été bien affligés.
RU BEN
Et, de plus, j'ai senti la peine du bon Jacob notre père.
NEPHTALl.
Le bon vieillard a pleuré sur ton absence, et principalement quand nous lui avons proposé d'emmener Benjamin, douce lumière de ses yeux.
BATO
ËnRn, grAces au Dieu d'Israél, il va tous nous revoir, apportant force blé, ce qui lui fera plaisir.
RUBGN.
Et quand nous lui conterons ce qu'a fait le Sauveur de l'Egypte, •et comment il est descendu du trône élevé où s'assied sa puissance pour manger avec de pauvres laboureurs, sa vie s'en réjouira.
issAcin.
Le vice-roi est un homme généreux. Quand il a arrêté Siméon, c'a été une obligation de son office ; car il est chargé de la police de ce pays, et il doit prendre toutes les précautions.
KUBEN.
Quel beau repas il nous n donné!
Moi aussi , par là , le m.ijordome m'a donné à manger, et vive Dieu î je n'ai pas à me plain«lre. — Avez-vous vu quelquefois, à
JOLP.NEI-: m, SCENE II. 1rs
la saison, dans les champs, les pelits garçons que l'on mel à droi;' et à gauche pour garder soit les noix, soit les châtaignes , et qui font très-prudemment leur provision. — Eh bien moi, j'étais gardien à la cuisine, et j'ai eu soin d'emporter pour le voyage.
RUBEN
Oh! toi, si l'on te donne à manger, tu n'iras jamais de raain morte.
BATO
Que voulez vous? On a beau dire, la principale affaire de c monde c'est de manger, de manger plus ou moins; et la grande différence entre les riches et les pauvres , c'est que les premiers mangent beaucoup et que les seconds ne mangent pas.
BENJAMIN
Qui sont ces gens-là ?
ISSACAR
Au costume on peut croire qu'ils sont de la maison du roi.
RUBEX.
Peut-être nous cherchent-ils ?
BATO
Nous chercher! et pourquoi?
finirent PUTIPHAR et des Soldats.
PUTIPIIAK.
Arrêtez, arrêtez, traîtres!... Héraclio, empêche les autres de passer outre.... Un moment, perfides Hébreux !
RUBEX.
Est-ce à nous que tu parles?
PUTIPIIAR.
A vous-mêmes.— Comment donc, infâmes, après avoir reçu tant de bienfaits d'un prince si miséricordieux envers les étrangers; comment, lorsqu'il abaissait jusqu'à vous la suprême puissance, et qu'il honorait votre bassesse en mangeant avec vous ; — comuîenl alors lui avez-vous dérobé sa coupe ?
ULur.N.
Que dites-vous?... Sa coupe?... Nous?
rUTll'UAR.
Le chef d'office ne l'a plus retrouvée.
UCBKN.
Calmez votre colère. Noire loyauté est irréprochable. Quelle preuve plus grande pouvions-nous en donner que de vous avoir restitué l'argent que nou avions empoilc en nos sacs dans notre pays ?
rUTllMIAIl.
Vous l'avez restitué afin déviler le cliàiinicnt qui vous atten dait. — Déliez vos sacs.
iuiii:\.
Je vous le répèle, si >ous trouvez le liioindrc objet de valeur
192 LES TilAVALX DK JACOB.
dans le sac de quelqu'un d'enire iiou>, iiuel que soit le coupable,
qu'il meure I
rtririivu.
Ouvrez-les tous l'un après l'autre. nvTo.
Moi, je défais le sac de llenjaniin. [A part.) Car c'est de lui que je suis le plus sûr. J'en répondrais sur ma têle.
Il L BEN-
Oui! que le coupable meure; et si ce ii'est asseï, que votre prince nous retienne tous comme esclaves.
UN SOLDAT
La voici 1 voici la coupe!
IILBF.N.
Lu donc est-elle?