‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français] (volume 2)Chapitre 120 sur 183 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Lacampagne.

Entre JACOD.

JACOB

Divin créateur du ciel et de la terre, seigneur de tout ce que je vois, loi a qui la vnùle azurée sert de trône, et devant qui s'inclinent Humblement les célestes phalanges, console mon cœur affligé dnns la solitude où il languit; aie pitié de mes peines et de ma vieillesse. C'est toi qui jadis ai)aisns la colère de Laban, lorsque, par une ruse semblable à ses ruses, j'euHienai Rachel et Lia, et qui me réconcilias avec ÉsaiJi qui me suivait armé. Si tu as permis, sur la Bn de mes jours, qu'on m'enk-vât Dina, et (ju'une bête féroce déchirât Joseph, accorde du moins à ton serviteur que je revoie Benjamin avant que vienne la mort, Un de tous mes travaux.

Entrent DINA, LIDA, et des Musiciens en habits de fôte. I>1NA.

En ces tristes circonstances , nous devons lui procurer des distractions.

LIDA

Vous augmenterez ses ennuis. Je connais son caractère.

DINA

Mon père, en l'absence de mes frères, nous cherchons à t'égayer.

JACOB

Il n'est plus de repos pour moi ; ma vie est à sa fin.

DINA

Monseigneur, dérobe un moment à tes ennuis. Assieds-toi. et

198 LES TRAVAUX I)K JACOU.

demeure spectateur de nos amusements. — Bientôt revlfindronl Im

iiU.

JACOB

Avant leur retour, Dinajc serai mort.

li t'asiied. Dina el Lida dan&cnl avec deux Bergers, et les Mu^icieos cbaitteti MUSICIENS, chantant.

Elle est belle, la bergère, Elle a un doux regard ; Elle est l'honneur de ces bois Et l'orgueil de la vallée.

Elle a de beaux cheveux, Ses donts sont des perles, Et quand elle passe Elle réjouit tous les cœars.

Il la vit et l'aima; Il fut aimé d'elle, Et pour l'obtenir Il servit quatorze ans.

A la fin sa belle Lui fut accordée.

Et les bergers contents Célébrèrent leurs noces.

Pour un tel amour, O Rachel chérie 1 Les années sont peu, El courte est la vie '.

Od cnleiid aii loiu un bruil du chovatix, H-- . ..^^Vï.>ii»« <»i d« vwi. JACOB.

Doucement! quel est ce bruit?

LIDA

Ce sont des éléphants, des chameaux et des chars qui s'avancent i travers l'allée de saules.

JACOB

Alors, ce ne doivent pas être mes fils ; ils n'ont point cet appareil pour porter leur modeste bagnge.

Enireni RATO cl RU DEN, en courant.

BATO

C'est moi qui arriverai le premier.

RUBBM.

Arrête, bêle que tu es!

BATO

Jamais béte ne s'arrête.

nUBEN.

Père et seigneur, permets que je baise tes pieds.

BATO

Joseph est vivant. {À Ruben.) Maintenant, dites le reste.

* CcUc petite clianwn ctt dans l'ctp-ignol d'une gièce raTissaole.

JOURNÉE ni, SCÈNE lY. 199

JACOB

Qu'est ceci, Ruben?

'rubfx.

Seigneur, nous sommes allés en Egypte.

BATO

Contez donc comme quoi Joseph est vice-roi.

RUBEJf.

Animal, veux-tu bien me laisser?

JACOB

Que dit-il là, mon fils?

RUBE\.

Eh ! mon père, quepourrais-je te dire encore, puisqu'il t'a ditaue Joseph était vivant?

JACOB

Quoi! mon fils Joseph...

DINA

Laissez-le respirer; car la joie peut tuer aussi bien que la douleur.

Entrent BENJAMIN el les autres Frères.

NEPUTALI.

Nous nous mettons à tes pieds.

JACOB

Embrassez-moi, mes fils... 0 mon cher Benjamin I

BEXJAMI\.

Tu sais déjà sans doute l'histoire de Joseph et qu'il est vivant? C'est lui qui nous envoie te chercher. Le roi Pharaon nous a donné tant d'or et d'argent que nos éléphants et nos chameaux fléchissent sous la charge qu'ils portent.

JACOB

Puisque mon fils Joseph est vivant, moi, mes fiîs, je puis mourir.

RUBE.V.

Seigneur, il te fait appeler afin que tu le voies et lui parles, et afin que tu vives avec lui. Car il veut nous donner une vallée que peuplera notre famille.

JACOB

Ctcl puissant, donne à ton serviteur la force dont il a besoin. Les lagrins ne l'ont point tué, ne permets pas que la joie le tue.

ISSACAR

Joseph s'était perdu au fond de l'Egypte; et ses grandes vertu» ont été cause que le roi de ce pays l'a fait monter avec lui sur le trône.

JACOB

Je ne veux point chercher d'où est venu tout cela. — Mes fils» laissez-moi seul un moment.

BATO, à voix basse.

Eh bien, Lida, à quoi penses-tu ?

200 LKs TllAVAIJX Di: JACOB.

Lli)A.

A tes extravagances.

Tu sais que tu es ma fcmtnc maintenant, et je vais prendre ma Tovanche.

ItDA.

Oh ! je n'ai peur de rien.... Je ne crains qu'une chose , les coupa de pied et les soufflels.

Eiieimt.

RUBEN

Balo!

NEPIITAU.

Halo !

BATO

Je ne sais à qui entendre.

nUBEN.

il faut réunir nos gens.

NEPHTALl.

Il faut renfermer le bagage.

BATO , à part.

Que nos gens crèvent de f.iini , et que le diable emporte le bagage, amen î... Car, avec celle coquette de Lid.i, je perds la tète, d'autant que je n'ai pas la patience de Jacob *.

Ils snricul; Jacob demeure seul.

JACOB

Seigneur tout-puissant, dans (ouics les circonstances de ma vie, lu as été mon guide et hion appui, cl toujours ta main m'a délivré des périls qui menaça ieni ma faiblesse. — Comme c'est pendant mon sommeil que lu me lonscilles, je voudrais que le sommeil visiiftt mes yeux. — Voici le puits du serment.... reposons-nous sur ses bords ^... Tu sois, 6 mon Dieu ! combien je désire voir Joseph ; mais je ne veux rien faire sans connaître ta divine volonté, et je désire savoir quelle est ta pensée sur ce voyage : car l'homme le plus sage s'égare lorsqu'il fait un seul pas sans Dieu.

Il l'cndori; on entend une musique mélodieuse , ri rn m^me temps on angedMOend sur un nuage et t'arrilc au-dessus du |>uils.

l'ange.

Jacob î

JACOB

Que dites vous , Seigneur?

l'ange.

Je suis le Dieu fort de les pèref. Pars pour l'Egypte. J'irai avec loi et le ramènerai en ce pays.

' Qui servit qualoiic ans pour dhieoir Bacbel. • Et poço det juramento

Es UU; aqui me rtclino.

Le puits du serment, cVsi le puits près (lii«i'icl Abraham Ht alllanee itm Abiinélee V —7 '- r ■^'^-, cliap XXI.

30UU?;Ei^: m, SCENK V. 201

Jxr.r.n, Seigneur?

l'ant.r.

Ne crains rien. Je te ferai grand entre »es nations.

JACOB

Votre serviteur s'incline devant vous. [L'Ange remonte vers les deux au son de la musique. ) Attendez, mon seigneur, attendez ! {Il s'éveille.) Il a disparu !... Qu'ai-je entendu?... C'est Dieu même qui a parlé, et qui m'a conseillé de partir pour l'Egypte. — Eh bien! partons. —Adieu, terre de Canaan, adieu; je vais voir mon Joseph, puisque Joseph est vivant. Et en effet il devait vivre encore, puisque moi-même je vis.

Il sort.

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