‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français] (volume 2)Chapitre 121 sur 183 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

A Mempliis, ilans le palais

Enlrenl JOSEPH el NICÈLE.

NICÈLE.

Je te supplie de m'accorder cette grâce.

JOSEPH

Pourquoi me parler ainsi, Nicèle? Oublies-tu que j'ai été ton esclave, et que tu me commandais?

NICÈLE.

Lorsque je me souviens, mon seigneur, de ma coupable conduite envers toi, je ne me vois d'autre excuse que l'amour. josEPn.

L'amour excuse tout *.

NICÈLE.

L'amour seul pouvait inventer un si cruel mensonge, et une femme seule pouvait le prononcer. J'en suis confuse, je m'en repens, et je t'en demande pardon, si l'innocence calomniée peut pardonner une telle offense. Tu songeras que je suis femme et que j'aimais,... Mon époux est l'un des généraux c^e Pharaon, et il a pour toi beaucoup de zèle.

JOSEPH

Je n'ai qu'un mot à te répondre, Nicèle : j'ai été ton esclave.

NICÈLE.

A présent, c'est nous tous qui sommes les tiens.

JOSEPH

Je ne suis point de ces hommes que la faveur éblouit, et à qui une grandeur inattendue fait perdre le souvenir du passé. Les états, les empires ont, comme toutes les choses humaines, leurs commencements, leur accroissement et leur décadence, et Ton ne peut pas compter sur les rois. Aujourd'hui je suis; demain je puis

' Todo es disculpas amor

102 LES TRAVAL'X DK JACOB,

n eirc pas; et comment tfrerait-on vanité d'une chose qui peut ne durer qu'un jour?... Je ferai du bien à ton époux autant par affection que par reconnaissance.

NicètE.

Voici le roi.

JOSEPH

Éloigne-toi un moment ; je vais lui parler selon tes désirs.

MCÈLE.

Daigne oublier que c'est par moi que tu as souffert. Souviens-loi seulement que je suis la cause indirecte de ton élévation; car, pal suite de ma méchanceté, tu es sorti de prison pour monter sur le trdne.

Elle t'ëloigoe.

EnlTc. PHARAON. Joseph va pour se mettre à genoux; le Roi l'en empêche. PHARAON.

Joseph, j'ai à me plaindre de toi. N'eût-il pas été juste que tu apprisses à ton roi ces heureuses nouvelles?

JOSEPH

Quelles nouvelles, seigneur?

PHARAON

Naguère, lorsque les frères ont dû retourner dans leur pays, je les ai comblés de présents; je leur ai donné de l'or, de l'argent, ^e riches habits, et en même temps mes chars, mes éléphants et mes chameaux pour ramener ici avec plus de pompe le vieux Jacob ton père. 11 est ici, et tu ne me uis poini son arrivée.

Tu te plains de ma négligence, pour m'apprendre à moi-même la nouvelle que j'attendais. —Je vais voir le vieux Jncub mon père. Mais, auparavant, j'ai une grâce à te demander.

PHARAO.N

Que puis-je te donner?

JOSEPH

Les rois sont les obligés de ceux qui les servent avec amour et fidélité, et je demande une récompense pour mes services.

PHARAON

Que veux-tu?

JOSEPH

Approche, Nicèle. {Au Roi.) Le général, son époux, l'a conslammenlsorvi avec dévouement dans la paix et dans la guerre, et, comme tu sais, il a été mon maître.

PHARAON

Tues mon vice-roi : qu'il soit ion liculcnanl et qu'il préside mon conseil.

MCtLE.

Je te baise humblement les pieds.

JOSEPH

Prince, voici mon père qui arrive.

Entre JACOB, porté par qwatre de ses Fils. Ses autres Fils le suivent. JACOB.

Laissez-moi, mes fils, laissez-moi me mettre aux pieds du roi, et voir le visage de Joseph.

JOSEPQ.

Mon père!

JACOB

Maintenant, Joseph, vienne la mort quand elle voudra; moï travaux sont finis.

RUBEN, au public.

Ici le poète termine les Travaux de Jacoh. La troisième partie, qui est la grande tragi-comédie de la Sortie d'Egypte, vous apprendra le reste. Belardo se met à vos pieds ^

' Belardo était pour Lope comme nce espèce oe surnom poétique, et il s'est désigo* MUS ce nom uans les complimenU obligés qui terminent plusieurs de ses eom^ies.

Page 1