‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français] (volume 2)Chapitre 140 sur 183 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Dans la maison de Dorothée *.

Entrcut TflÉODORA el DOROTHÉE.

TUÉODORA.

Voilà la première nuit que nous allons passer dans cette non— Telle maison, et j'éprouve une sorte de peur.

N'est-ce pas un peu votre faute? De quoi pouvei-vous

TOUS plaindre avec moi?... En changeant de demeure, tout est changé autour de nous. Depuis que l'infant a mis le pied dans notre ancien logis, don Juan ne m'a plus adressé la parole.... Que dis-je? il ne s'est pas même montré dans notre rue.

TUÉODORA.

Il paraît bien jaloux.

DOROTHÉE

Aujourd'hui j'ai voulu l'adoucir par un billet bien tendre, dam lequel je lui rappelais nos amours, notre amitié passée; cela d'une façon qui aurait apaisé le ressentiment le plus légitime... Eh bien, il n'a pas daigné me répondre.... 11 n'a pas même demandé de mes nouvelles au porteur du billet.

TllF.ODORA.

Vous l'avex bien mérité. Ah! ma nièce, ma nièce, ne vous l'ai-je

' Mol à mot : < Fais lui porter six paires de dais [dotelet]. On apiiclle ici de ce nom

les tenturu de tapisserie [eolgaduras]. » Ce détail et plusieurs autres, et le sujet mémo

de la pièce, nous donneraient à penser que cette co'oédie avait été composée pour la

troupe qui jouait à SéTJile.

* Coiume le poète a soin de riodiquer, la scène se passe dans un nouveau logement.

pas dit cent fois, que ce don Juan ne vous aimait pas comme on doit aimer, — qu'il n'était qu'un perfide, et ne voulait que vous tromper? Aussi, le voilà, à la première occasion, qui vous délaisse, sous prétexte que vous avez reçu la visite des princes.

DOROTHÉE

Peut-être a-t-il entendu parler des démarches que l'infant a fait faire auprès de moi ?

THÉOnORA.

Qu'importe, puisque l'infant n'a rien obtenu?... Et vous aviex montré assez ce que vous êtes en quittant votre ancien logis, pour

que ce jaloux vint se justiOer.

nOROTHÉE.

Il m'a si bien oubliée, qu'il ne saiiAas même que je demeure iei.

TlléODORA.

Je suis fâchée de vous voir avec ces préoccupations ... et qu'à tous moments vons alliez regarder du côté de la fenêtre.— 11 serait temps d'être sugc ; et même, à présent, il vous sera malaisé de vous établir.

DonoTuéE.

Et pourquoi donc?

TiiéonoRA.

Ses assiduités vous ont beaucoup nui.

nOROTHitB.

Allons, ne voilà-t-il pas que vous allez me faire un sermon! J'ai bien assez de mes ennuis I

THÉO DORA

Votre frère n'est pas encore arrivé.

DOROTHÉE

Oubliez-vous qu'il ne vit que pour Marcèle?... Il parait même qu'il lui a cédé aujourd'hui la maison que nous venons de quitter.

TUÉODORA.

C'est assez délicat.

DOROTHÉB.

Quel mal y a-t-il, puisque nous n'y demeurons plus? — Mais il so fuit tard. Il est pour vous l'heure du sommeil.

TUÉODORA.

Ah! mou enfant, faut-il que son inconstance vous rende ainsi jalouse?... Car je le vois, vous l'attendei. Vous espérez qu'il vous viendra parler sous vos fenêtres.

DOROTHÉE

C'est ainsi que vous me consolez. — Adieu ; bonne nuit. — Je vais prendre le frais sur le balcon.

THÉODORA

Pour le feu qui vous dévore, il faudrait un air bien frais; et l'air de la mer n'y suffirait pas.

'^ Elle $orl.

DOROTHÉE

Ah! que n'est-elle à ma place I... Dcvais-je être ainsi victime de l'inconstance d'un ingrat? .. iV'ai-je pas assez fait pour lui?... Je n'y tiens plus. Approchons-nous du balcon.... 11 devinera que je l'attends, et sans doute il viendra. Son silence même prouve que tel est son projet... La meilleure réponse qu'il puisse me faire, c'est de venir en personne.

Elle sô.'l

Page 1