L^.O>EL
Voici, seigneur don Juan, la maison de Harcèle.
S'il faut vous parler franchement, je voulais vous emmener chei votre Belle, croyant vous complaire en cela; car vous autres, messieurs les amants, vous aimez à vous faire prier pour les choses que vous avez le plus à cœur; mai* puisque l'infant s'est établi chez elle, et qu'il a publiquement pris possession de sa maison, je dis que vous ne devez plus la voir, ni même prononcer son nom.
Je suis dévoré de jalousie.... 11 faut dissimuler.... 0 ciel! donne* m'en la force !
DOROTHÉE paraît au balcon.
DOROTHÉE
Voila trois hommes dans la rue qui regardent de ce côté. — Ou c'est mon cœur qui m'abuse, ou c'est bien lui, c'est don Juan que je vois.... Oui, c'est lui, et toujours tourmenté par sa folle jalousie, il craint de m'adresser la parole.
Allons, de la résolution. Amour, me voici dans le champ... Que le taureau meure par un stratagème.... Cède, beauté ingrate, cède la palme à la divine Marcèle.
CHACON
C'est bien, jouez de votre reste; et mettez tout votre enjeu en avant.
0 Marcèle! si voua m'avez entendu, ouvrez ce balcon et daignei écouter l'homme qui vous adore.
DOROTHEE.
Ah ! malheureuse, c'est bien luit Épris de Marcèle, il croit lui parler; car il ignore sans doute que je l'ai remplacée dans celle maison , et c'est elle qu'il y vient voir. — Eh bien , feignons que je suis Marcèle, et de cette manière éclaircissons tous nos doutes,
240 LA BtLLt AUX VEUX D'OR.
On parle derrière la jalousie. — Mes amis , meltez-vous en fcntinelles chacun à l'une des extrémités de la rue.
LÉO.NEL
Toi, Chacon, mets toi à ce coin.
CHACON, à don Juan.
N'ayez pas peur. A moi tout seul je ne crains pas uo escadron , fût-il de trente poulets!
DOit JUAN , appelant Zt! ztl Marcèle ! Marcèle ! Zt l zt !
DOHOTUÉB.
Qui va là?
Votre nouvel adorateur.
DOROTUée.
Serait-ce vous , don Juan?
Oui , c*est moi ! c'est moi I
DOnOTIléR.
Mon Dieu ! que cherchez-vous ici ?
C'est vous.... Vous , madame!
DOnOTIlEB.
Non pas I vous vous trompez , ce n'est pas moi. — El si votre maltresse vous est infidèle , et que vous vouliez la ramener en eicitant sa jalousie, allez-vous-en, partez; je ne suis pas asseï belle pour cela.
Éuoutez-moi , de grâce.
DOROTUÉK.
Croyez-moi, allez la trouver, appelez-la, criez, pleurez, suppliez, et jurei-lui de l'épouser.
Non, belle Marcèle, je ne puis renouer avec elle. —Je suis un galant homme.
DOROTUÉB.
Vous voulei donc l'oublier?
L'oublier? ce serait trop d honneur pour elle. Pour oublier, U t»ni avoir aimé d'abord.
DOROTUél
Quoi! TOUS ne l'avez jamais aimée?
Si je l'avais aimée, il me serait moins facile de renoncer à cUt.
DOROTHÉE
Vous me trompez.
DON JUAiN.
Attendez. Aujourd'hui elle m'a écrit ce billet, et m'a envoyé en même temps, pour me coiivaiiicTe , les bijoux que lui avaient donnés le roi et les infants. Si l'amour doit se juger par les actions, vous allez voir celui que j'ai pour l'infidèle. Faites descendre par ce balcon un ruban, dussiez-vous le détacher de vos beaux cheveux blonds, et tous ces gages de tendresse vont remonter juiqu'à vous.
DOUOTIIÉE.
L'idée m'en plaît assez. Mais comment avez-vous pu en venir à un tel mépris?
Faites descendre le ruban , et ne parlons plus de tout cela. J'en rougis, et je me le reproche.
DOROTHÉE
Mille grâces, don Juan, pour ce cadeau. Peut-être y a-t-il de la légèreté à recevoir des présents d'un galant qui vient me voir pour la première fois; mais je les accepte comme un gage de votre amour. — 11 y a longtemps que j'appelais ce moment de tous mes vœux. Mon cœur est à vous depuis un certain,jour que je vous parlai, voilée, en passant à Triana ^ dans un bateau.
Jetez le ruban.
fiUejeuc !e ruban.
DOUOTUÉE.
Le voilà. Attachez-y les bijoui , et je les ferai monter vers moi.
Ce coffret, Marcèle, renferme les riches dépouilles de la Belle aux yeux d'or.
DOUOTUÉE.
Qui bien lie, bien délie. — Croyez , mon cher bien, que je vous
adore.
Il attache le petit coiïret.
Tirez doucement, avec précaution.
Ealre DON FÉLIX.
DOROTHÉE
J'entends du bruit. Pardonnez, laissez qu'on s'éloigne. Amit l'exige l'honneur de la maison.
Elle se teLjm.
DON FÉLIX, à part.
Toujours quelque fantôme qui rôde au coin de cette ruel
Comment Chaeon a-l-il laissé passer cet homme enveloppé danston manteau?
ffauboorg de S« ville.
2i.S LA BELLE AUX YEUX D-QR.
LIONEL
Il aura sans doute eu peur. — Mais vous, comment cela i*est-il passé avec Marcèleî
Je lui ai donné tous les bijoux.
LÉONEI..
Tous?
Tous.