SCÈNE VL
Dans le paUit.
Snlrent L'INFANT DON HENRI, des MUSICIENS et des DOMESTIQUES.
HENRI
Chantez autre chose. Cela est trop ennuyeux.
PREMIER MUSICIEN
Voulez-vous les couplets sur Cléopàtre ?
HENRI
£8t*ce nouveau?
PREMIER ML'SICIBN.
On ne les a jamais chautés.
IIBMU.
Commencez.
rivtyiKii MUSICIEN, chantant.
Je veux chanler la reine Clcopàtro,
Dont la beauté charmait tous les humains
HENRI
Assez l Cléopàtre m'ennuie, et vous, vous m'étourdissei.
PREMIER MUSICIEN
L'air est sans doute un peu triste.
IIKNRI.
Ce n'est pas cela qui me déplaît.
PREMIER MUSICIEN
Pourrait-on savoir
HENRI
C'est que je suis las d'entendre toujours vanter la beauté da ..k^opâtre, comme s'il n'avait jamais rien paru d'aussi beau mu la UTre.
DEUXlàMB MUSICIEN.
Voulez->\6ùS quelque chose de plus léger?
Pues (ifU lira trts, y cestaran lat riUoi Qtu u andytto rtmtdio para uiha*.
JOURNEE II, SCENE V. aS.'î
HENRI
Voyons.
DEUxiÈMB McsiciEN, chantafiU J'aime les fillettes Vives et coquettes
HENRI
Assez! moi je ne les aime pas. II faut, ce me semble, prendre l'amour au sérieux.
TROISIÈME MUSICIEN
Si vous le permettez, je crois que je pourrais vous chanter un air à votre goût.
UENRl.
Essayez donc.
TROisiiuE MUSICIEN, chantant.
Allez, soupirs, allez vers mon amie, Et dites-lui combien je souffre, hélas!
Mais si ma belle est encore endormie, O mes soupirs, ne la réveillez pas.
IIKNRI.
L'eicellente chanson! C'est parfait ! c'est charmant!
TROISIÈME MUSICIEN
Elle vous plaît donc?
HENRI
On ne peut plus. Elle répond à merveille à la situation de dsob àme. Qui l'a faite ?
TROISIEME MUSICIEN
C'est moi , monseigneur.
HENRI
Vous êtes un homme admirable. — Les paroles et l'air me vont au cœur. — Chantez. Recommencez.
Allez, «îoupirs, allez vers mon amie...
Entre LN DOMESTIQUE.
LE rOMESTIQUE.
Seigneur, le Maure a qui vous avez ordonné de faire cette figure * désire vous parler.
HENRI
Qu'il entre.
Entre ZULIM ; il lient à la main un papier. ZULIH.
Je me prosterne à tes pieds.
HENRI
Relève-toi. — Eh bien! que t'a appris ta science?
ZULIM.
Vénus, placée en face de la Lune et la regardant fixement, m H. n que que tu ne peux pas réussir. La présence de Mars — q c :
* Caf fi«;urc trô^tfologle, iin ihcme céktte.
LOPi: DE VfcCA, T II. "22
vois là, — signifie qu'elle aime une personne de soni...,^ . Vju^i'jue tous deux soient en désaccord depuis l'arrivée de Ion altesse. — Le Soleil annonce que lu la verras un jour, sans que toutefois son honneur en reçoive aucune atteinte. — Mais, monseigneur, me permets-tu de te le dire? Bien que tu ne sois occupé que de celle femme, j'ai vu certaines choses d'une bien autre importance.
HENRI
Parle ; je veux tout savoir.
ZULIM.
Tu dois aller en France Tu y feras deux voyages en grand pffrii, pour te soustraire à la poursuite du roi ton frère. iiENni.
Que dis-tu? le roi est plein de bontés pour moi.
ZUI.IM.
Oui, Néron gouverna ainsi plusieurs années , adoré des Romahifl» et l'on sait quels furent ensuite ses actes.
HENRI
Et mon frère, dis-tu....
ZUMM.
Le roi don Pèdre doit tjiier doua Léonor ta mère....
HKNRl.
Ma mèrel...
ZULlM.
II tuera également ton frère le grand maître.
HENRI
Le grand maître!....
ZULIU.
Oui , seigneur.
HBNRI.
Tais-toi» tais-toi, astrologue de malheur l — Lalsse-là leê lùOl-
songes.
ZUUM.
C'est la vérité.— Et loi-mème un jour tu tueras de ta miiM torti don Pèdre.
UBNIU-
Moi 1 mon frère?
ZULIM.
Toi-même. — Et tu seras roi deCastille.
HENRI
Quelle folie l... Mais ne sais-tu donc pai qu'il a des Gis pour régner après lui?
ZULIM.
Scf fiU ne lui succéderont pas. Ils mourront en prison.
HENRI
Vi-l'en, Maure, va-l'en,— au lieu d'alléger ma peine, tu tug-
mentes mes ennuis. ( Zulim sort. ) A-t on jamais vu de pareilles eitravaganees?
Entre LE GRAND MAITRE.
LE GRAND MAITRE
Mon frère don Henri n'est-il pas ici?
HENRI
Me voici , mon frère.
LE GRAND MAITRE
Renvoyez les domestiques. ( Sur un geste de don Henri les domestiques sortent. ) Je vous amène de quoi guérir votre mal.... quelque chose de plus puissant qti'Hippocrate et Galien, quelque chose qui vaut mieux que toutes les herbes de Thessalie.
HENRI
Que dites-vous, grand maître? II n'est qu'un remède à mes maux : les beaux jeux que j'adore.
LE GRAND MAITRE
Elle est là.
HENRI
Dorothée 7
LE GRAND MAITRE
Elle-même.
Eh bien! Maure, lu vois la confiance que mérite ton art, puisque déjà, — malgré tes figures d'astrologie, — l'on m'amène le bien que j'attends.
ZULIM.
Est-il vrai?
HENRI
N'as-tu pas entendu?
ZULIM.
S'il en est ainsi, je jette au feu mes livres.
HENRI
Grand maître, faites-la entrer. — {Â part. ) 0 ciel ! pardonnai..» Ltiise-moi serrer dans mes bras cette femme divine, cette déessQ de beauté; et qu'ensuite mon sort s'accomplisse!
Entre MARCÉLE.
Le Grand maître et Zulim se retirent.
MARCÈLE.
Seigneur, le roi m'a dit que le jour où votre altesse est entrée à Sëville, elle avait daigné jeter un regard sur moi.
HENRI
Qu'est-ce donc? Qui étes-vous? — Holà! Grand maître, qui est rette femme ?
MARCÈLE.
Seigneur, je me nomme Marccle.
î»6 -A BELLE AUX YEUX D'OR.
Je ne vous connais pas. — Ce n'est pas vous que j'aime. Celle oui j'aime, celle que j'attendais, c'est Dorothée, c'est la Belle aui yeux d'or... Cet espoir trompé redouble ma folie. J'en mourrai !
U isn.
MARCÈLR.
Quel mépris! Mais qu'importe! mieux vaut l'amour d'un aimable cayalier que celui d'un prince ou d'un roi!
JOURNEE TROISIÈME