‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français] (volume 2)Chapitre 145 sur 183 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Dans le palais.

Enlrenl LE ROI et DON ARIAS.

LE ROI

Eh quoi! ce n'était pas la dame qui cause la mélancolie de mon frère Henri ?

ARIAS

Cette aventure, sire, mériterait qu'on en composât un pohne. Comme je le disais à votre majesté, tout a éu' donné par erreurs Marcéle.

LE ROI

L'aventure est curieuse!

ARIAS

Tout à fait bixarre.

LE ROI

Voilà des cadeaux singulièrement placés.

ARIAS

Si ce n'étaient cadeaux de roi , qu'on ne peut reprendre, je let lui aurais fait redemander.

LS ROI

Cela ne serait pas juste. Elle n bien gagné ce qu'elle a. Je souhaite que cette méprise lui donne autant de satisfaction qu'elle peut causer d'ennui et de mal à don Henri.

* Nous rëcUnoni l'indulgcncn du lecteur pour U tcèae qai va niiTre. Notre ialeatlon ^tait de l'abo^gcr boaucoup, pl de n*cn dono«'r en quelque aorte que le deatein gëD<nl, ïurlonl à compter du moment où linfanl don Henri et la %i«Milc Thëodora paraÏMcat »ur le Ihrtlro Mali plusieurs de nos ansi», qui onl lonl poutoir inr nous, ont exigé qu'elle fftl traduite en son entier, comme les autres, en nous roprësentanl qu'il ne nor.i ^l*it pa» pcnnis de modifier à ce point, soos quelque prélnie que ce t^\, le poète que Dovs TouloBs faire conaallre : et bous nom aoromes exécuté. UoureoseoiMt qo'il n'y a pas dans le* comMiea de L«ft beaicoap de acèoea de ce genre; tapjqvoi ao%» aurioM reDOOoë i ce travail-

JOURNÉE m, SCÈNE I. 2»t

ARIAS

II en est désolé. Mais j'espère arranger ceb»

LE ROI

ARIAS

J'ai deux moyens de faire arriver heureusement au port I amour de l'infant.

LE ROI

Qui sont?...

ARIAS

D'abord l'intérêt.

LE ROI

Et puis?

ARIAS

Une vieille tante de la Belle.

LE ROI

A merveille! L'une des deux choses suffirait. L'intérêt, l'argent est un pouvoir magique à qui tout cède en ce monde; et il n'est rien de mieux qu'une vieille parente pour vaincre la plus obstinée résistance.... Où en es-tu avec celle-ci?

ARIAS

Je lui ai fait dire de venir me parler.

LE ROI

Et qu'a-t-elle répondu ?

ARIAS

Qu'elle allait venir.

LE ROI

Vois-tu, Arias?.. L'argent! l'argent!... C'est le maître souverain des volontés. — Il n'est rien d'impossible au désir alors qu'il se présente une bourse à la main. — La tante et la nièce sont à nous.

ARIAS

Je l'espère.

LE ROI

N'épargne rien pour rendre le repos à mon frère.... Ne te laisse pas décourager par les refus.... Car enfin, cette Belle aux yeux d'or n'est, après tout, qu'une femme, c'est-à-dire qu'elle est changeante comme les vents et les flots.

Il sort.

ARIAS

Je ne négligerai rien pour le bonheur de l'infant.... Elle devrait être ici. C'est elle.

Entrent THÉODORA et LÊCUYER.

THéoDORA, à l'Écuyer.

Le meilleur remède contre l'amour, c'est de ne pas vouloir aimer. — Mais si l'on n'est pas assez sage pour cela , il y a deux moyens de l'amener à bonne fin. 22

L'écUTER.

Indiquez-moMes donc.

TilÉODORA.

C'est le mariage entre égaux ; et entre gens d'inégale eondilton , c'est l'intérêt. C'est par là, je le vois, que l'infant veut nous prendre.

L'écUTER.

Parlez plus bas; car j'aperçois don Arias.

TlntODORA.

C'est un courtisan très- complaisant *.

ARIAS , à Théodora.

Le ciel vous garde mille années!

THéODORA.

Mille années I je vous remercie. J'en ai bien assez de celles que i'ti déjà.

ARIAS

Je ne parlais pas de celles que vous avez; mais de celles que je vous désire. — Dans quelles dispositions venez-vous?

TIlÉOnORA.

Avec mille désirs de vous être agréable, et au prince.

AIUAS.

Vous allez gagner aujourd'hui un omi puissant.

THEODORA

Je serais trop heureuse si je |)ouvais m'employer à son service.— Mais sait-on bien qui je suis?

ARIAS

On le suppose d'après voire nièce Dorothée. Si un peintre voulait personnilier la vertu, ce qu'il pourraii imaginer de mieux, ce serait de faire le portrait de votre nièce, qui est l'iMMMeur même. — Mais voici l'infant.

Entre rinranl DON IlENRL URNRI.

Soyez mille fois la bienvenue, mon amie la plus chère, ma joie, mon espoir, ma consolation, mon bonheur, mon excellente dame Théodora. Je vous porte daus mon cœur... Comment vous trouvezvous, ma chère et rcspeciable amie?... et comment pourrais-je vous prouver mon dévouement?... Vous ne savez pas combien je vous aime. Vous ne savez pas que je fais plus de vœux pour votre santé que pour celle même du roi. Que de fois j'ai parlé de vous avec don Arias, et de l'estime toute particulière que vous m'avez inspirée!... Que t'ai-je dit, don Arias? Que t'ai-je dit de mes sentiments pour elle, pour cctie chère amicT

* Il y a iri un jca tic boU iaUaduuiNe; il porte lur lo double icns do B>ot corredort !• corritlcr; 2» courtier, eatremruenr. Lhtoralcmenl : « Parlez plui bit, car/«porçoii do* ArtM daot k corridor. — Oai, it veot élro le eownier, r«atreae(l«ir de «•

JOURNBE m, SCÈNE I. 25Ô

ARIÂS.

Elle le sait... Elle sait tout.

THÉO DORA

Et je voudrais trouver quelques mots qui pussent vous exprimer uo peu ma recooDaissance.

HENRI

Laissons-là les compliments. — Dites-moi , — puisque don Ariai vous a parlé, — à quoi avez-vous pensé pour me rendre la yie?

THÉODORA

A mille choses contraires... Je suis bien combattue... En voul voyant si jeune, si aimable, je voudrais pouvoir vous être utiles Mais ma renommée, mon honneur... je ne peux pas oublier ce que je leur dois. — Allons, soyez raisonnable, si c'est possible.

UENRI.

0 mon amie l ne me donnez pas de tels conseils.

THÉODORA

Renoncez à un espoir qui ne se peut réaliser... Et dans un mois, dans une quinzaine de jours, vous aurez oublié Dorothée.

HENRI

Si vous me traitez ainsi, dame Théodora, je suis perdu. Ayez pitié de moi. Je me meurs.

THÉOOQRA.

Vous souffrez ?

HENRI

Je me meurs, vous dis-je.

THÉODORA

Allons, songez que vous êtes un homme.

HENRI

Que voulez-vous que je devienne î

THÉODORA

Vous pleurez ?

HENRI

Je succombe. Je ne vis plus. J'ai perdu le sommeil.

THÉODORA

Mon Dieu! monseigneur, comme cela m'afflige de vouf voir ainsi !

HENRI

Guérissez-moi , je vous prie.

THÉODORA

Et comment?

HENRI

Ecoutez. — Je me charge de marier votre nièce.

THÉODORA

L'honneur est un grand bien.

HENRI

Xa richesse n'est pas à dédaigner.

2'VÎ LA BEtLîS T^;\ lÊUÎ D'OR.

THÉODORA

Que lui donnerei-vous ?

IIBNRI.

Six mille ducats. Avec cela elle pourra choisir.... et soyei lani inquiétude... personne n'en saura rien. — Klle ne sera pas la première qui, au lieu d'honneur, ait apporté de l'or.

TUÉODORA.

Ma foi! ce serait alors avec raisoo qu'on l'appellerait la Belle aux yeux d'or 1

HENRI

Allons, ma chère, ayez pitié de moi. Je la marierai, vous dis je. — Faites quelque chose pour moi.

THéODORA.

Eh bien, puisque vous l'exigez, puisque vous voulez absolument la marier , comptez-moi la dot dès ce moment... Ce n'est pas que je n'aie en vous toute confiance... C'est pour n'avoir pas l'air de revenir ensuite chercher le prix de mon honneur.

HB.NRI.

A l'instant même.

TH^ODORA.

Écoutez , seigneur. —Pour que vous ayez toute sécurité, donnez au frère de Dorothée un message qui le retienne hors de la maison toute la nuit, et l'empêche de rentrer avant le jour. — Rien de plus facile, puisqu'il est maintenant à votre service. Je me coucherai de bonne heure, ainsi que nos gens. — Vous, vous n'avez qu'à laisser le roi.... et avec ces trois clefs, dont vous ferez faire les pareilles d'ici à ce soir, — vous ouvrirez.

IIRNKI.

Voyons.

TH^ODORA.

Celle-ci , c'est pour la porte de la rue.

HBNHI

Et les deux autres?

THéonoRA.

Prétez-moi votre attention.

HKNRI.

Vive Dieu! je voudrais être h ce soir.

TUéCDORA.

Avec cette clef-ci, vous ouvrirez la porte du corridor.

HSNRI.

Achevez... achevez , de grâce.

TIIÊODORA.

Dans le salon , à main droite, vous verrez un tambour, — et sur le tambour une lampe.

HBKR1.

Ahl vous êtes mon étoile.

THÉODORA

Moi?.. C'est donc moi que vous aimez?

HENRI

Je dis cela, parce que vous êtes mon guide.

THÉODORA

Il ne faut pas venir trop près de moi, parce que vous réveilleriez mes femmes. — Munissez-vous d'une lanterne sourde, allumez la lampe que je viens de vous dire, et traversez le tambour... A gauche est mon appartement; j'aurai soin de fermer, afin que si par aventure elle crie, nous n'entendions rien. . .Allez en face; ouvrez avec celte troisième clef que voici, et là vous trouverez la Belle dormant. Elle est seule; car une suivante favorite qui couche ordinairement près d'elle est allée par hasard voir sa mère... Après cela, c'est a vous de ne pas manquer de cœur. Car il y a des hommes qui sont des lions à qui mille épées ne feraient pas peur, mais qui devant une femme perdent tout courage et tremblent comme s'ils avaient la fièvre.

HENRI

Je vous remercie de vos instructions , et j'aurai soin de donner au frère une commission qui l'empêche de rentrer. — Quant au courage, il est vrai que devant une place qui se rend tout de suite le soldat perd sa vigueur. Mais où il y a des obstacles, où il y a des cris, des pleurs, du dédain, c'est autre chose. L'amour est comme la foudre, qui renverse un objet d'autant plus violemment qu'il offrait plus de résistance. — Venez; je vais vous compter ce que je vous ai promis. L'écuyer ou tout autre, à votre choix, pourra vous le porter.

THEODORA, à part.

Toujours une femme a été livrée par une autre femme. HENRI, bas, à don Arias,

Ai-je bien négocié , Arias ?

ARIAS

Cela TOUS coûte assez cher.

HENRI

J'achète ma vie.

ARIAS

Alors il n'y a rien à regretter.

l'écuyer , à Théodora.

PartoDS-flous î

THÉODORA

A l'instant. {À Henri.) Au moins, gardez-moi le secret!

aOf LA BELLE AUX YEUX D'OR.

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