SCÈNE I
Dans le palais.
Enlrenl LE ROI et DON ARIAS.
LE ROI
Eh quoi! ce n'était pas la dame qui cause la mélancolie de mon frère Henri ?
ARIAS
Cette aventure, sire, mériterait qu'on en composât un pohne. Comme je le disais à votre majesté, tout a éu' donné par erreurs Marcéle.
LE ROI
L'aventure est curieuse!
ARIAS
Tout à fait bixarre.
LE ROI
Voilà des cadeaux singulièrement placés.
ARIAS
Si ce n'étaient cadeaux de roi , qu'on ne peut reprendre, je let lui aurais fait redemander.
LS ROI
Cela ne serait pas juste. Elle n bien gagné ce qu'elle a. Je souhaite que cette méprise lui donne autant de satisfaction qu'elle peut causer d'ennui et de mal à don Henri.
* Nous rëcUnoni l'indulgcncn du lecteur pour U tcèae qai va niiTre. Notre ialeatlon ^tait de l'abo^gcr boaucoup, pl de n*cn dono«'r en quelque aorte que le deatein gëD<nl, ïurlonl à compter du moment où linfanl don Henri et la %i«Milc Thëodora paraÏMcat »ur le Ihrtlro Mali plusieurs de nos ansi», qui onl lonl poutoir inr nous, ont exigé qu'elle fftl traduite en son entier, comme les autres, en nous roprësentanl qu'il ne nor.i ^l*it pa» pcnnis de modifier à ce point, soos quelque prélnie que ce t^\, le poète que Dovs TouloBs faire conaallre : et bous nom aoromes exécuté. UoureoseoiMt qo'il n'y a pas dans le* comMiea de L«ft beaicoap de acèoea de ce genre; tapjqvoi ao%» aurioM reDOOoë i ce travail-
JOURNÉE m, SCÈNE I. 2»t
ARIAS
II en est désolé. Mais j'espère arranger ceb»
LE ROI
ARIAS
J'ai deux moyens de faire arriver heureusement au port I amour de l'infant.
LE ROI
Qui sont?...
ARIAS
D'abord l'intérêt.
LE ROI
Et puis?
ARIAS
Une vieille tante de la Belle.
LE ROI
A merveille! L'une des deux choses suffirait. L'intérêt, l'argent est un pouvoir magique à qui tout cède en ce monde; et il n'est rien de mieux qu'une vieille parente pour vaincre la plus obstinée résistance.... Où en es-tu avec celle-ci?
ARIAS
Je lui ai fait dire de venir me parler.
LE ROI
Et qu'a-t-elle répondu ?
ARIAS
Qu'elle allait venir.
LE ROI
Vois-tu, Arias?.. L'argent! l'argent!... C'est le maître souverain des volontés. — Il n'est rien d'impossible au désir alors qu'il se présente une bourse à la main. — La tante et la nièce sont à nous.
ARIAS
Je l'espère.
LE ROI
N'épargne rien pour rendre le repos à mon frère.... Ne te laisse pas décourager par les refus.... Car enfin, cette Belle aux yeux d'or n'est, après tout, qu'une femme, c'est-à-dire qu'elle est changeante comme les vents et les flots.
Il sort.
ARIAS
Je ne négligerai rien pour le bonheur de l'infant.... Elle devrait être ici. C'est elle.
Entrent THÉODORA et LÊCUYER.
THéoDORA, à l'Écuyer.
Le meilleur remède contre l'amour, c'est de ne pas vouloir aimer. — Mais si l'on n'est pas assez sage pour cela , il y a deux moyens de l'amener à bonne fin. 22
L'écUTER.
Indiquez-moMes donc.
TilÉODORA.
C'est le mariage entre égaux ; et entre gens d'inégale eondilton , c'est l'intérêt. C'est par là, je le vois, que l'infant veut nous prendre.
L'écUTER.
Parlez plus bas; car j'aperçois don Arias.
TlntODORA.
C'est un courtisan très- complaisant *.
ARIAS , à Théodora.
Le ciel vous garde mille années!
THéODORA.
Mille années I je vous remercie. J'en ai bien assez de celles que i'ti déjà.
ARIAS
Je ne parlais pas de celles que vous avez; mais de celles que je vous désire. — Dans quelles dispositions venez-vous?
TIlÉOnORA.
Avec mille désirs de vous être agréable, et au prince.
AIUAS.
Vous allez gagner aujourd'hui un omi puissant.
THEODORA
Je serais trop heureuse si je |)ouvais m'employer à son service.— Mais sait-on bien qui je suis?
ARIAS
On le suppose d'après voire nièce Dorothée. Si un peintre voulait personnilier la vertu, ce qu'il pourraii imaginer de mieux, ce serait de faire le portrait de votre nièce, qui est l'iMMMeur même. — Mais voici l'infant.
Entre rinranl DON IlENRL URNRI.
Soyez mille fois la bienvenue, mon amie la plus chère, ma joie, mon espoir, ma consolation, mon bonheur, mon excellente dame Théodora. Je vous porte daus mon cœur... Comment vous trouvezvous, ma chère et rcspeciable amie?... et comment pourrais-je vous prouver mon dévouement?... Vous ne savez pas combien je vous aime. Vous ne savez pas que je fais plus de vœux pour votre santé que pour celle même du roi. Que de fois j'ai parlé de vous avec don Arias, et de l'estime toute particulière que vous m'avez inspirée!... Que t'ai-je dit, don Arias? Que t'ai-je dit de mes sentiments pour elle, pour cctie chère amicT
* Il y a iri un jca tic boU iaUaduuiNe; il porte lur lo double icns do B>ot corredort !• corritlcr; 2» courtier, eatremruenr. Lhtoralcmenl : « Parlez plui bit, car/«porçoii do* ArtM daot k corridor. — Oai, it veot élro le eownier, r«atreae(l«ir de «•
JOURNBE m, SCÈNE I. 25Ô
ARIÂS.
Elle le sait... Elle sait tout.
THÉO DORA
Et je voudrais trouver quelques mots qui pussent vous exprimer uo peu ma recooDaissance.
HENRI
Laissons-là les compliments. — Dites-moi , — puisque don Ariai vous a parlé, — à quoi avez-vous pensé pour me rendre la yie?
THÉODORA
A mille choses contraires... Je suis bien combattue... En voul voyant si jeune, si aimable, je voudrais pouvoir vous être utiles Mais ma renommée, mon honneur... je ne peux pas oublier ce que je leur dois. — Allons, soyez raisonnable, si c'est possible.
UENRI.
0 mon amie l ne me donnez pas de tels conseils.
THÉODORA
Renoncez à un espoir qui ne se peut réaliser... Et dans un mois, dans une quinzaine de jours, vous aurez oublié Dorothée.
HENRI
Si vous me traitez ainsi, dame Théodora, je suis perdu. Ayez pitié de moi. Je me meurs.
THÉOOQRA.
Vous souffrez ?
HENRI
Je me meurs, vous dis-je.
THÉODORA
Allons, songez que vous êtes un homme.
HENRI
Que voulez-vous que je devienne î
THÉODORA
Vous pleurez ?
HENRI
Je succombe. Je ne vis plus. J'ai perdu le sommeil.
THÉODORA
Mon Dieu! monseigneur, comme cela m'afflige de vouf voir ainsi !
HENRI
Guérissez-moi , je vous prie.
THÉODORA
Et comment?
HENRI
Ecoutez. — Je me charge de marier votre nièce.
THÉODORA
L'honneur est un grand bien.
HENRI
Xa richesse n'est pas à dédaigner.
2'VÎ LA BEtLîS T^;\ lÊUÎ D'OR.
THÉODORA
Que lui donnerei-vous ?
IIBNRI.
Six mille ducats. Avec cela elle pourra choisir.... et soyei lani inquiétude... personne n'en saura rien. — Klle ne sera pas la première qui, au lieu d'honneur, ait apporté de l'or.
TUÉODORA.
Ma foi! ce serait alors avec raisoo qu'on l'appellerait la Belle aux yeux d'or 1
HENRI
Allons, ma chère, ayez pitié de moi. Je la marierai, vous dis je. — Faites quelque chose pour moi.
THéODORA.
Eh bien, puisque vous l'exigez, puisque vous voulez absolument la marier , comptez-moi la dot dès ce moment... Ce n'est pas que je n'aie en vous toute confiance... C'est pour n'avoir pas l'air de revenir ensuite chercher le prix de mon honneur.
HB.NRI.
A l'instant même.
TH^ODORA.
Écoutez , seigneur. —Pour que vous ayez toute sécurité, donnez au frère de Dorothée un message qui le retienne hors de la maison toute la nuit, et l'empêche de rentrer avant le jour. — Rien de plus facile, puisqu'il est maintenant à votre service. Je me coucherai de bonne heure, ainsi que nos gens. — Vous, vous n'avez qu'à laisser le roi.... et avec ces trois clefs, dont vous ferez faire les pareilles d'ici à ce soir, — vous ouvrirez.
IIRNKI.
Voyons.
TH^ODORA.
Celle-ci , c'est pour la porte de la rue.
HBNHI
Et les deux autres?
THéonoRA.
Prétez-moi votre attention.
HKNRI.
Vive Dieu! je voudrais être h ce soir.
TUéCDORA.
Avec cette clef-ci, vous ouvrirez la porte du corridor.
HSNRI.
Achevez... achevez , de grâce.
TIIÊODORA.
Dans le salon , à main droite, vous verrez un tambour, — et sur le tambour une lampe.
HBKR1.
Ahl vous êtes mon étoile.
THÉODORA
Moi?.. C'est donc moi que vous aimez?
HENRI
Je dis cela, parce que vous êtes mon guide.
THÉODORA
Il ne faut pas venir trop près de moi, parce que vous réveilleriez mes femmes. — Munissez-vous d'une lanterne sourde, allumez la lampe que je viens de vous dire, et traversez le tambour... A gauche est mon appartement; j'aurai soin de fermer, afin que si par aventure elle crie, nous n'entendions rien. . .Allez en face; ouvrez avec celte troisième clef que voici, et là vous trouverez la Belle dormant. Elle est seule; car une suivante favorite qui couche ordinairement près d'elle est allée par hasard voir sa mère... Après cela, c'est a vous de ne pas manquer de cœur. Car il y a des hommes qui sont des lions à qui mille épées ne feraient pas peur, mais qui devant une femme perdent tout courage et tremblent comme s'ils avaient la fièvre.
HENRI
Je vous remercie de vos instructions , et j'aurai soin de donner au frère une commission qui l'empêche de rentrer. — Quant au courage, il est vrai que devant une place qui se rend tout de suite le soldat perd sa vigueur. Mais où il y a des obstacles, où il y a des cris, des pleurs, du dédain, c'est autre chose. L'amour est comme la foudre, qui renverse un objet d'autant plus violemment qu'il offrait plus de résistance. — Venez; je vais vous compter ce que je vous ai promis. L'écuyer ou tout autre, à votre choix, pourra vous le porter.
THEODORA, à part.
Toujours une femme a été livrée par une autre femme. HENRI, bas, à don Arias,
Ai-je bien négocié , Arias ?
ARIAS
Cela TOUS coûte assez cher.
HENRI
J'achète ma vie.
ARIAS
Alors il n'y a rien à regretter.
l'écuyer , à Théodora.
PartoDS-flous î
THÉODORA
A l'instant. {À Henri.) Au moins, gardez-moi le secret!
aOf LA BELLE AUX YEUX D'OR.