‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français] (volume 2)Chapitre 154 sur 183 · AMAR SIN SABER A QUIEN · texte numérisé non relu

AMAR SIN SABER A QUIEN

Voici l'une des pièces de Lope les plus ingénieuses, l'une de celles qui montrent lu mieux la puissance et la souplesse de cet esprit créateur.

Dans cette comédie, Lope, comme il lui arrive souvent, ne s'est pas ap pliqué avec beaucoup de soin à la peinture des caractères. Il faut observer cependant que don Juan, le héros de la pièce, est posé tout d'abord par le poète de manière à nous faire admettre aisément une passion aussi romanesque : le cavalier qui 80 ddvoue avec une générosité admirable à un homme qu'il ne connaît pas, peut bien aimer sans la connaître une femme qui témoigne à son malheur une sympathie généreuse.

Léonarda est aussi posée dès la première scène où elle parait, de telle façon qu'on n'est nullement étonné quand elle s'aventure dans une liaison en dehors des communs usages ; et si vous y regardez avec attention, tous verrez dans le développement de son amour une analyse psychologique qui ne manque ni de vérité ni de (inesse. D'abord c'est un pur badiuage. Puis la coquetterie s'en mêle. Puis la reconnaissance et l'estime. — Enfin on s'aperçcit plus tard qu'elle a lu les lettres adressées à don Juan par une autre femme, ^ ce qui, sans doute, n'a pas peu contribuée exalter encore son imagination.

Le valet Citron n'a pas ici le rôle actif que jouent souvent ses confrères dans les comédies de Lope. Après tout, à quoi pourraient servir ses intrigues i' Le maître que le poète lui a donné n'en a pas besoin. 11 a donc clë placé ici seulement comme contraste ; il est destiné à anmser le public, et ave£ ses imaginations merveilleuses et ses plaisanteries aigrcs-douces, il s'en acquitte on ne peut mieux.

Aimer sans savoir qui, me semble fort bien composé, et l'on y trouve un bon nombre de situations dramatiques. Dans la première journée, la scène où don Juan confronté avec don Ternand le meurtrier de don Pèdre, déclare ne pas le reconnaître ; dans la seconde, la scène qui se passe sous les fenêtres de Léonarda et celle qui termine ; dans la troisième la scène où don Juan prie Léonarda d'accorder sa main à don Louis, et celle où don Louis reproche à don Juan d'avoir manqué aux devoirs de l'amitié, sont, k divers titres, fort rciric»{»*|i^'.

Parmi les beaux détails qui abondent dans celte pièce, il en est un surtout qui nous a ravi. C'est le moment où don Junii. qui n'a pas encore vu le visage de Léonarda qu'il aime, ayant obtenu d'elle qu'elle soulève son voile, arnHn sa main en lui demandant de le laisser se préparer à ce bonheur, et se livre k un transport plein d'enlliousiasme. Il était impossible de rien imaginer qui peignit mieux une passion toute poétique et toute idéale.

Corneille a imité Amar sin saler d quien, et en a fait La suite du Meti' leur. Quand on vient de lire la pièce originale, on s'explique difCcilement le point de vue où s'est placé le grand poète, et l'on se demande par quel motif il a pu se décider à nous représenter comme un menteur, un homme dont toute la conduite est empreinte d'une l<vi-uté chevaleresque. Ne serait-

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ce pas tout sinjplement qu'il aura cru piquer ainsi la curiosité publique exeitér par sa première comédie ? mais il y a quelque chose qui n'est pas heureux dans l'opposition continuelle qui se trouve entre les actions de son héros et le caractère qu'il lui prête ; et c'est là sans doute la cause du peu de succès qu'il prétend que sa pièce a obtenu '. Quant à la logique de la composition, à l'élévation des sentiments, à la verve et à la nouveauté des plaisanteries, il ne nous appartient pas de prononcer entre l'original et l'imitation, et nous nous en rapportons au jugement du lecteur.

Nous finissons en réclamant pour notre traduction uae indulgence qui jamais ne nous a été plus nécessaire. De toutes les pièces espagnoles que nous avons jusqu'ici traduites, aucune ne nous a présenté les mêmes difficultés que celle-ci. Grâce à notre persévérance, et au concours éclairé de quelques uns de nos amis, la plupart de ces difficultés ont été, ce nous semble, assex heureusement résolues; mais il en reste encore plusieurs auxquelles nous n'avons pu trouver une solution satisfaisante, et oue nous recommandons à 1 erua;non et à la sagacité des habiles.

* feyez l'Examen de ta tvits du MenttVT

A.1MER SANS SAVOIU 01 1.

l'KIlSON.NAUliS.

DON FERNAND, ] riONis, Talel dc don Lo-iii.

BON PÈDiiE, ! ,. iNfcs, «uivanif.

> cavaliers.

DOJJ JOA« d'aguii.ar, I SANCnO, J

DON LOVVt DE RIBERA, ) CESPEDOSA , prifOODieft.

LkCONARDA, ^ ROSAI.KS, )

LISENE, / UN ALUUAZII..

UTROKj talel de don Juan. UN CKEFriER, UN AfXiOr.

La icènc se passe a Tu26dc cl dtni Ici eoTtror*.

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