‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français] (volume 2)Chapitre 16 sur 183 · CEUX · texte numérisé non relu

CEUX

Madame?

PHÉNicE, à voix boite.

Quel niais !

cÉLiA, de mime.

Pas si niais.

puÉNiCE, de même.

Que penses-tu de lui ?

cÉLiA , de même.

Qu'il a au contraire beaucoup d'esprit.

PHÉNicE, de même.

A quoi le juges-tu ainsi?

cÉLiA, de même.

Parce qu'il n'a pas apporté sa chaîne en venant.

puÉNiCR, de même.

ie ne l'avais pas encore remarqué... As- tu jamais vu pareiIie méfiance? Venir sans chaîne I

CÉLIA, de même.

Prenez garde, vous ne gagnerez rien avec lui.

puÉNicE, de même.

Pourquoi cela?

cÉLiA, de même.

Parce qu'il est sur la défensive

Î2 L'HAMEÇON DE l'Hl-MCK.

PHÉMCK, de même.

Nous verrons. C'est une làchctc, Célia, que de s'ailaquer à un pautre jeune homme naïf et crédule. Je préfère lullcr de ruse avec un fîn matois... A)i ! celui-ci a mis sa chaîne de côlél céi.iA, de même.

Et si vous la péchez, ce ne sera pas sans peine.

piiiImce, de même.

Nous verrons, le dis-je. Il n'est pas facile, je l'avoue, de tromper tm luron si caulcleux; mais j'emploierai les grands moyens, et il tombera dans mes pièges.

LL'ciNDO, bas, à Tristan.

Que crains-tu ?

TKiSTAN, bas, à Lucindo. Mille tours de son métier. Tenez-vous bien!

LUCINDO, de même.

Tu es fou , puisque tu gardes mon argent, mes bagues et ma chtlne.

PUÉMCE, à demi-voix.

0 Circél inspiie-moi.

céuA, de mêtyie.

Vous voulez donc absolument essayer un appât?

pnÉMCB, de même.

Je risquerai du moins un premier hameçon. {Haut.) Que I on apporte la collation. {A Lucindo.) Asseyez-vous là, mes amours. pr«'> de moi.

Cëlia «on.

LUCINDO, ci pari.

11 y a peut-être sous toutes ces prévenances et sous toutes ces flatteries quelque artifice vnchtK Mais que puis-je perdre à m'a*-

seoir?

Il prend on r«alcuil.

TRISTAN, box , à Lucindo.

Comment I tous vous asseyez!

LUCINDO, bat, à Tristan.

Tais toi, imbécile.

llt'a*«ied.

PUé.MCK.

^•rlez-moi donc un peu, ma chère vie. Un mot de votre bouche fera ma joie ou rna douleur.

LUCLtDO.

Que vous dirai'je?

PniNICE.

Que ce soit vrai ou non, dites-moi : Je vous aime.

LUCLNDO.

Certes oui, — je vous aime.

ACTK 1, SCflNE 111. 23

PHÉNir.E.

Certes oui! oh! que c'est charmant! Oh! comme il se voit bien à ce Certes oui que vous êtes Espagnol * !

LliCINDO.

Je vous l'avais déclaré.

PlJÉNICE.

Le Certes oui n'est pas la seule chose qui confirme votre aveu. Votre visage et votre taille attestent mieux encore la sincérité de vos paroles... Je vous assure que depuis mille ans il n'a pas passé un Certes oui plus délicieux en Italie.

LUCINDO.

C'est la première fois que je voyage en pays étranger.

PHÉNICE

Vous avez bien l'air d'être de Valence.

LCCINDO.

Nous sommes fort tendres là-bas.

PHÉMCE.

Sur ma conscience, je ne l'aurais pas cru à votre Certes oui.., Quoi ! je vous loue, je vous caresse ; je mets à votre disposition ce que contient cet appartement; puis, je me jette moi-même à votre tête comme une folle insensée; et vous, à la fin de tout cela, vous répondez un Certes oui plein de gravité. Non, par la vie de ma mère, non, généreux et noble Espagnol, je n'ai pas le bonheur de vous plaire, ou vous aurez laissé là-bas une autre femme plus heureuse, qui vous a plu davantage, et dont le souvenir vous poursuit. Eh bien, écoutez. Par vos yeux, par les miens, par ceux de l'Amour aveugle, parlez-moi de cette belle que j'envie. Ses yeux, à elle, sontils noirs, ou gris, ou bleus? De quelle couleur sont ses cheveux? Est-elle grande ou petite? Quel est son caractère? son esprit? — \h! n'est-il pas vrai? tout à l'heure vous vous êtes transporté en idée à Valence ; vous vous promeniez dans sa rue et vous pensiez à elle? Ne me le cachez pas, mon bien : qu'y a-t-il de nouveau à Valence?

TRISTAN, à part.

0 la friponne infernale!

LUCINDO.

Ce qu'il y a de plus nouveau â Valence, mon amie, c'est que je vous adore. J'ai eu là-bas une inclination que votre vue a bannie de mon cœur. J'étais aimé d'une femme qui avait les cheveux trèsnoirs, et qui cependant était assez blanche, laquelle je devais épouser. Nous nous sommes envoyé l'un à l'autre, plusieurs mois du-

' Por eierto est en elTet nne locution dont les Espagnols se «ervenl frëqucmmcni. Mais les acteurs de la pièce parlant espagnol, nno critique méticuleuse pourrait s'étonnrr de ce que Pliënice remarque, dans la bouche de LucindO; cette locution plutôt que toute

aulrc.

PHÉMCE.

LUCIN'DO.

PHÉNICB.

LUCIXDO.

TRISTAN, à part.

24 l/IIÀMKÇON Dl-: IMIKMCI..

rani, des billets doux pleins de galanteries portugaises'. Je la \ un jour dans un jardin, et de près elle me pnrul peu jolie ; je causai avec elle, et je la trouvai ennuyeuse; je lui touchai la main, et elle me sembla froide. C'est pourquoi, lorsque j'ai dû partir, je l'ai quittée sans regret; et à présent, hors mes parents et mes amis, rien ne m'occupe à Valence.

pnéNicE.

Hélas! hélas! cet homme qui m'a inspiré une passion si subit' il en aime une autre!... Ah! quelle horrible trahison!

LUCINDO.

Écoutez-moi!

Vous m'avez ;uée.

Vous pleurez?

Ah! grand Dieu!

Olez votre mouchoir.

Diable! quelle rusée i

PIléNICB.

Vous avez, j'en suis certaine, apporté ici des gages de M tendresse.

LUCINDO.

Ne m'affligez pas, ne me tourmentez pas, mon cher bien. Songez que votre chagrin me désole.

PUéNlCB.

Où sont ces gages, dites-moi, perfide?

TRISTAN, d part.

Voilà une feinte bien habile!

LUCINDO.

Ne pleurez pas, je vous prie.

Pn^NICK.

Je ne pleure pns sans motif. La chaîne que vous aviez sar voi: cette aprèsMilnéc était un de ces gages, et c'est pour cela que vt>i: nu la portez pas en ma présence.

TRISTAN, d part.

Voyons comme il s'en tirera.

Quoi I c'est la chaîne qui excite vos soupçons?

TRISTAN, d part.

it^ecle soit de la chaîne!

LUaNDO.

Écoule/, ma vie, et calmez-vous l

Le« PortiigaJs tonl ronomm<?» en E«pa5nr pour la TiTicitë de leur» putloot.

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