‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français] (volume 2)Chapitre 164 sur 183 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Pnns la prison.

Enlrenl DON JUXN el DON LOUIS.

DON LOUIS

Je suis serviteur de la maison d'Alcala, dont ma famille est l'alliée, et dès qu'on m'a remis votre billet , je suis venu vous voir. J'ai su votre aventure aussitôt après votre arrestation. Je ne vous crois point coupable, et l'on ne peut pas le croire sur d'aussi f.iibles indices. Quoi qu'il en soit, tant que vous serez en pri<on jo nifregarderai moi-même comme prisonnier.

Je vous baise mille fois les pieds. Je n'attendais pas moins de vous, illustre don Louis de Ribera >.

DON LOl'IS.

Je mériterai la confiance que vous me témoignez en vous liront d'ici. {Appelant.) Alcayde?

Entre L ALCAYDE.

l'alcatde. Seigneur?

DON LOUIf?.

Don Juan a-t-il du moins un appartement convenable?

l'alcayde.

Je lui ai donné ce que nous avons de mieux.

DON LOUIS

Voilà qui est bien. Je vais envoyer un lit de chez moi-. {L'Alcoyde tort) Je parlerai à mon père afin qu'il nous vj.i.ni. in ..i.i*» à tous deux, car nous sommes tous deux prisonnii

Je vous baise les pieds mille et mille foii.

• Il y» Ici plusieurs jcni «lo mol» «iir le mol rift^nt, ri>ioro. « r,..irmo il y a de iVr.i dantlp ciel, yoih èict une rivière (ou un ribera) criejlc ric , cic , elr. n

• A ré|>oqiie od Lopc (*crivail, les prisons ''•• Fr:»..-' ■.'. i> .»- ....on moiil.i»-. .

^e celle* d'Espagne.

JOUUNEE 1, SCEiNE Y. 301

DON LOUIS

Je ne serai content que lorsque vous serez libre. — Adieu, seigneur don Juan.

lîtoit.

Entre CITRON.

CITRON

J'attendais qu'il fût parti.

<*ourquoiî

Autre Donne fortune. — Inès qui revient.

A merveille l

Eulre INÈS.

CITRON

Approchez, mon brillant soleil.

iNKS, à don Juan, Je me mets a vos genoux.

nON JUAN.

iSon pas!... dans mes bras... sur mon cœur. im':s.

Non pas! doucement, seigneur, car je risquerais d'accrocher à vos boutons ce ruban auquel est attaché un portrait que je \th porter chez l'orfcvre.

Un portrait? et de qui? — Montrez-le.

INÈS

O'esi celui d'une personne de qui vous avez féru l'âme.

Est-ce votre maîtresse?

INÈS

Il faut que vous soyez un grand enchanteur.

Moi, Inès?

Vous l'avez rendue folle.

Panes donc voir.

INÈS

Pour cela, non, seigneur don Juan, car ensuite vous reconnat-^ Iriez la dame de qui est ce portrait.

El comment? Je ne connais personne à Tolède. Voici, pour mon malheur, la première maison où je suis entré. Je n'ai vu..jus(;u'ii:i, au lieu de datnes, que les misérables qui habitent ce triste séjour;

If. ^G

au lieu de verlugadins, je n'ai vu que leurs fers; et en fait de doui propos, je n'ai entendu que leurs jurements. iNis.

Eh bien, soit!... mais regardez vite... je suis pressée... Je n*al pas voulu passer près d'ici sans vous dire un petit bonjour. DON JUAN, prenant le portrait.

Dieu! quelle beauté!... se Irouve-t-il donc hors du ciel un ang^ qui soit aussi parfait?

CITRON

Montrez-moi voir. (// regarde le portrait.) Oui I on ne lui doihnerait guère plus de quarante à quarante-cinq ans.

INÈS

Que dites-vous? Elle n'a pas seize ans accomplis.

Peste ! ce ne serait pas mal de posséder ce jeune cœur.

INÈS

Seigneur don Juan, je ne puis m'arrêler davantage. — Rendezmoi cela.

Oh ! non, ma chère.

IN as.

Comment! non?

Laisse-le-moi; je le ferai raccommoder par un orfèvre qui est .ci avec nous.

Evàs.

Kl ne voyez-vous pas que li je reviens sans l'avoir

Sois sans inquiétude; tu diras que c'est moi. inIÎs.

Allons, il faut que pour un caprice de vous, je m'expose à la colère, aux reproches de ma maîtresse! .. Au moins, songez-y bi«D» je ne vous le laisse que pour aujourd'hui.

Demain sans faute je te le rends.

INÈS

Vous me le promettez ?

UTRON.

Je suis sa caution.

Eh bien, adieu.

Dites bien à votre belle maîtresse que je suis son esclave pour la vie.

CITRON, à Inès, El moi, que suis-je?

JOUlLNÈIi: I, SCENE V, 3o3

INÈS

Si nous nous lions ensemble, tu seras, toi, un citron d'amour, aigri par la jalousie.

CITRON

Un citron d'Andujar *.

INÈS

ï.e vilain drôle î

Eiie sort.

DON .'UAN, regardant le portrait.

Qu'elle est jolie!

CITRON

Elle est divine.

11 n'y a pas ici des sourcils verts ou bleus, ni des cheveux d'eotprunt. — La belle bouche !

CITRON

C'est pur sang 2. Mais, comme vous savez, je soupçonne quelque piège.

Non, non! Je me meurs.

CITUON.

Sans l'avoir vue?

Certainement.

CITRON

Les sages disent qu'on ne peut p.is avoir d'amour pour une personne qu'on ne connail pas.

Les sages sont des fous. — Écoute.

CITRON

Après î

AS'tu vu une montagne d'or?

CITRON

Non, monseigneur.

Eh bien, moi je te prouverai que tu pourrais 1 aimer.

CITRON

Comment cela?

En pensant à une de ces montagnes que tu as traversées et ensuite à l'or que tu as vu, et en formant dans ton esprit l'idée d'une montagne d'or. — De même moi, je réunis les deux idées de femme et de beauté, et j'adore cet ange.

• Dans le texte, Oilroii i'C|ionil sinn(>lemeiil Andujar. AnJujar est, comme on »U> «ne petite ville île rAndaluusic; mais je soupçonne «lu'il y a ici (|uel<|uc plaii3ti(eiie i'uu goût équivoque.

• Es sangre para

301 AIMER S.iNS SAVOIR QUI.

Entre DON FERNAND.

DON FERNAND

Je passais aux environs, seigneur don Juan, et j ai voulu vous voir. — Comment vous trouvez-vous en prison î

Fort bien, puisque je vous y vois.

DOX FERNAND.

Avez-Tous besoin de quelque chose ?

Nullement, car le ciel est venu à mon aide par l'entremise d'uB ange qui m'a vu tandis qu'on me conduisait ici.

DON FERNAND

Elle vous a envoyé des présents?

Elle m'a fait passer deux cents êcus.

DON FERNAND

A merveille!

Je suis pénétré pour elle de reconnaissance et d'amour.

DON FERNAND

Sans l'avoir vue 7

J'ai vu son portrait.

DON FERNAND

Montrez- le.

Volontiers... d'nutrfnt que vous me direz qui c'est. Le foiU. (13 lui donne le portrait.) Vous paraissez interdit

DON FERNAND

Je ne connais pas cette dame.

CITRON

C'est une dame de fantaisie.

Les écus sont de bon aloi.

DON FERNAND

Je vous quille pour vous faire préparer un appariement.

Umm

Qu'est ceci?

CITRON

Vous aurez fait quelque imprudence.

Kn quoi donc?

CITRON

En lui montrant ce portrait.

DOX JUAX.

Son visage a changé de couleur.

CITRO.V.

ie parierais que c'est sa femme.

Maintenant qu'il l'a vu, c'est irrémédiable.

CITRON

Comme vous vous êtes pressé de le lui montrer I

Les ennuis Tiennent toujours vite.

CITRON

Au reste, s'il le prend mal, nous dirons que c'est lui qui a tué ce gentilhomme.

Ce qui m'ennuie, c'est à cause de la femme.

CITRON

Et moi, c'est à cause d'Inès; car je perds là une luronne aimable, palpable. — et sans portrait.

JOURNEE DEUXIEME

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