SCENE II
Cdc rue.
Entrent DON LOUIS et DIOMS.
DON LOUIS
Ma foi, Tamour a ses licences.
DIONIS
Vous pourriez l'offenser.
DON LOUIS
Ma passion m'entratne.
DIONIS
Vous risquez de compromettre sa réputation: si l'on vous voyait rôder ainsi dans sa rue, sous son balcon , on croirait tout de suite que vous êtes au mieux avec elle.
L'amour ne peut passe nourrir de souvenirs et d'idées. II cherche satisfaction à ses désirs.
DIOMS.
Celui qui aime bien songe avant tout aux intérêt» de l'oVjet aimé, et ce n'est pas aimer véritablement que de préférer ison plaisir à celui de sa dame.
DON LOUIS
L'amour n'cst-il pas un désir?
DlONlS.
J'en convicn».
DON LOUIS
N'a-t-il pas une fin, un but?
DIONIS
Oui, mais honnête.
DON LOULS.
N'est-ce pas le plus grand bonheur que de posséder l'objet aimët
' la se la pa% de Cnstilla.
* A piearo de Sevilla
— A fregona dé ToUdo
C'éinii le commoncomcnl d'un adage nu de deux adagM ditTërentf qai revenaient probdlilemeiil à iiolrL- iiio<eilic : A bon chai Ion rat.
DIONI?.
Non pas. Celui qui triomphe de Str passion, go^te, dit-on, une Joie céleste.
Entre DON JUAN.
Don Louif^ monseigneur ', je vous ai aperçu de la fenêtre. Qu'est ceci?
DON LOUIS
Ne m'avez-vous jamais vu ici?
Comme je ne connais point Tolède, je ne saurais trop le dire.
DON LOUIS
C'est ici, don Juan, cNst ici qu'est mon bonheur.
DON JUAN, d part.
C'est ici qu'est ma crainte.
DON LOUIS
Ayant appris que don Fcrnand vous avait emmené dans sa maison, je suis venu vous prier de me sauver la vie... Il se; ait mal è moi de vous rappeler le service que je vous ai rendu Je n'axais au (•une vue personnelle, je croyais bien que jamais je n'aurais unser vire à vous demander... Vous habitez la mai>on de ma belle. Parlez-lui etï ma faveur. Je suis son prisonnier depuis une époque antérieure à celle où vous fiUcs vous-même arrêté ; faites pour mol auprès d'elle ce que j'ai fait pour vous auprès de mon père. Klle sait déjà que je r,iime; veuillez l'en assurer, et lui répondre de moi. Je la jugerai à sa conduite. Si elle ne se montre pas sensible à vos prières, elle n'est pas un ange, elle n'est qu'une femme.
Seigneur, je suis obligé de vous servir en toute chose, et quoique celle-ci soit assez délicate, mon dévouement n'hésite pas. Vous éliei dulrefois aimé de Léonarda et vous n'êtes plus aussi heureux. D'où vient ce changement? Kst-cc de sa part inconstance ou légèreté? je l'ignore. — Quoi qu'il en soit, je me tiens à vos ordres. Je saisit l'occasion de vous témoigner n)a reconnaissance, — et pour vous délivrer de la captivité où vous êtes, je vais à mon tour enchaîner ma liberté^. Vous saurez quelque jour peut-être ce que j'aurai fait pour vous ; vous saurez mon abnégation, et vous avouerez que j'ai payé au double ce que je vous devais. IK)N louis.
Pour peu que ceh vous contrarie, don Juan, je retire ma demande... Je ne voudrais pas d'un .service que vous me rendriei malgré vous. — L'amitié ne peut exiger ni même accepter de si grands sacridces.
• On rvplojail ceUc formule âv langage » parlaDl à an (apérieur. &i liberté morale.
JOURNKE llï, SCÈNE IL 3o5
•Te sais les devoirs qu'imposent l'amitié et la reconnaissanre Lâissez-rnoi faire... et puis vous vtrrez qui je suis. Adieu.