‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français] (volume 2)Chapitre 53 sur 183 · ACTE III, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE II

C^LIA

A qui donc comptez-vous demander cette somme?

PUÉNICB.

4 moi-même. J'ai déjà deux mille ducats par devers moi ,et je «Èâ-iuv^rai ies mille autres sur mes bijoux. Trente pour cent, c'est un {Çam qui n'est pas à dédaigner. Puis, quand il aura vendu, j'aurai le reste.

CÉLIA.

Prenez garde, madame; les hommes ont parfois d'habiles vei;geances.

PllÉMCE.

Lî plus fin d'entre eux serait trompé par une femme. Allons ;< la douane, je consulterai le registre , et je saurai au juste, d'après la propre déclaration du jeune homme, ce que vaut sa marchandise. Tu vois que je n'agis pas à la légère.

CltLIA.

J'admire votre prudence.

Pbénicc et Céiia sortent DON FÉLIX.

Vous lui avei tendu là un bon pîégc.

LUCINDO.

Je doute fort qu'elle m'échappe.

DON FÉLIX

Elle prend bien , d'ailleurs , ses précaution?.

Entrent LE CAPITAINE et DINARDA.

LE CAPITAINB.

Yods n'avez d'aucune façon besoin de vous excuser; je sais que rous êtes un cavalier plein d'honneur.

LUCLNDO , à don Félix.

Voici du monde. Retournez au logis pendant que je vais chercher cet argent; et s'il faut absolument que vous tuiez votre enncTiil de votre propre main , du moins ne vous compromettez pas.

DON FÉLIX

Je veux avant tout que ma vengeance soit secrète.

Lucindo et don Fëlix sorteoL DINARDA.

Que Phénice soit venue au logis, je n'essayerai pas de le nier capitaine; mais il est clair que c'est vous qu'elle y venait voir.

Vous ne me persuaderez pas; je connais son humeur et ses manières. Il serait plus facile d'emprisonner le soleil, d'arrêter ui nuage, de prendre le vent, que de conserver à un homme îe cœn changeant de cette femme. Avec cela, elle a l'honnête habitude • soutirer, par mille je ne sais quels moyens, l'argent des étr.iiiLvi • Elle es! rusée, je vous en réponds, plus rusée que vous, moii jm. gentilhomme. Aussi, quelque bonne opinion que j'aie de v(M!.>, >

LOPÉ DE VKCA, T 11. 7

74 LIIAMKÇON DE riIKMCE.

ne doute pa? qu'a la fin votre vertu n'ait cédé à «es avflncfts. Ki

vous adore , je le sais.

niXARDA.

En admettant cela, toujours est-il que je ne vous ai pasjoffrn

1 E CAPITAINK.

Les pierres elles-mômes sont effrayées de ce prodige: car c'en est un, et des plus grands, que de voir cette femme vous poursuivre comme elle fait... Vous pourrez vous vanter de l'action la plus rare, puisque vous vous jouez d'une femme qui n'est que ruse, calcul, embûche et fourberie. Mais si vous êtes honteui d'avoir abusé de ma confiance, et d'avoir joué en même temps un si grand nombre d'hommes joues par elle, j'exigerai de vous seulcmenl que vous m'aidiez à me venger.

niNARDA.

Si don Juan peut vous être utile à quelque chose, ordonn* / commandez ; son épée, son bras, sa vie, tout est à vous. Je prétends dissiper, à quelque prix que ce soit, vos soupçons injurieux.

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