I.E COMMANDEL'H
Asseyez-vous, et nous causerons.
ESTKVAN.
Comment votre seigneurie n-t elle trouvé mon lévrier?
LE COMMANDEUIl.
Ma foi! alcade, mes gens sont revenus de la chasse émerveillés. Us n'ont rien vu d'aussi léger.
ESTÉVAX.
C'est une excellente bote, et, vive Dieu ! il pourrait disputer le prix de la course a un malfaiteur poursuivi ou à un poltron un jour de bataille.
LE COMMANDEUII.
A propos de cela, mon ancien, vous devriez bien le lancer sur une proie qui m'a dô'jà plus d'une fois échappé à la course.
ESTKVAN.
Volontiers, monseigneur... Oùesl-cllc?
LK COMMANDEUII.
Elle n'est pas loin; c'est votre fille.
ESTÉVA.N.
Ma lille?
LS COMMANDEUR
EUe-mômc.
ESTÉVAN.
Et vous croyez qu'elle est faite pour votre chasse?
LE COMMANDEUR
De gr&ce, alcade, grondcz-la donc un peu.
KSTÉVAN.
El pourquoi?
LR r.OMMAKDEUR.
Elle s'obstine h me chagriner. Vous le sa\e/. il > <i ni des icmme» charmantes et les premières de l'endroit, des femmes dont les maris ne sont pas loin de nous en ce moment, et qui. au premier viésir que j'en ai témoigné, n'ont pas fait difficulté de m'accorder un petit entretien.
Elles ont eu tort; cl vous, niuuseigneur, ce n csi pas bien a vous àv' dire ce que vous dites là.
JOURNEE II, SCENE 1. dl3
LE COMMANDEUR
Voilà un vilain bien éloquent. ~ Florcz , n'oublie pas de faire do:u.er à l'akade la Politique d'Aristole, afin qu'il achève son éducation.
rST^VAX.
Seigneur, nous désirons tous vivre tranquilles sous la protection de votre honneur... Songez qu'il y a à Fontovéjunc des gens très comme il faut.
LÉONEL, à part.
On n'a jamais vu tant d'insolence.
LE COMMANDEUR
Est-ce que j'aurais dit quelque chose qui vous ait fâché, régidort
ALONZO
Oui, vous avez dit quelque chose qui n'est pas bien ; ne le répétez pas. A quoi bon nous ôter l'honneur?
LE COMMANDEUU.
Et vous aussi vous voulez avoir de l'honneur! — Les dignes chevaliers deCalatrava!
ALOXZO.
Tel a reçu la croix de vous et s'en vante, qui n'est pas d'un sang plus pur que le nôtre.
LE COMMANDEUR
Et souillerais-je donc ce sang précieux en y mêlant le mien?
ALONZO
Le vice a toujours plutôt souillé qu'ennobli.
LE COMMANDEUR
Ouoi qu'il en soit, vos femmes ne s'en trouvent pas déshonorées.
ESTÉVAN.
Vos paroles leur font beaucoup d'honneur; pour les faits, personne ne les croit.
LE COMMANDEUR
Ennuyeux pays.ins!... Vivent les villes! Là rien ne contrarie les goûts et les fantaisies d'un homme de qualité; là les maris, plus raisonnables, sont fiers des visites que l'on fait à leurs moitiés.
ESTÉVAN.
Non pas! vous dites cela pour nous endormir. Mais dans les villes comme ici, il y a un Dieu, et, plus qu'ici, il y a des hommes puissants pour punir ceux qui font le mal.
LE COMMANDEUR
Otez-vous de là.
KSTÉVAN, à Âlonzo.
Je parie que c'est à nous deux qu'il parle.
LE COMMANDEUR
Qu'on sorte à l'instant de la place. Tous I tous I
ESXiVAN.
Nous allons nous en aller.
114 FONTOVÉJIJNE.
LE COMMANDEUR
Dépêchez-vous.— El chacun de son côté.
FI.ORBZ.
Modérez-vous, monseigneur, je vous en supplie.
LK COMMANPEUR.
Ces coquinS'Ià voudraient aller former des groupes jc^ditinn ri.Tj ne ma présence.
ORTUNO.
Calmez-vous, de grâce. Un peu de patience.
LE COMMANnEUn.
Je suis étonné de m'en trouver autant. — Séparez-vous, et que chacun se rende à sa maison.
LÉON KL, à part, 0 ciel ! tu permets tout cela !
ESTéVA.N.
Moi , je m'en vais par ici.
Tou* le» paysans «orltMil.
LE COMMANDEUR
Que dites-vous de ces rustres?
ORTU.NO.
Vous ne savez pas dissimuler, et ils n'ont pas pu écouler de sangfroid vos agréables confidences.
LK COMMANDEUR
lis osent s'égaler à moi!
FLOREZ
Ils n'ont pas cette prétention.
LE COMMANDEUR
Kl le drôle de l'autre jour a encore mon arbalète c\ n -r impuni!
FLOREZ
Hier au soir je crus le voir à la porte de Laurencia, et je donnai joliment sur les oreilles à quelqu'un qui avait le malheur de lui ccssembler.
LE COMMANDEUR
OÙ peut-il se cacher, ce coquin de Frondosoî
FLontz.
On dit qu'il doit être dans ces environs*
LE COMMANDEUR
Comment! un homme qui a voulu me tuer serait aussi près da moi!
FLOREZ
Comme l'oiseau étourdi il répond à l'appeau ; comme le poision •fTamé il vient mordre à l'hameçon.
LE COMMANDEUR
Dire qu'un paysan, un polisson, a pointé son arbalète sur la poi-
trine d*un capîtaloe dont l'épée fait trembler Grenade < l C'est la fin du monde, Florez.
FLOREZ
L'amour brave tout ; et ma foi 1 vous devriez vous féliciter de ce ^ue ^ous êtes encore vivant.
LE COMMANDEUR
Je me contiens, mes amis ; sans cela, en moins de deux heures je passerais tout ce village au fil de l'épée. Mais j'attends une occasion, et jusque-là ma raison retient ma vengeance.— Parlons un peu <le Tascale. Que dit elle î
FLOREZ
Llle répond qu'elle est à la veille de se marier
LE COMMANDEUR
J'entends, elle demande du terme.
FLOREZ
Elle promet de payer à échéance.
LE COMMANDEUR
Et quelle nouvelle d'OlalIa ?
ORTUNO.
La plus charmante réponse.
LE COMMANDEUR
Elle a de l'esprit.— Mais enfin?
ORTUNO.
Que son futur, jaloux de mes allées et venues et des visites que vous lui faisiez, ne lui laisse pas un moment de repos. Mais que s'il lui donne quelque relâche , il ne tiendra qu'à vous d'en profite
LE COMMANDEUR
Foi de chevalier, à merveille! Mais il la garde donc bien, ce vilain T
ORTUNO.
11 est toujours là , ou il arrive toujours à point nommé , comme s'il se transportait par les airs.
LE COMMANDEUR
Et Inès r
FLOREZ
Laquelle?
LE COMMANDEUR
Celle d'Antonio.
FLOREZ
Elle est à votre disposition avec toutes ses grâces. Je lui ai parlé par la cour de sa maison, et c'est par là que vous entrerez quand il vous plaira.
LE COMMANDEUR
J*aime qae les femmes soient faciles , et je n'aime pas celles qui
* Le texte dit : a Fait trembler Grenade et Gordoae.» Cordoue était «Ion an pouvoir 4m ehf ëtiens.
iiô rONTOVKJUNK.
leiont. — Ah! Florez, si les femmes savaient s'cslimor ce qu'elle!
valent I
FLOKKI.
Il n'y a point d'ennuis , point de déjjoûts, qui puissent contrebalancer le bonheur d'obtenir leurs faveurs. 11 est vrai que quand elles se rendent trop facilement cela diminue beaucoup de leur prix. Mais que voulez-vous? Il y a des femmes qui, pour me scryir du langage d'un philosophe , il y a des femmes qui dt^sircnt 1rs hommes, comme la forme désire la matière. Il faut donc s'attendre à en trouver quelques-unes de cette espèce.
LE COMMANDEUH.
Un homme transporté par la passion est bien aise que son ivresse ne rencontre pas une résistance importune. Mais ensuite il fait peu de cas d'une semblable conquête; et rien n'éloigne un homme d'une femme comme la facilité de celle-ci.
Entre CIMBRANOS.
CIUBRANOS.
Le commandeur est-il ici?
ORTUNO.
Ne le vois-tu pas devant toi?
CIMDRANOS.
Brave Fornand Gomez, changez votre montera de velours* pour le casque d'acier, et votre manteau contre une brillante armure : car voici que le grand maître de Saint-Jacques et le comte de Cnbra, envoyés par la reine de Castillc, assiègent don Rodrigue dans Ciudad-Héal, et l'ordre de Calatrava est menacé de se voir enlever une conquiHc qui lui a coûté tant de sang. Déjà du haut des remparts l'on aperçoit les lions et les chAleaux de Castillc et les barres d'Aragon. Aussi , bien que le roi de Portugal désire vivement dv secourirdiron, ce sera beaucoup si notre grand maître peut revenir fivant à Almagro. Montez à cheval, seigneur; c'est l'unique moyen de les faire retourner en Castillc.
LR COMMANDEUR.
Il suffit, attends. — Ortuno , dis aux trompettes de sonner surle-champ le rappel. Combien ai-jc ici de soldats?
ORTUNO.
Environ cinquante.
LB COMMANDEUR
Qu'ils montent tous à cheval à l'instant.
CIMBRANOS.
Si TOUS ne vous hâtez, Ciudad-Réal retombe entre les mains du roi.
LE COMMANDEUR
Ne crains rien, cette ville ne lui reviendra jamais.
lU lorlcnl ' La montera ëiait ane espèce de catqMtlei de bonnet, que lc( liommcs nobles por« Uicnl eo tcmpi de paix et en Toyage.
JOURNÉE II, SCÈNE II. in