‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français] (volume 2)Chapitre 79 sur 183 · SCÈNE n · texte numérisé non relu

SCÈNE n

Un bois près de Fontov^nns.

E«lrent MENGO, LAURENCIA et PASCALE.

PASCALK.

Ne l'éloigné pas !

MENGO.

Quoi î même ici vous avez peur.

LAURENCIA.

Il faut que nous allions ensemble à la ville ; car toujours le premier homme que nous rencontrons ici, c'est lui.

MENGO.

Quel homme! c'est un démon incarné.

Il ne nous laisse tranquilles ni au soleil ni à l'ombre.

MENGO.

Ah ! que le ciel devrait bien envoyer un bon coup de foudre pour mettre fin à ses folies !

LAURENCIA .

C'est une bête féroce, c'est un serpent, c'est la peste de l'endroit.

MENGO.

On m'a conté, Laurencia, que dans ces environs, Frondoso, pour te délivrer, lui mit l'arbalète sur la poitrine.

LAURENCIA.

A cette époque là, Mengo, je délestais les hommes; mais depuis je les vois avec d'autres yeux. Frondoso montra un rare courage. Pourvu que son dévouement ne lui coûte point la viei

MENGO.

Force lui sera de quitter le pays.

LAURENCIA.

C'est le conseil que je lui donne, quoiqu'à présent je l'aime bien. Mais il ne m'écoute pas , et quand je lui parle ainsi , je ne trouve chez lui que dépit, jalousie et colère. Et cependant le commandeur jure de son côté qu'il le fera pendre par un pied aux créneaux du château.

PASCALE

Puisie-t-il lui-même être bientôt étranglé !

MENGO.

Un bon coup de fronde suffirait. Par le soleil ! si jamais je lui en tire une de celles que je porte dans ma gibecière, à peine vous l'auriez entendue siffler qu'elle serait logée dans son crâne.— Le fameux Sabale, l'empereur romain, n'était pas aussi vicieux.

LAURENCIA.

- Tu veux direHéliogabale. celui aui avait plus de férocité qu'une bête féroce.

liS KONTOVl^JlJMi.

HBNGO.

Cavale OU Navale, peu importe; moi, jene me mêle pas d'histoire. Mais je suis sûr qu'il n'était pas pire que notre homme. Et même dans le monde entier y a-t-il un autre Fernand Gomez?

PASCALE

Ce n'est pas possible. On dirait que la nature lui a donné un coeur de tigre.

Entre JACINTHE.

JACINTHE

Au nom de Dieu ! sccourcz-moi, si l'amitié peut quelque chose «ur vous.

LAURRNCIA.

Qu'est-ce donc, ma chère Jacinthe î

PASCALE

Tu peux compter sur nous deux.

JACLMUE.

Ce sont des domestiques du commandeur qui l'accompagnent k Ciudad-Réal, couverts d'acier et plus encore d'infamie, et qui veulent m'emmener vers lui.

LAURENCIA.

Que Dieu daigne te protéger, ma chère Jacinthe! Ce Fernand Gomez qui te poursuit courrait aussi après moi.

Elle l'cDfuil.

PASCALB.

Je ne suis pas un homme. Jacinthe, et je ne puis pas te défendre.

Elle t'enhiil.

UENCO.

Moi je suis un homme , et je sais a quoi ccln m'oblige. Viens, Jacinthe, viens près de moi.

JACINTHE

As-tu des armes ?

MBNGO.

Les premières du monde.

lAClNTHB.

Ah ! si c'était vrai I

MBNGO.

Oui, j'ai ici des pierres.

Enlronl FLOREZ el ORTURO.

FLOREZ

Ah ! lu voulais nous échapper?

jACirrTBl.

Ahl McDgo, je suis morte !

MBNGO.

Kh 1 messeigneurs , pourquoi vous attaquer i de pauvres villageois ?

JOURNÉE 11, SCÈNE II. ili»

ORTUXO.

Tst-ce que tu serais chargé, par hasard, de défendre celle femme?

MENGO.

C'est par mes prières que je la défends. Elle est ma parente , et je dois la proléger autant que je le puis.

FLOREZ

Qu'attendons-nous ? Tuons-le.

MENGO.

Par le ciel! si je m'entête et que je détache ma ceinture, ma yic pourra vous coûter cher.

Entrent LE COMMANDEUR et CIMBRANOS.

LE COMMANDEUR

Qu'est ceci ? Comment donc me forcez-vous à mettre pied à terre pour cette vile espèce?

FLOREZ

C'est un paysan de ce village, auquel vous devriez mettre le feu puisqu'on n'y fait rien pour vous plaire, qui ose attaquer nos soldats.

MENGO.

Seigneur, si vous avez quelque pitié , et si vous aimez la justice, châtiez ces hommes qui, abusant de votre nom, veulent enlever cette paysanne à son futur et à ses parents qui sont de braves gens, et permettez que je la remène chez elle.

LE COMMANDEUR

Je leur permets, au contraire, de te châtier comme tu le mérites. — Laisse cette fronde.

Monseigneur !

LE COMMANDEUR

Vous deux, et toi , Cimbranos, servez-vous-en pour lui attacher les mains.

MENGO.

Quoil c'est ainsi que vous protégez l'honneur de vos vassaux?

LE COMMANDEUR

Dis un peu* que pensent de moi les habitants de Fontovéjune?

MENGO.

Eh! monseigneur, en quoi donc eux ou moi vous avons-nous oiïcnsé?

FLOREZ

Faut-il le tuer?

LE COMMANDÏil;K.

Ne souillez pas vos armes; il faut les conicrvcr pour une meilleure occasion.

ORTUSO,

Qu'ordonnez-vou«?

120 rO:rrc-/Vi'.ri;:;r..

LE COMMAMlKUU.

Emmcncz-T(\ .iiinchcz-lc à ce chône, ddpouillcz-lc de ses liabils, et avec les brides de vos clievaux ..

MExr.o Pitié! pitié, monseigneur! Songez, de grikee, à votre noblesse

Fouettez le jusqu'à ce que les boucles des courroies se détachent.

ME.Nf.o, à part.

0 ciel! et tu permets que de telles actions demeurent impunicet

Od i'inimciie.

LE COMMANPEUn.

Et toi, villageoise, pourquoi fuyais-tu? Tu préfères donc un miférable paysan à un homme de ma sorte?

JACINTHE

Est-ce ainsi, monseigneur, que vous faites réparation à mi.u honneur, que vos gens ont outragé ?

LE COMM VNOEUR.

Avoir voulu t'enlever n'est pas un outrage.

JACINTHE

Si fait. Mon père est un homme d'honneur; et si sa naissanc« n'égale pas lu vôtre, il vous est supérieur en vertu.

LE COMMANDEUR

Ce n'est pas par l'insolence cl les injures que Ton apaise la colère. Viens par ici.

JACINTIIS.

Avec qui?

LB COMMANDEUR

Avec moi.

JACINTUE.

Songez-y bien l

Malheureusement pour toi, j'y ai songé. — Je renonce à ta personne; mais je te réserve pour les goujats de l'armée.

JACLNTUB.

Tant que je vivrai, il n'y a pas de puissance humaine à qui il loit donné de me faire un tel outrage.

LE COUMANDBOR.

Allons, drôlesse, marchons.

jÂCi:vTi».

Par pitié, monseigneur !

LB COMMA.'VDEuR.

Il uy a point de pitié.

JACINTHE

J'en appelle de votre cruauté a la justice divint.

Ils sorliMil.

JOUllNÉE II, SCÈNE III. 12J,

SCÈINE III.

Dans la maison d'Ësiëvan.

Enlrcnl LAURIÎNCIA et FRONDOSO.

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