‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français] (volume 2)Chapitre 88 sur 183 · MANRIQUE · texte numérisé non relu

MANRIQUE

Les précautions furent si bien prises, que nous obtînmes presque «ans peine le succès que nous désirions. Il n'y eut que peu de résistance, et d'ailleurs, malgré tous leurs efforts , la réussite ne pouvait être douteuse. Le comte de Cabra est resté dans la place

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JOURiNIiE III, SCÈNE IV. 131i

ç.'^ur la défendre dans le cas où l'ennemi aurait l'audace de revenir l'attaquer.

LE ROI

Cette entreprise a été fort bien dirigée. — Le comte de Cabra doit demeurer à Ciudad-Réal et réorganiser les troupes de manière à occuper fortement le passage; et par ce moyen nous n'aurons rien à craindre du roi de Portugal. Notre fidèle comte montrera dans ce poste important ce qu'il a de sagesse et de valeur. II peut nous y garantir des dangers les plus redoutables, et veiller, sentinelle Tigilante, à la sûreté du royaume.

Kiilre FLOREZ, blessé.

FLOREZ

Roi catholique Ferdinand, à qui le ciel a donné la couronne de Castille comme à celui qui en était le plus digne , écoutez le récit, de la plus horrible barbarie que l'on ait jamais vue chez un peuple depuis les lieux où natt le soleil jusqu'à ccui où il termine sa course.

LE ROI

Calme-toi.

FLOREZ

Rji puissant, mes blessures ne me permettent point de différer le compte que j'ai à vous rendre ; car la fin de ma vie approche. — Je viens de Fontovéjune, dont les habitants, pleins de cruauté, ont tué leur seigneur. Fernand Gomcz est mort, frappé par ses traîtres vassaux. Les peuples, une fois mécontents, se révoltent à la première occasion. — Ceux de Fontovéjune se réunissent en appelant le commandeur du nom de tyran , et avec ce cri ils courent commettre leur crime; ils brisent les portes de sa maison; ils sont sourds à la parole qu'il leur donne, foi de chevalier, de satisfaire ceux qui ont à se plaindre ; ils ne veulent pas môme l'entendre. — Dans leur impatiente fureur, ils percent de mille coups ce cœur couvert du signe sacré de la croix; et des hautes fenêtres des tours ils précipitent son corps dans la rue, où des femmes forcenées le reçoivent sur la pointe de leurs lances. Puis on traîne le cadavre dans une maison, et c'est à qui lui fera subir le plus d'outrages : on lui arrache la barbe et les cheveux , on le percje de mille coups, on le déchire en pièces. On brise ses armoiries avec le fer des piques, et l'on dit à haute voix qu'on veut y placer les vôtres, parce qu'ils ne peuvent plus voir celles du commandeur. Enfin, ils ont pillé sa maison comme on fait en pays ennemi, et, triomphants, ils se sont partagé ses dépouilles. Ce que je dis à votre majesté, je l'ai vu de mes yeux. Le ciel n'a pas voulu que je périsse dans ce cruel événement. Laissé pour mort, je me suis caché, et, la nuit venue, j'ai pu m'cch.ipper pour vous apporter cette nou-

MO rONTOVEJUNE.

vellc. Seigneur, vous Aies juste, cl vous punirez, j'espère, ces barbares de leur exécrable forfail. Le sang de Fernand Gomez demande vengeance contre ses assassins.

LE noi.

Tu peux être assuré que ce crime ne demeurera pas impuni. Je suis tout ému de ce récit. Qu'un juge aille sur-le-champ sur les lieux; qu'il informe, et châtie les coupables d'une manière exemplaire. Un capitaine l'accompagnera pciur sa sûreté. Il importe que tant d'audace soit punie au nlus tût. — Que l'on soigne les blessures de ce soldat.

Ils KMleot.

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