‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français] (volume 2)Chapitre 99 sur 183 · SCÈNE YlII · texte numérisé non relu

SCÈNE YlII

Ils soitenf.

La cour d'Isabelle.

Enlrcnl LE ROI cl LA REINE.

LA HEINE

Je ne croyais pas, seigneur, vous trouver ici ; et je bénis niuu sort qui m'a procuré ce plaisir.

LE KOI.

C'est toujours avec le môme bonheur que je vous vois: et coniii.e j'allais en Portugal, j'ai voulu n.isser narici. LA littsy.

Dans les circonstances oîi nous sommes, je serais fâchée que voire najesté se fût dérangée pour m'èirc agréable. LE uoi.

Comment avez-vous laissé la Caslillc?

LA REIXE.

En paix, et parfaitement tianqnille.

LE ROI

Cela ne m'étonne pas, puisque vous vous étiez chargée de la paeîfier.

Entre DON ^ÎAMIIQLE.

MAXRIQHK.

Le grand maître de Calatrava, qui arrive à l'instant, demande la fiiveur d'être admis en votre présence.

LA REINE

ie désirerais le voir.

LE ROI

Je vous engage ma foi, madame, que malgré son extrême jeU" nesse, il est un vaillant soldat.

Entre LE GRAND MAITRE.

LE GRAND MAITRE

Rodrigue Tellez Giron, grand m.iUre de Calatrava, qui i;e cessera de célébrer vos louanges, vous demande humblement pardon, .le vous l'avoue, j'ai été lromi»ô, et cédant à de mauvais coii.seils, je ne me suis pas conduit à votre égard comme je l'aurais dfi. Les avis

im FONTOVéJUiNK.

de Fcrnand Goruez et les intérêts de l'ordre m'ont abusé. Je vous supplie de nouveau de vouloir bien me pardonner; et si vous daignez m'accorder cette grâce, je serai désormais le plus fidèle, le plus dévoué de vos vassaux. Dans cette guerre de Grenade que vous allez entreprendre, vous verrez la valeur de mon épée ; je veux, en la tirant du fourreau, répandre la terreur parmi les Mores, el planter sur leurs créneaux orgueilleux l'étendard à la croix rouge. J'emmènerai avec moi cinq cents soldais a cette expédition. — Je vous en donne ma parole, sire, \ous n'aurez plus à vous plaindre de moi à l'avenir.

i.K noi.

Relevez-vous, grand maître. Vous êtes venu, il suffit; vous devei être bien reçu.

LE GRAND MAITRR.

Vous êtes la consolation des malheureux.

LA REINE

Vous montrerez sur le champ de bataille que vous savez aussi bien faire que bien dire.

LB GRAND MAITRE-

Vous êtes, madame, une autre Estlier, et vous, sire, un aulrt Assuérus '.

Enlrc MA^RIOUE.

NANRIQUE.

Sire, le juge d'information que vous avez envoyé a Fonlovéjune, voudrait rendre compte de sa mi.<;sion à votre majesté. i.B ROI, d la Reinr.

C'est à TOUS déjuger les coupables.

LE r.RA.ND MAITRE.

Si cela ne vous eût poii.i regardé, sire, je leur aurais appris à tuer des commandeurs.

lE ROI.

Ce n'est plus votre alTairc.

LA REINE, au Grand Maître.

J'espère que, s'il pl.iii à DIimi. hoik rcvirrons encore le pouvoii

•A vos mains.

TV l.i: JLGli

LE JLGK.

D'après vos ordres, sire, je me suis rendu à Fonto\éjune, el j'ai mis tous mes soins à découvrir les auteurs du crime. Je n'ai pu obtenir aucun renseignement. A ma demande, qui est le coupable ? tous les témoins unanimes, avec un cœur inébranlable, répondaient : Fontovéjune. J'ai eu beau en soumettre plus de trob cents

*' Vos ioyt una btlla Ester,

Y 90t un Xerxês ditmo.

JOURNIÎE m, SCÈiNE VI!I. i::i

à une torture rigoureuse, il m'a été impossible d'en tirer autre chose. J'ai approché du chevalet jusqu'à des enfants de dix ans, et ni par tourments, ni par menaces, je n'ai rien pu savoir. Donc, puisqu'il est si difficile d'arriver a la vérité, il faut, sire, ou leur pardonner à tous, ou les mettre tous à mort. Les voici qui arrivent en masse, et il ne lient qu'à vous , sire , de vous assurer de ce que je vous rapporte.

LE KOI.

Qu'on les fasse entrer. Enlrenl les Alcades, les Paysans et les Paysannes de Fontovéjune.

LAURENCIA.

Ne sont-ce pas les rois ?

FllONDOSO.

Oui, ce sont les maîtres souverains de la Castille.

LAURENCIA.

Qu'ils sont beaux l'un et l'autre!... Que saint Antoine les bénisse!

LA REINE

Voici donc les mutins ?

ESTFVA\

Fontovéjune, madame, se jeiie a vos pied's pour vous offrir ses services. L'insupportable tyrannie, l'excessive cruauté du commandeur, qui nous faisait mille outrages, a été la cause de son malheur. Sans pitié et sans mœurs, il nous prenait nos biens, et forçait nos femmes et nos filles.

FRONDOSO

Cette jeune villageoise, que le ciel m'a accordée pour mon bonheur, le soir même de mes noces, il l'emmena dans sa maison comme si elle eût été à lui; et si sa vertu et son courage ne lui eussent donné des forces pour résister, vous pouvez deviner ce qu'il serait advenu *.

ME.NGO

Et moi, ne puis je pas parler aussi ? — Si vous m'en accordez la permission, vous serez émerveillé de savoir comme il m'a arrangé. Parce que je voulus défendre une jeune fille contre les violences de ses gens, ce maudit Néron me fit traiter de telle façon, qu'à un certain endroit ma peau devint aussi rouge qu'une tranche de saumon. Trois hommes battirent la mesure sur mon dos avec une telle constance, que je m'en ressens encore, quoique, pour tanner mon pauvre cuir, j'aie plus dépensé en pouilre de myrte que ne vaut tout mon patrimoine.

ESTÉVAN.

Sire, nous voulons être à vous. Vous êtes notre seigneur naturel, et à ce titre nous avons déjà inauguré vos armoiries. Nous comp-

' Dans la première scène delà troisième joiirnëc, Laurcncia ne dil pas qu'elle aU M la force de remisier au commandeur j mais ici c'e»l le mari qui jiarle.

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