‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français]Chapitre 106 sur 150 · SCÈNE vn · texte numérisé non relu

SCÈNE vn

Dans le palais.

Eotrent COLOMB et DON ALVARO.

DON ALVARO

Il est bien naturel, Colomb, que les Espagnols soient étonnés de la promesse que vous leur avez faite d'un nouveau monde. Ce n'est pas une invention ordinaire que celle de ces Indes... car ici nous ne savons pas d'autre nom à ce pays.

COLOMB

Déjà, seigneur trésorier, je vous ai soumis mon projet, au cardinal de Mendoce et à vous. Quelque nouvelle que soit cette décou- ?erte, elle n'a rien qui la doive faire repousser. Si la nature a donné à de vils animaux la faculté d'inventer des arts, de connaître la vertu de certaines plantes, de prévoir le temps orageux ou serein, pourquoi des hommes, des hommes qui ont longtemps étudie et médité, ne pourraient-ils pas savoir des choses dont on n'a pas parlé avant eux?

DON ALVARO

C'est précisément là ce qui excite le doute, et ce qui fait que la

* Cbalne de monugnes près de Grcnad*^

raison ne les admet pas aiséinent, 11 n'est pas facile de cioire à

l'existence d'un monde inconnu aux anciens.

COI.OMB-

Il ne leur était p.is inconnu. J'invoquerais, au besoin, les auteurs. Le témoignage de plusieurs d'entre eux prouve qu'il avait été dér.ouycci À i époque de César Auguste. Cela se voit dans Virgile, qui dit, au sixième livre de l'Enéide, que, en dehors de la route du soleil et des étoiles, il y avait un pays où Atlas appuyait ses épaules contre un l'eu dévorant*.

DON ALVARO

Selon Servius^, cela s'appliquerait à l'Ethiopie.

COLOMB

Non pas, croyez-le, ce sont les Indes que je cherche. Et, n'en douiez pas, il y a dans ce pays de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, des animaux divers, des oiseaux variés, des arbres qu'on n'a jamais vus, enfin tout un monde nouveau. — C'est le ciel qui m'a inspiré mon projet ; c'est lui qui ni'euccurige,

DON ALVARO

Voici les rois qui viennent vous parler^.

Entrent FERDINAND, ISABELLE, et quelques Seigneurs. COLOMB.

Que votre altesse me permette d'embrasser ses genoux.

FKRDINAND.

Lève-toi, mon cher Colomb, et dis-moi comment tu conçois ton entreprise.

Sire, mainlen.-int que vous avez heureusement terminé la conquête de (ircnade. le moment est venu pour vous de gagner un monde, car ce n'est pas moms que je vous oiïre. L'Espagne sang doute est grande; mais vous êtes tous deux si grands, que si vous n'y ajoutez pas un nouveau monde, vous ne pourrez pas vous y tenir à l'aise. Celui que je vous oITrc en ce moment a été perdu de vue par les anciens qui l'avaient découvert. Plolémée ne l'a point mis sur ses Tables; mais s'il a ignoré l'existence des Iles Fortunées, et l'il o t pas connu Thulé^, comment s'étonner qu'il n'ait pas non

* Jaeet txtra sidéra tttluM

Estra anni Molitque via», ubi califer AiIom ilz«m humero torquel slellit ardeuitlmt aplum.

* Le toata porte Ittrbio. Mais notu avoni pcnM$ <)u'il t'agiMail ici du commcnUI«-ur GctrtuJ, el, en cfTi-t, coït" f>x|i|ic3linn ic trouve daot son roqimeoUirc i la suite dot »or» cites daiK l.i i \<^.

■ On tait tiu'i-n I i>olait Fordinan I el Isabelle tes roi$ (Im r«yM]. Isabelle

était de son cher / : ' ol de Léon.

Que si no iio las t'ortunaJas islai

Ni Àl$le conociô, (/«., etc.

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