‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français]Chapitre 107 sur 150 · ACTE I. SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈNE VII

plus connu les antipodes? Si vous daignez m'aider, seigneur, j'irai vous conquérir ces Indiens idolâtres, lesquels doivent, ce me semble, être soumis à la foi chrétienne par un roi que l'on a surnommé le Catholique, et par la plus sage et la plus pieuse reine que l'on ait vue depuis l'âge d'or.

ISABELLE

Le ciel ne peut manquer de favoriser un zèle et des vues si louables. Je suis d'avis que l'on tente l'entreprise.

FERDINAND

Que te faut-il, Colomb, pour cette expédition?

COLOMB

Une seule chose, sire : de l'argent. Car l'argent est en tout souverain. L'argent, c'est l'étoile polaire, la boussole, la carte marine du navigateur; l'argent, c'est l'intelligence, la force, l'adresse, le plus sûr appui et le meilleur ami de l'homme.

FERDINAND

Tu dois savoir tout ce que m'a coûté la guerre de Grenade?

COLOMB

J'espère, sire, qu'avec l'aide de Dieu^ l'Espagne sera bient<)t riche, et qu'il viendra un temps où l'or et l'argent seront communs chez elle , et où les pierres jusqu'ici réputées précieuses se vendront à vil prix. II me faut, sire, trois caravelles avec environ cent vingt hommes d'équipage, qui puissent se battre au besoin, ou rester dans le pays que je vais découvrir. D'après mes calculs, seize mille ducats me sont absolument nécessaires.

FERDINAND

Dites, don Alvaro, pourra-ton trouver quelqu'un qui nous prête cette somme, à moi et à Colomb?

DON ALVAROU

Je crois, sire, que Louis de Santangel, votre ancien greffier des rations*, pourra la fournir.

FERDINAND

Eh bien, qu'on la donne à Colomb; et puisse le ciel être favorable à ses hautes pensées, afin que la monarchie d'Espagne soit agrandie, et que les idolâtres soient réunis à l'Église 1

COLOMB

Permettez maintenant que je me retire. Je vais composer ma flotte à Palos^, et puis, avec l'aide de Dieu, j'irai trouver cetiv

«l'Impression, et au lieu de ce mot i4(t2e nous avons lu d Tuîe. Il est possible que Lope eût écrit, d'aprc*rorll)ogiapbe grecque, d TyU ou d Tile. De là, sans (ioule, Ter* reur.

' Noos avons traduit littéralement ueribano d» raeionet. Le greffier des râlions était chargé de pa}er aux domestiques du palais l'argent de leur nourriture et de leurs gages.

* Ce fut en elTetdu port de Pains que partit Colomb pour aller découvrir l'Amérique. Palo* est un petit Tillage situé sur la rive gauche du Rio-Tinto. C'était alors l'entrcptl 'a commerce de l'Andaloosia.

terre qui nous donnera, à vous, sire, d'immenses richesses et à

moi une gloire immortelle.

ISABELLE

Que le ciel te conduise !

COLOMB

Je m'engage, illustre princesse, à donner à la terre que je découfrirai un nom qui rappelle le vôtre. Je la nommerai Isabelle, el cette terre laissera bien loin derrière elle les fondations si Tantéea d'Alexandre et de César.

FERDIXAND.

Àrgos ne fut pas un si hardi navigateur.

ISABELLE

Quelle merreilleuse pensée I

FERDINAND

Espérons !

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