ACTE II, SCENE II. 24T
qui n'a pas craint ie nuage souffre de la tempête. — Mais le voilà* qui s'avance, et je crois reconnaître Tapirazu.
AUTÉ.
Veux-tu le viser, ou que moi je lire sur lui ?
DULCAN.
Arrête.
Entre TAPIRAZU, portant une massue.
DULCAN.
Eh quoi ! insolent, tu oses venir jusqu'à ma maison?
TAPIRAZU.
Je ne sais où mon désespoir ne me ferait pas pénétrer. Un homme qui veul mourir ne craint rien ; il ne redoute pas mille flèches lancées contre lui, et tu m'as assez offensé pour que je ne craigne pas de mourir. J'étais occupé à offrir à Ongol un sacrifice, j'allais lui immoler la plus belle tigresse de nos bois; je l'avais couverte d'ambre et de parfums, et entourée de branches de myrrhe et de laurier, lorsque j'ai entendu du bruit. Je suis accouru, et j'ai vu que toi-même venais de sacrifier mon bonheur à ta vengeance. J'ai voulu réunir ma nation : ils ont eu peur, et n'ont pas voulu marcher contre toi. Mais moi je n'ai pas eu peur, et me voici, et seul je suis venu mourir aux yeux de ma fiancée pour lui montrer mon amour, duquel déjà elle ne peut douter. Ainsi donc, cacique, je t'en prie au nom du soleil et de ton courage, prends ton arc et perce-moi le cœur. Ou si cela te paraît mal, dispute-moi Tacuana, et voyons qui de nous deux est le plus digne d'elle. Veux-tu prendre un rocher, un tronc d'arbre, nous en charger tour à tour le^ épaules, et voir qui de nous le portera plus longtemps? Aimes-tu mieux, toi avec ton arc, moi avec une pierre, essayer à qui atteindra le mieux un but éloigné? Préfères tu jouer de la massue avec moi ? Ou si tu vr?ux, nous lutterons dans la science du ciel ? ou à qui peindra le mieux un arc? ou à la course, à la chasse, à la pêche?' Enfin ie te défie à quoi que ce soit, dans ta maison ou sur le rivage.
DULCAN.
Mieux que tout ce qu'on raconte, ton exemple prouve aujourd'hui à quel point l'amour rend insensé. Est-ce qu^, le soleil excepté, je puis redouter quelqu'un ? Est-ce quejjimais mortel m'a défié ? Pardonne, ô soleil ! Pardonne, car si je saisis cet homme,, je le lance vers toi, et malgré lui je le fais entier dans le ciel. — Sais-tu, par aventure, que je suis Dulcan Quellin?
TAPIRAZU.
Et toi, ne sais-tu donc pas que je suis Tapizaru? — - Tu oses traiter ainsi un cacique souverain soif?neur de sept rivières. Tu me menaces de me lancer dans le ciel ; et moi, si je te prends avec ce bras, je te lance au milieu de la mer, et m'ime pardelà.
DUI.CAN
Pour que nous pussions vivre en paix, il faudrait, eu effet, que l'un de nous Tût dans le ciel ou par delà la mer.— Laisse ta mafsue. Me voici prêt.
TAPIRAZU.
Laisse ton arc.
nui.CAN Le voilà à terre. — Mais fais y aticnlion, des que je t'aurai enveloppé dans mes bras, tu tomberas brisé.
TAl'IUAZU.
Ta présomption m'amuse. Mais, sache-le, mon soufQe sufCt pour t'anéanlir.
Ht vont autour l'un de l'autre, eu dicrcliant à se saisir, lorsque loal à coapr»«MiM4 deux ou trois dcdiar^cs d'an|iiehuso
. DBS VOIX , du dehors.
Terre l terre I terre 1
d'autres voix.
Terre l terre I terre I
DULCAN.
Que le soleil me soit en aide' Est-ce le tonnerre que je vtoot d'entendre? ou la terrible voix d'Ongol?
TAPIRAZU.
Ceci renferme quelque mystère.
DULCAN.
Auté , va sans délai du côté d'où vient le bruit.
AUTé.
J'y cours.
DULCAN.
Insensé et lâche, tu dois rendre grâce à ce bruit que nous venons d'entendre sans savoir qui le produit. C'est à cc!a que lu dois la vie.
TAPIRAZU.
Et moi je pense, au contraire, misérable, que c'est le sol qui s'entr'ouvrc avec fracas pour t'engloulir, sachant bien que tel est mon défir le plus vif.
TACUA.Nv
Suspendez votre défi, le temps et le non ne vous inHntiiH'roui pas plus tani pour le réaliser. Veillez à ce qui se passe. J'ai idée que le ciol se détache derendroitoù il est suspendu et meniice de tomber.
DES voix, du dehors, Teire 1 terre 1
d'autres voix.
Terre 1 terre I