‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français]Chapitre 115 sur 150 · ACTE II, SCENE IL 3I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IL 3I

DULCAN.

Eh bien, avez-vous encore entendu?

tâpirazu.

Le bruit YÏeat du côté de la mer.

UNB VOIX.

Aa nom de Dieu I

LES ESPAGNOLS

DDLCAN.

UNB Yoa.

LSS ESPAGNOLS.

UNE YOlX.

LES ESPAGNOLS

Holà t oh!

0 ciel ! qu'est ceci ?

Sainte Marie !

Holà! oh!

Saint Jean!

Holà! oh!

DULCAN.

C'est ce jour que nos aïeux avaient annoncé.

UXE VOIX.

Saint Pierre !

LES ESPAGNOLS

Holà! oh!

COLOMB

Terre! terre l

DULCAN.

D'où viennent ces tonnerres et ce bruit sinistre? En quoi t'af-jt •ffensé, Ongol?

Entre AUTÉ.

AUTÉ.

0 vaillant cacique! gardien et protecteur de cette île, tourne les yeui vers la mer, et tu y verras trois maisons... Ce sont des maisons en apparence, mais en réalité des êtres vivants, qui, enveloppés dans de vastes linges, cheminent sur les eaux. Dedans sont des boraraes qui ont sur le visage comme sur le dessus de la lôte des «heveux et des poils. Les uns se saisissent de cordes, au moyen de quoi ils soulèvent les linges, et les autres poussent des cris, afin que leurs maisons les entendent. L'air joyeux et animé, ilf s'embrassent les uns les autres, et quelques-uns même sont descendus y terre, où je les ai vus sautantet dansant. Usent le corps coloré; ils n'ont la peau blanche qu'au visage et au mains. Dans leurs mains ils tenaient des bâtons d'où s'échappait par momentsde la flamme et de la fuméi; avec un grand bruit. Cela m'a laissé sans parole , Je n'ai rien pu comprendre à leur langage, bien qu'à tous moments ils répétassent i)2^M, Vierge et terre, qui sont sans doute

les noms de leurs maisons... à moins que Dieu et la Vierge ne soient leur père el leur mère, et que b terre ne soit quelque ami qull» ont retrouvé loin de leur pairie. — Voyez à décider ce qu'il faut faire; car à la manière dont marchent les maisons, elles seront bientôt ici ; et si elles courent vite sur les eaux, elles courront plus vile encore sur la plage.

DUICAN.

Tu parles en ignorant. Ne vois-tu pas que ce sont des poissons, des poissons d'une espèce inconnue, qui, voyageant du côté de ce» Iles pour y manger de la chair humaine, ont dévoré ces hommes, lesquels appellent leurs dieux à grands cris? Les poissons s'étant trop gorgés, les vomissent avec effort sur la plage; et ce tonnerre, c'est un gémissement qu'ils poussent à mesure qu'un de ces hommet sort de leurs entrailles.

TATIRAZU.

le sais mieux que vous deux ce que c'est, évidemment ce font les restes des géants qui vinrent jadis dans ces montagnes. C'étaient des hommes de la hauteur d'un pin, el qui allaient toujours sur le rivage de la mer, où ils péchaient du haut de ces rochers. Mon aHeul racontait de ces hommes que , comme ils s'unissaient les uns avec les autres, un jour le ciel s'ouvrii en divers endroits, et il en descendit un jeune homme revèiu d'une toile blanche, qui leur fît la guerre en lançant contre eux des flammes : on en voit encore les traces sur ces rochers, qui sont par endroits brûlés et noircis. Mais les voilà qui descendent a terre. Que tardons-nous à Tuir? Sauvont* nous, Tacuana.

TACUANA.

Que le soleil me soit en aide l Je me meurs.

AtlTé.

Que l'idole Ongol me protège !

DUI.CAN

Ce sont plus que des êtres humains.

Tous les InJirns s'onruient.

lii.lrrni CC^LOMB, BARTHELEMY, FRÈRE BUYL, PINZON, ARANA, TKItR A 7 iS, cl d'autres Espagnols. Frère Buyl porte une croix de couleut

COLOMB

Tmef terre tant désirée!

BAniHKl.F.UY.

( mon frère! la voilà ta terre bien aimée.

COLOMB

Il faut que je l'embrasse, puisqu'enfin elle se montre à me» désirs après tant de fatigues. Nous l'appellerons la Désirée.

ARANA

Le nom est bien choisi.

Page 1