‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français]Chapitre 116 sur 150 · ACTE lî, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE lî, SCENE II

TERRAZAS.

li rend bien nos sentiments.

COLOMB

Je te vois donc enfin, 6 terre! ma mère bien-aimée. {Aux Espafinols.) Eh bien! ai-je tenu ma parole?

PINZON

Nous nous jetons à vos pieds. Pardonnez-nous, pardonnez-noug, Colomb, d'avoir pu manquer de confiance en vous. COLOMB, à frère Buyl.

Mon père, donnez-moi cette croix; je la veux planter ici. Elle doit servir de fanal au Nouveau-Monde.

FRÈRE BUYL.

Voici un endroit qui me semble propice.

COLOMB

Tous, tous à genoux!

FRÈRE BUYL.

Heureux le rivage sur lequel va croître cette plante sacrée ! —Que chacun de nous l'invoque à son tour.

COLOMB

C'est à moi de te parler le premier, illustre et sainte couche 6ur laquelle Dieu est mort étendu. ïu es la noble bannière qu'il leva contre le péché, celui qui en mourant vainquit la mort et noua donna la vie, et je vois encore s^t ton bois la trace de son sang glorieux. ^

FRÈRE BUYL.

Indestructible mât du vaisseau de l'Eglise qui mcates jusqu'au ciel comme l'échelle mystérieuse de Jacob, tu as pour voile le linceul qui enveloppa la dépouille du Dieu fait homme, et nul pilote n'égala jamais le grand prêtre qui te conduit.

BARTHÉLÉMY

Verge divine de Moïse, qui partageas la mer Rouge; fanal lumineux et brillant qui guides l'homme dans sa marche, je te plante, non sans inquiétude, sur cette terre, quoique indigne de toi, p'isqu'eile ne connaît pas le vrai Dieu. C'est ici le désert d'Égy]pi cl si nous avons un peu de foi, nous aussi nou: verrons la terrt promise.

PINZOX.

Verdoyant laurier de victoire sur lequel se posa la tôle du Christ, maintenant que tu as paru pour ton honneur dans un nouveau monde, purifie ce pays des souillures de l'idolâtrie , car le sang dont tu es teit t a coulé pour tous les hommes; et crois en ce Ii<7u où t'a planté notre audace chrétienne.

ARANA

Harpe mélodieuse de David sur laquelle fut fixé doulourensement celui dont tu as prophétisé la venue, et sur laquelle le saint lui chanta un jour cette musique mélancolique dont le ciel tu attristé.

e:i2 LA DÉCOUVERTE DU NOUVEAU-MONI»!

c'est à toi, Harpe sainte, de convertir à la foi par tesaci-eiits loiit ce pôle barbare.

TEHHAZAS.

Navire sur lequel la vie a traversé la merde la mort, en dépouillant les attributs de la divinité eten se fa if:ant homme, — linceul encore rougi du sang innocent de ce nouveau Joseph que pleura Marie,— linceul glorieux et vénéré, sois notre guide et notre bannière parmi ces peuples sauvages.

COLOMB, se levant.

Voilà qui va bien. — Maintenant il nous f»ul savoir si co5 par&^'ef »ont habités.

PINZON

Ils doivent l'ôlre.

FRÈRE DUYL.

Il y a dcns celte lie des apparences d'habitations.

ARANA

Qui vient là?

On dirait une femn^e* Oui. c'est une femme.

Laissons-la approcher.

TBRRAZlil.

BARTH^LKKV.

COLOMB

Entre PALCA.

PAi.cA, à fart, Kn fuyant, je suis tombée dans le péril.

COLOMB

Arrête, femme.

PALCA, ùpart.

Me Toilà au milieu de ces inconnus , qui vont me tuer. Pavvr»' Palcal avec la foudre ils vont te doimer la mort COLOMB, aux Espagnols.

Je vais essayer de nous la rendre amie par des présents. — Arrête : écoute '. calmc-loi !

PALCA, à part,

COLOMB

>nii> soniT""' '^'^': ifonimcs : vois, d<i , ■ , ,,

PALCA, ù par

reu à peu le courage me revient, cl il nie semble que mes pieds ne sont plus enchaînés par la terreur. Ce sont des hommes. Comme ils sont beaux I comme ils sont blancs ! comme ils paraissent dignes d'cire aimésl — Ils font des signes. Pcut-élrc me demandeni-iU mon nom. Je veux leur répondre. [Uaut.) Palca... Palca.

Page 1