ACTE II, SCENE II. 2ÏP
nlre TÉCDÉ, en courant.
TÉCUÉ.
J'ai eu asse2 de courage pour m'approcber et les voir. Mais je tremble rien que d'y penser.
TAPIRAZU.
Qu'est-ce donc que tu as vu, Técué?
TÉCUÉ.
Vous me voyez encore rempli de terreur, et je ne sais comment vous dire cela. — Ces maisons qui recelaient des hommes les ont enfantés, et la terre, foulée par eux, s'est émue. Parmi eux, Dulcan, j'en ai vu un, si grand, si grand, que, je le jurerais, il dépassait les pins qui sont là-bas sur la montagne. Il avait deux têtes, dont l'une à la moitié du corps.
DULCAN.
Cela est étrange. — Que signifie, ô ciel ! ce prodige?
TÉCUÉ.
Celle d'en haut m'a paru petite; mais celle qui est au milieu da corps m'a épouvanté.
IiULCAN.
Elle est grande ?
TÉCUÉ.
Elle est énorme, a les narines immenses et ouvertes, et elle ecî à demi cachée sous de longs cheveux, qui retombent de chaque côté. Toute la bouche est entourée d'écume, l^lle a de longues oreilles dressées. Cet homme a une voix haute et forte, avec laquelle il pousse de longs cris. Sa poitrine est large; mais il a des jambes menues, sur lesquelles il court avec une inconcevable rapidité. Il a quatre jambes.
DULCAX.
Qu'est-ce donc?
TÉCUÉ-
En cela il ressemble à la brebis et au daim.
DUI.CAN
j^yant quatre jambes, il doit courir vite.
TÉCUÉ.
Tl ? un ventre énorme.
TAPIRAZU.
Je le crois sans peine.
DULCAN.
Tu dis qu'il a des cheveux ?
TÉCUÉ.
Oui, mais voici la différence : c'est que les cheveux que l'homme a sur le dessus de la tête il les a par derrière.
DULCAN.
ie vois, Tapirazu, que nous sommes perdus.
2li8 !.À DÉCOUVERTE DU NOUVEAU MONDE.
TÈcvi.
Kt puis CCS cheveux ^ont plus longs que les nôtres. Ils tombeni presque à terre.
DULCAN.
Allons, arrachons ce lois, qui est planté là sans doute pour ame* ncr jusqu'ici leurs maisons.
4h entcureDl la croix et vont la \ai3ir, lors<|a'oD entend ane décharge de moosqucterie. I!i tombent à terre pleins d'efTroi.
DULCAN.
Ah!
TÉCDÉ.
Je me meurs.
DULCAM.
Dieu, ou qui que tu sois, aie pitié de nous. (A%ud Indien*.) Frappons-nous la poitrine.
TAPIRAZU.
Est-ce donc ainsi, Ongol, que tu veux nous détruire? {A la croix.) Bois saint et charmant, si tu es par aventure l'image d'un Dieu puissant irrité de notre outrage, pardonne, car voici que nous t'adorons !
DCLCAN.
Nous voilà agenouillés devant ta majesté, 6 bois plus beau et plus suave que l'odorant cinnamome! 6 bois digne que le phf^nix te choisisse pour mourir et pour renaître ensuite plus brillant de ta flamme parfumée !
ricvi.
Arbre maintenant dépouillé, si tu prends pitié de notre repentir, puisses-tu bientôt, s'il te platt ainsi, te voir chargé de branches et de fruits!
AUTé.
Plante chérie du soleil, ne tonne plus une aulro fois, et puisse au printemps ta cime verdoyante s'élever jusqu'au ciel!
DULCAN.
Adresse-lui, loi aussi, une prière, ôma bien-aimée ; car les rochers mAmes ne sont pas insensibles aux prières d'une femme, surtout quand elle est i elle.
TACUANA.
Accorde-nous notre pardon, arbre sacré, et puisse de ton écorce couler une liqueur bienfaisante qui ait le privilège de guérir les blessures des hommes et de les ressusciter de la mort à la Tiet
Enlre PALCA.
PALCA.
Que faites-TOUs la? Lcycz-vous.
DULCAN.
N'est-ce point PalcQ ?