ACTE lî, SCENE II. 2fll
mon frémit en perdant son royaume. Quel miracle p. us surprenant que de voir ces hommes à demi brutes t'adorer dans un respectueux silence I
COLOMB
Demandez-leur s'il y a ici d'autres habitants.
FRÈRE BUYL.
Par leurs signes ils répondent que oui.
COLOMU.
Nous vous apportons la paix , mes amis.
BARTHELEMY, faisant des signes.
Comment se nomme cette terre?
DULCAN.
Guanahami, Guanahami.
COLOMB
Ils ont vraiment beaucoup d'intelligence, et l'on pourrait s'en étonner. [Aux Indiens. ) Y a-t-il plus loin une autre contrée ?
DULCAN.
Barucoa , Barucoa.
COLOMB
Ce doit être un grand continent.
ARAXA.
N'en doutez pas, illustre général. Jamais la puissance humaine n'avait accompli un tel exploit.
COLOMB
Je veux retourner en Espagne, en emportant d'ici ce que je trouverai. Durant mon absence je laisserai le commandement à mon frère, en qui j'ai toute confiance; et ceux qui ne voudront pas revenir resteront avec lui.
FRÈRE BUYL.
Tous, Colomb, seront charmés d'obéir à votre frère , car c'est un autre vous-mr-me. Mais que pensez-vous emporter comme trophée ou comme échantillon du nouveau monde?
C'est à quoi je songeais. — J'emraènerai dix de ces hommes , et en même temps j'emporterai les animaux et les oiseaux qu'on n'a pas en Europe.
TERRAZAS.
I Vous ne l'ignorez pas, l'Espagne attend autre chose.
COLOMB
De l'or, veux-tu dire ?
PINZON
Justement.
COLOMB, montrant de l'or à un Indien, Avez-vous de cela ?
TBBRAZAS
11 a dit que oui !
COLOMB
Pourquoi témoigner tant de joie ?
ARANA
C'est que vous trouverez ici de l'or.
COLOMB
Le salut de ces hommes est pour moi le premier des biens.
TBRRAZAS.
Quel bonheur!... Cherchons l'or... cela est permis, ^/i un Indien.) Va, mon ami, et apporte-nous de cela.
ARANA
Il y va.
PINZON, il Co/omb.
Cela ne peut pas vous fâcher ?
COLOMB
Ce qui me fâche , c'est que vous en ayez sitôt demandé.
PLNZON.
Nous ne faisons de mal à personne. — Jamais le ciel n'a donné l'or avec plus de bonté , puisqu'il est ici pour rien. En général on ne l'acquiert que par de longs travaux , en labourant , en écrivant; et ici il vient tout seul, on le recueille sans l'avcir semr. ( L'Indien revient avec des lingots, ) Ma foi, le voilà déjà avec des lingots.
COLOMB
Prenez, et n'sn V)yez plus si avide.
PINZON
Cela nous appartient justement. Nous l'avons bien gagné.
AHANA.
Bénies soient mes fatigues !
TBRRAZAS.
Bénies soient mes souffrances !
FRàRK BUTL
Quoi I vous baisez ces lingots?
TBRRAZAS.
Mon père, occupez-vous d'instruire ces braves genf. COLOMB, à Dulcan^ en faisant des signée, Avcz-vous des vivres ?
DULCAN.
Je soupçoi^ne qu'ils nous demandent à maugcr.
PALCA .
Il faut les mener à ton palais*.
DULCAN.
Vuté, va tuer quatre de mes prisonniers, les plus gras; e' ««uand ils seront cuits , tu lec mettras sur la table^
AUTé.
Je pars.
* *.iiu^ralrmenl : « A ton roval Umbo. »