‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français]Chapitre 13 sur 150 · NOUVEL ART DRAMATIQUE · texte numérisé non relu

NOUVEL ART DRAMATIQUE

Le Nouvel art dramatique de Lope, qui devait nécessfliremcnl selon nous, trouver place en tète d'un choix de ses comédiej, fut composé en 1C09, à la prière d'une de ces académies qui, à la mode d'Italie, s'étaient alors formées en Espagne. Ainsi que l'a ob serve avant nous l'honorable M. Labeaunielle "^ « cet ouvrage porte les caractères d'une légère improvisation, et non ceux d'un poëme didactique. Il est en vers blancs-, seulement les deux derniers vers des paragraphes inégaux qui le composent sont rimes. Ce mètre seul, sermoni propior, indique que ce n'était point i<n ouvrage sérieux ; car si Lope avait voulu donner solennellement des règles pour son art, il les aurait écrites en tercets. » Toutefois, et en dehors de ce que dit Lope relativement à sa théorie, on trouvera dans ce petit poème des vues pleines de sens, d'esprit, une connaissance profonde de la scène, et, sur le style, les conseils d'un grand écrivain. Mais laissons parler Lope de Vega.

Nobles esprits , l'élile de l'Espagne , qui dans celte illustre académie aurez bientôt dépassé non-seulement ces académies d'Italie que Cicéron, émule de la Grèce, élablildans les contrées où dort l'eau de l'Avcrne, mais encore celle où Athènes voyait se réunir dans l'école de Platon une si riire assemblée de philosophes ; vous m'ordonnez de vous écrire un art dramalique conforme au goût actuel du public. Celle lâche paraît facile, et elle le serait en eiïel pour celui d'cnlre vous qui a le moins tiavaillé pour le ihéàlre, el qui, par cela même, n'en connaît (juc n»ieiix les règles; mais il s'en faut bien qu'elle lesoil [)our moi, qiji n'ai compose que contre les règles

' Arte nuevo de hacer comedias. Ain-ii que r.fiis l'avons déjà dit (voyei Calderon, notice), en général, le mot espagnol comcdia sert à désigner indistiiK lement une pièce de tliéàlrc, soit comédie, soit tragédie. C'est pourquoi ces mots el Arte nuevo de harer comedias, sigiiifienl le nouvel art de composer des pièces de théâtre, ou, plus bricvemenl, le nouvel Art dramatique.

' Chefs-d'oeuvre ù;s théâtres étrangers. Toui. l*"" île Lopo de Veg?.

ftvj NOUVEL AKT DKAMAIIOUE.

de l'ail. Ce n'est pas, grâces à Dieu, que je les ignore: j*ètais encore écolier, cl le soleil n'avail pas dcp'iis my naissance passé dix fois du lîclicr aux Poissons , que loulcs ces théories m'claicnt ramilicrcs; mais à l'époque où je débutai dans la carrière, je trouvai la scène remplie d'ouvrages bien différcnls de ceux que laissèrent pour modèles les premiers inventeurs de cet art, et tels enfin que les avaient composés des barbares qui avaient accoutume le vulgaire à leur grossièreté. El ils se sont si bien établis sous celle forme, que celui qui mainlcnanl veut écrire pour le théâtre suivant les préceptes de Tari, meurt sans gloire et sau" recompense ; car parmi ceux qui ne lont pas éclairés parles lumières d'une raison supérieure, la coutume l'emporle toujours.

Plusieurs fois, il est vrai , j'ai écrit suivant ces principes que peu de personnes connaissent; mais aussitôt que je vois paraître ces compositions monstrueuses pleines d'apparences magiques où accourent le peuple cl les femmes idolâtres de CCS sottises, je retourne à mes habitudes barbares; cl lorsque j'ai à écrire une coujédic, j'enferme loules les règles sous de triples verroux; j'éloigne de mon cabinet IMaulc cl Tércncc , de peur d'entendre leurs cris, car la vérilc réclame à haule \*oix (lins CCS livres muets ; cl j'écris alors suivant l'art qu'ont invenlé ceux qui onl voulu obtenir les applaudissemcnls de Iti foMle. Après tout, comme c'est le public qui paye ces soLliscs, il est juste qu'on le serve à son goùl.

La véritable comédie a un but, comme lojite espèce de poOme, et ce but est d'imiter les actions des hommes et de peindre les mœurs du siècle où ils onl vécu. Or toute imiU lion poétique se compose de trois choses : le discours, le vers, l'harmonie ou la musique*. I.a comédie cl In tragédie con-

* Tamhien qualquiera imitacion poftica

Se hace de trtt cotas, que ton platica. Verso dulre, harmonia o tea la mutiea.

L'honorable M. Lal>caumc1lo, qui a traduit avant nous et Àrte nucvo, a rendu ainsi ce passage : « Touto imitation poétique se compose de trois choses, la déclamalioa ou te chant, les vers ou l'harmonie. » Dans l'énumération de M. labcaumclle, il n'y pas trois choses [très cotas); il y en a deux, ou il y en a quatre. Ensuite il ne s'agit pas do chant; il s'agit seulement de l'harmonie des vers Ce qui excuse M. Labeaumellc, et ce qui nous excusera nousmème si nous n'avons pas bien rendu ce passage, c'est le vague des expre» ■ions de Lope.

NOUVEL ART DRAMATIQUE. Ixvij

viennent en ce point ' : mais elles diffèrent en ce que la première représente les actions des gens de la basse classe, et que la tragédie ne s'occupe que des rois el des hauts personnages^ Jugez par là de tout ce qu'il y aurait à dire contre nos comédies.

Nos pièces furentd'abord appelées autos, parce qu'elles s'en tenaient à l'imitation des actions et des intérêts vulgaires. Lopede Rueda fut chez nous le modèle en ce genre : ses comédies, que l'on a imprimées, sont en prose, et d'un genre si bas, qu'il y a introduit des artisans et retracé les amours de la fiiled'un forgeron. Aujourd'hui nous nommons intermèdes ces ouvrages antiques où l'art est soigneusement observé , où l'action est simple et se passe entre petites gens; car on n'a jamais vu d'intermède où figurassent des rois. Et ceci expliqjie comment les pièces dramatiques tombèrent peu à peu dans un profond discrédit, à cause de la bassesse du style, et comment, à la grande satisfaction des ignorants, on mit des rois et des princes dans la comédie.

Aristote raconte, d'une maruère assez obscure à la vérité , au commencement de sa Poétique, le débat qu'il y eut entre Athèneset Mégare touchant le premier inventeur du théâtre : les Mégariens en attribuant la gloire à Epicharme, tandis que les Athéniens la revendiquaient pour Magnèles. Donat en fait remonter les preniicrs essais aux anciens sacrifices, et, suivatst en cela Horace, il attribue l'origine de la tragédie à Thespis, commecelledela comédie à Aristophane. L'Odyssée d'Homèie est le résultat d'une inspiration comique ; mais l'Jliadc fut le noble modèle de la tragédie. C'est à l'imitation de ce poëmc qu'a été composée ma Jérusalem, que j'ai intitulée Epopée tragique. On appelle communément du nom de comédie l'Enfer, le Purgatoire cl le Paradis du célèbre poôle Dante Alighieri, et Maneli en donne les raisons dans la préface de ce pocme.

Tout le monde sait que le comédie, devenue suspecte, fut

' Immëdietcmcnt après les vers que nous venons citer, Lope ajoute :

Qm en eslo fue comiin con la tragedia.

M. Labcaumelle a traduit : « La tragédie et la comédie conviennent en ces tieux points. » Il no s'agit pas de deux points : Lope dit en esio, en cela. Il veut <ire qu'en parlant de ce qui constitue l'imitation poctiqun, il entend parler >our la tragédie romnic pour la coméiiie.

•iviij KOUVI'X ART DRAMATIQUb.

pour un temps condamnée au silence; que de là vinrent Ym salyrcs , qui, élnnl plus cruelles encore, passèrent plus promplement, et qu'alors naquit la comédie nouvelle.

Dans le principe les ouvrages dramatiques ne se composaient que de chœurs. Bientôt on y ajouta »in certain nombre de personnages. Mais Ménandre, suivi en cela par Térencc, rejeta les chœurs comme ennuyeux. Ce dernier fut le plus scrupuleux observateur des préceptes; jamais il n'éleva le style de la comédie à la hauteur tragique; plus sage en cel,i que Piaule, à qui l'on a tant reproché ce défaut .

La tragédie est fondée sur l'histoire, la comédie sur des (iclions; et celle-ci fut appelée de plain-pied, parce qu'en la jouait sans cothurne ni décorations, el qu'elle prenait se» arguments dans les classes les plus humblci. Cepcnd jM, alors (ommcà présent, il y avait plusieurs sortes de comcdies ; il y avait des comédies à pallium, à toge, des mimes, de; aii^hincs, des tabernaires.

I es Athéniens, qui donnaient des prix à leur<i pocU > v... maliques et à leurs acteurs, réprimandaicit «ians leurs ro môdics, avec \ine élégance altique, les vires el les mauvaises mœurs. Voilà pourquoi Cicéron appelait la c<»médie le miroir des mœurs, l'image de la vérité -.sublime attribut qui élève Thalie au rang de l'histoire, et qui nous montre combien elle mérite d'estime et d'honneur.

Mais déjà >nus vous récriez, ce me semble, en disant : < A quoi bon traduire des livres el nous fatiguer de cet étalage d'érudition? » Croyez-le, ce n'a pas été sans motif que j'ai r.i|)pelé toutes ces choses à votre mémoire : je voulais vous ).ure voir que vous m'avez demandé un art dramatique en Kspagne , où tous les ouvrages dramatiques s'écrivent contre r art, et je devais déclarer que nos pièces sont contraire» à l'usage antique et à la raison. Mais laissons cela : c'est à mon expérience que vous vous adressez, el non à ce que j'ai pu apitrendrc des principes d'un art qui nous dit 1» \t'n\i\ moi* auquel le vulgaire préfère Terreur.

' Cest tout le contraire; ce n'est p»s Tërence, c'est Pltute qui n'élMa jamais le style de la comédie à la hauteur tragique. Comme Lope connaissait parfaitement l'un et l'autre poète, on ne peut attribuer ccUe erreur qu'à une

distraction, et à la rapidité avec laque'l" i' r.-.ninocia son Souvel art dramatique

y-' JVZL ART DRAMATlQUa. ixi;

Si donc vous \ne demandi'z les règles de J'art, je vous adresserais au savant et docte Reborlclo, et vous verriez exposé dans son livre, soit sur Aristote, soit sur la comédie, ce qui autrement ne se trouve qu'épars dans une foule d'ouvrages, sans ordre et sans lumière. Mais puisque vous demandez l'opinion de ceux qui sont aujourd'hui en possession de la scène, eu reconnaissant que le public a le droit d'établir les lois disparates de noire monstre dramatique, je vous dirai mon sentiment, et votre ordre servira d'excuse à ma témérité. — Je voudrais, puisque le public est dans l'erreur, parer cette erreur de couleurs agréables; je voudrais, puisqu'il n'est plus possible de suivre les règles anciennes, trouver un terme moyen entre les deux extrêmes.

Choisissez d'abord le sujet de votre comédie, et, malgré les vieux préceptes, ne vous inquiétiz pas s'il y a ou non des rois parmi vos personnages. Je ne dois pas dissimuler, cependant, que notre roi et seigneur Philippe le prudent se fâchait toutes les fois qu'il voyait un roi sur le théâtre ; soit qu'il vîtlà une violation des règles de l'art, soit qu'il pensât que, même dans des fictions, l'autorité roy^i le ne doit pas être présentée <lc trop près aux regards du peuple.

Au reste, nous nous rapprochons en ceci de la comédie anti(juc, où IMaute ne craignit pas déplacer même des dieux, couunc le prouve le rôle qu'il donne à Jupiter dans son /ïmphilryon. 11 m'en coûte, Dit-u lésait, de l'approuver, d'aulout que Plutiirque, en parlantde Ménandre, blâme formellement la comédie antique ; mais enfin , puisqu'on Espagne nous avons renoncé aux règles de l'art et que notis le traitons sans façon, pour celte fois les érudils auront la bouche close.

En mêlant le tragique et le comique , et Térence à Sénèque (d'où il résulte une espèce de monstre à la façon du Minotaurej, vous aurez une partie de la pièce qui sera sérieuse et l'autre qui sera bouiïonne. Mais cette variété plaît beaucoup. La nature même nous en donne l'exemple, et c'est de tels contrastes qu'elle tire sa beauté.

Ayez soin seulement que votre sujet ne présente qu'une action ; ayez soin que votre fable ne soit point chargée d'épisodes, c'est-à-dire de choses qui s'écartent du sujet principal , et qu'on n'en puisse détacher aucune partie sans renverser tout l'édifice. Quant à renfermer toute l'action dans l'espace d'un

Iix NOUVI.l. AIIT ;)!\AMATiyUK.

jour, ne vous en înquiék'z p.»s, bien que ce soil l'avis «l'Ariilolc : nous avons déjà dccliii('î son aulorilc en nriêlanl ensemble tragédie cl comédie. Conlenlons-nous de la rehfnrmerdans le lemps le plus court qu'il nous sera possible, à moins toutefois que le poi'lc ne compose une histoire durant laquelle s'écoulent plusieurs années ; et dans ce cas il pourra placer les intervalles de temps dans les enlr'acles ; comme, atissi bien, si quelqu'un de ses personnages a un voyage à faire. Ces libertés, je le sais, révoltent les connaisseur*: « b bîm , que les connaisseurs n'aillenl pas voir nos pièces :

Combien de ces gens là se signent d'clTroi en vo^int (pi on donne plusieurs .Minées à une action qui devrait s'accomplir dans le terme d'un jour artificiel , car on ne voulait pas même no'is accoider les vingt-quatre heures! Pour moi, considcr. ni que l'avide curiosité d'un Tspa^^nol assis au >pectaele i.e peut être satisfaite qu'on ne lui représente en deux heures tous les événements depuis la Genèse jiisqu'aii jour du jugement dernier, je trouve que si notre devoir est de plaire aux spectateurs, il est juste que nous fassi«)ns tout ce qu'il faut |)Our atteindre ce but.

Une fois le sujet choisi , écrivez votre pièce en prose et divisez-la en trcis actes, en faisant vos efforts pour que < liaquc acte n'< mbrasse, s'il est possible, que l'espace d'un jour. Le capitaine Viiucs, illustre écrivain, mit en trois actes la comr'die.qui auparavant allait à quatre pieds comme un enfant, d'autant qu'elle était encore dans l'enfance'. Moi-même, vers l'ûge de on/e à douze ans, j'en écrivis en quatre actes et en quaire feuilles, car chaque acte était contenu dans une feuille de papier. Alors on jouait dans les intervalles des actes trois petits intermèdes ; et à présent tout au plus si l'on en joue un, lequel est immédiatement suivi d'une danse. La danse, d'ailleurs, va si bien dans la comédie qu'Aristole l'approuve, et qu'Alhéncc, Platon , Xénophon , ne la blâment que lorsqu'elle n'est pas décente, comme celle

' MonUlvan, dans la Fuma pnstuma, attribue à Lope ccUc innovation; d'un autre rôle, Ccrvantc<*, dan» I» préface de ses comédies, s'en fait honneur à lui-inctnc. Lorsque nous écrirons la notice qui précédera les chefs-d'œuvre dramatiques de Cervantes, el que nous tracerons l'histoire du théâtre espagnol, nous expliquerons comment l'auteur de Don Quichotte cl Montalvan ont pu L'un el l'autre se tromper de bonne foi.

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de Callipidcs. La danse me paraît remplacer chez nous le chœur des anciens.

l-e^Djcl clanl divisé en deux parties», qu'elles soient ûl^s le début unies et bien liées jusque vers la lin de la pièce , et qu'on ne prévoie le dénoûment qu'à la dernière scènecar lorsque les spectateurs le connaissent, ils tournent le visage vers la porte et le dos aux acteurs, qu'ils ont écoutée avec intérêt durant trois heures, et dont ils ne se soucient plus lorsqu'ils n'ont plus besoin d'eux pour savoir quel sera l'événement.

Que le théâtre reste rarement vide de personnages. Ces délais impatientent le spectateur et prolongent inutilement le spectacle; et outre que cela est un grand vice, l'éviter c'est ajouter à une composition de l'art et de la grâce.

Commencez alors à versifier, et, dans votre langage toujours chaste, n'employez ni pensées brillantes ni traits d'esprit lorsque vous traitez de choses domestiques; il suflît, dans ce cas-là, d'imiter la conversation de deux ou trois personnes. Mais lorsque vous introduisez sur la scène un personnage qui exhorte, conseille ou dissuade, vous pouvez vous permettre de belles sentences et des traits frappants, et en cela vous imiterez la nature; car lorsqu'on donne des conseils., lorsqu'on veut engager à une chose ou en détourner, on parle d'un tout autre style que dans la causerie familière Nous suivons en ce point l'opinion du rhéteur Aristide, qui veut que le style de la comédie soit clair, pur et facile, semblable à celui des conversations ordinaires, en ajoutant qu'il doit différer essentiellement du style tragique, où l'on peut employer des expressions pompeuses, sonores et brillantes.

Ne citez point l'Ecriture, cl gardez-vous d'offenser le goût par une recherche affectée; car pour imiter le langage de la conversation vous n'avez point à nommer ni les hippogriffes, ni les centaures, ni les autres entités mythologiques.

' Vividido en dos parles el asunto.

M. Labeaumcllo a traduit : « Le sujet étant divisé en trois parties, » rorrigoant le toxie de Lope, qui a écrit dos partes (deux parties) et non pas :-?« (trois). M. Labcauinelle, préoccupe sans doute de ce qui précède, aura crv que le poêle voulait parler de la division en trois actes. Lope y reviendra plus lard avec détail. Ici il s'agit, selon nous, du mélange du comique et du tragique ; et Lope conseille au povV.0 de disposer son plan de telle sorte, qu'en ne puisse pas prévoir si le dénoùmonl sera heureux ou malheureux.

fxvij NOUVEL ART DRAMATîQTJtS

Si vous Failos parler un roi, (jue ce soil avec la dignité qiil convicnl à la niajeslê royale; que le vieillard s'exprime avec une gravite scnlcncicusc; que les discours des amants soient remplis de scnlimcnts si vifs que ceux qui les écoutent s'en trouvent émus. Que dans les monologues le personnage soil tout entier transformé, et que par ce changement il force le spectateur à s'identifier avec lui; qu'il se parle et se réponde à lui-même d'une façon naturelle; et s'il forme des plaintes amoureuses, qu'il n'oublie point le respect dû au beau sexe. Que les dames rouservcnl en toute circonstance la décen» > qu'elles doivent avoir ; et si elles se travestissent, — ce qui etoujours très-agréable nu public, — que ce changement «: coslume soil bien motivé, tnlin ne peignez jamais des chotimpossibles, car la première maxime, c'est que l'art ne peut imiter que ce qui est vraisemblable

Que le valet ne traite point de sujets trop relevés : et gardezvous de mettre dans sa bouche de ces traits d'esprit que nous avons vus dans quelques comé. lies étrangères.

Que jamais vos personnages ne conlredisenl leur cararlère ; quils se souviennent jusqu'au bout de ce (pi'ils ont dit d'abord ; en un mo', qu'on ne puisse pas leur adresser le reprc^rJie que Ton fait à rOl-Mi...- .i • ^,,i.l.,.,l,.. <,,.•.! ;, ,u,l.!;.« o.r. eninbal eoiitre Laïus.

iMJiiiellisseZ de quel(jiif M'iili-iii f . uv (nicniuc |Mais.iincri» «11- vers plus oignes, la (in de vos scènes, pour (lue l'acteur, à v s >riie. 110 lais e pas l'auditoire dans de mauvaises disposition-

D.iiisle pic. nier acle, mettez 1 exposition ; dans le secon : que riiilrigui' so noue, et faites en sorte que jusqu'à la moili du irui>irme personne ne puisse prévoir le dénoûmeni Trompe/, loujoins la curiosité du spectateur en lui indiquant eonimc possible un résultat tout dilTéreni de rdui que les événements semblent annoncer.

Appropriez avec goût la versificalion au sujet que vous Irailez. Les dixains conviennent pour les plaintes; le sonnet est bien placé dans un monologue ; les récits demandent le vers des romances *, quoiqu'ils brillent on ne peut plus daus les octaves. Les tcrcels sont destinés aux choses graves, et le» •(>,l(u><)il'<>s Miiv .nnvcrsationfs amoureuses.

' Le >ci3 u.io>Yli&ii , :ci usitc dans les rom&itces nttionaie*

rEL BIOLINÛ.)

NOTICE

Le Moulin ne saurait être cité parmi les comédies les plus remarquables de Lope. Loin de là, et contrairement à l'usage suivi en pareille circonstance, — nous annonçons cette pièce comme étant d'une valeur moyenne, et la plu? faible de toutes celles que nous nou:^ proposons de publier. Deux motifs nous ont engagés à la traduire : d'abord Lope s'est plu souvent à traiter un snjft analogue ; et ensuite, par plusieurs raisons trop longues à déduire, nous avons été amené à penser que cet ouvrage devait être au nombre de ceux que le poète espagnol a composés dans l'espace de vingt-quatre heures. A ces divers titres, il nous a paru que la présente comédie pourrait avoir quelqueintérêt pour les lecteurs.

Voici le genre, ou, si l'on veut , le type général de composition auquel ne rattache le Moulin. Un cavalier et une dame sont obligés de quitter la cour, par suite des persécutions d'un prince ou d'un roi qui, la plupart du temps, est ie rival du cavalier. Ils se réfugient au village, et se cachent sous un déguisement rustique. Enfin, après bien des traverses, ils finissent par surmonter tous les obstacles, et, suivant l'usage, ils se marient. — Tel est le thème sur lequel Lope a composé, avec de légères variations, — trente ou quarante des trois ou quatre cents pièces qui nous restent encore de son immense répertoire ; et cela pourrait faire supposer qu'il en avait composé plus d'une centaine du même genre. Dans ces sortes de pastorales, Lope trouvait l'avantage de pou voir mettre en contraste les mœurs et le langage de la cour, avec le langig>j elles mœurs des champs, pour lesquelles il avait une secrète pré.lilection, el qu'il a peintes, disent tous les critiques espagnols , avec lm natcrel paifait.

Le Moulin n'est selon nous, qu'une rapide esquisse ; on reconnaît cependant, à la manière dont les figures principales sont tracées, la main la pius habile. — Les deux amants de la cour, le comte et la duchesse son* .-ji.'iisamnr.ent caractérisés. — Tamiro, le séducteur campagnard, vaniteux et volage; Me- Umpo le dédaigné, qui voit successivement deux rivaux mieux traités que lu; par l'ingrate qu'il adore, et qui attend son tour dan- nr^.e impatience méianc:;îique; le meunier Leridano, vieux bonhomme espagm 1 à l'e^^prit contemplatif et à l'imagination délicate; enfin la coquette et nialicieuiô Lnura sont également fort bien.

Dans son Nouvel art dramatique, Lope nous apprend que le r ^ii'hilippe 1 1 n'aimait pas que l'on représentât des rois sur le théâtre. Cela n'a pas empêche fialrc poète de fonderla comédie nouvelle sur le mélange des personnes royales avec des gens des conditions les plus humbles, et dans ses pièces historiques, il les a mises en scène avec la plus grande liberté. Dans ses pièces d'invention, quand il est forcé par son suiet de faire figurer un roi ou un princ.d'une vertu douteuse, il a recours, comme l'a remarqué avant nous lord IJolland, à un expédient qui nous semble assez adroit •- il place yrl t J ei;x r.c^ X. 1

a ij: MOULIN.

cenfidents, des conseillers qui les excitont au mat, et qu'il rend par Ik mora- Wm( nt responsables de la conduite de leurs maîtres. C'est ainsi qu'il a procédé dans le Moulin.

Bien que Lope n'indique pas l'époque précise à laquelle se passe l'action de sa pièce, il est évident, d'après plusieurs détails, qu'elle se passe au movett îgc; néanmoins, il fait parler hardiment, à l'un de ses acteurs, de la conquête des Indes et de la Flandre par les Espagnols. De même Shakspeare, dans l'un de ses ouvrages les plus célèbres, fait aborder des vaisseaux en BohêMC. Or Lope, né vers le milieu du seizième siècle, savait mieux que personne en quel temps la Flandre et les Indes avaient été conquises ; et quant à Shakspeare , il était impossible qu'il n'eût pas appris, de façon ou d'autre, que la Bohême n'est d'aucun côté baignée par la mer. Pourquoi donc les deux grands poètes auraientils outragé avec préméditation la chronologie et la géographie, ces deux scienres respectables? N'était-ce pas qu'en flattant ainsi les préjugés, les goûts de fcurs auditeurs, ils espéraient agir plus efficacement sur ces masses, et les élever plus sûrement jusqu'à eux? et lorsque Shakspeare montrait à son Viiblic de marchands et do navigateurs ces vaisseaux lointains, lorsque Love Tantait à un peuple belliqueux ses exploits pour ain^^i dire imaginaires, ne toulaient-ils pas l'un et l'autre, par ces innocents mensonges, exciter leurs compatriotes à des choses utiles et glorieuses?

Le Moulin est cité dans le catalogue de El Peregrino, et se trouve dans une collection de douze conjédies de Lope, publiées par Bern. Grassa, à Saragoss •, m 1604. — Cette pièce apparticoiiloBc h U Memière époque de notre poète.

PERSONNAGES

j,E BOi. THEODORA , (lame de la duchefie.

l'infant. madame de FRANCE.

lE COMTE PROSPERO I.AURA, (illc de Lcridano.

VAtERia, \ , UNE COMPAGNIE d'ARQUEBUSIF-M

> cavalier».

ROriNO, } DEUX SOLDATS.

LERIDANO , vieux meunier. deux domestiques.

MELAMPO, garçon de moulin. UN PAGE.

TAMIRO, le nouveau marie. un homme.

AlAERTO, gentilhomme. VILLAGEOIS.

Uk. DUCHESSE CFLIA.

La scène se passe en Espagne.

JOURNÉE PREMIERE

SCKNE I.

Un terrain devant nne maison de plaisance.

Entrent L'INFANT et VALERIO-

VALKRIO.

De grâce, monseigneur, que voire altesse reprenne un peu da joie,

l'infant.

Laisse-moi, Valerio; ne me romps pas la lêle... C'est à moi que l'on préfère le comte, vive le ciel I

VALERIO

Celia, monseigneur, je le sais, correspond à vos sentiments ; elle e^t touchée de vos soins; elle apprécie votre mérite... Une vaine jalousie vous abuse.

l'infant.

Tes consolations viennent trop tard. Il n'y a plus de remède qui foulage celui que le destin a frappé.

VALERIO

Quui donc! en scriez-vous là? Veuillez, je vous prie, m écouter.

l'infant.

i'tf la vie du roi mon père! je lui donnerai la mort.

VALERIO

Si c'était le comte Prospero qu'elle aimât, dans quel bui la duchesse vous tromperait-elle? Pourquoi vous témoignerait-elle tant de

reconnaissance de vos empressements? Car enfin n'est-elle pas libre

d'aitner ou de haïr?

l'infant.

Comment! ces fantaisies ou ces faussetés ne le volent-elles pai a chaque instant chczlcs femmes?... N'osant pas repousser ouvertement mes nommages, elle me montre un visage serein et content; mais au fond, c'est le comte qu'elle aime d'un véritable amour. Comme elle a de l'esprit, elle encourage en apparence mon assiduité; mais cesi au comte qu'elle a livré son âme en secret. Ne me contredis point, Valerio, j'en suis certain. Il y a longtemps que cette idée m'est venue; je n'y ai pas ajouté d'abord une foi entière, par respect pour elle, par respect pour moi. Mais depuis que je l'ai vue ellemême, un soir, ici, remettre au comte une lettre, je crois ce que j'ai craint, et je crois ce qui est.

VALERIO

Et que prétendez-vous î

L'LNFAirr.

Lui parler en ce lieu, Valerio.

VALERIO

Vous l'avez donc envoyé chercher?

l'lnfant.

Il ne tardera pas à venir.

VALSRIO.

Que coraptez-voui lui dire ?

l'inpajit.

Tout ce que la jalousie m'inspirera.

VALERIO

Quel est votre dessein ?

l'infant.

D'obtenir qu'il renonce à ses prétentions, ou de le luer s'il refuse — Perfide comte Prospero! audacieux faucon qui m'.Ts rn\i ma tour lerelle, je te ferai lâcher ta proie !

VALERIO

Votre mal, monseigneur, est plus sérieux que je ne le pensais.

l'infant.

11 est cruel, terrible et incurable.

VALERIO

Mais ne trouvez-vous pas que c'est vous abaisser que de v^.(S por ter ainsi pour rival du comte?

l'infant.

Puisqu'il m'y a contraint . je demanderai satbtacUoo à et lfal> tre, et au monde entier s'il le faut.

VALERIO

Je lui parlerai.

L*ÎNFANT.

Je ne le veux pas.

JOURNÉE I , SCÈiNE I. 5

YALERIO.

Pourquoi cela» monseigneur ?

l'infant.

Parce que la jalousie se guérit mal par le secours d'un tiers, et que j'entends que la mienne se cherche elle-même son remède.

VALEUIO.

Puisque mon intervention vous déplaît, je m'abstiendrai.

l'infant.

C'est bien.

Entre LE COMTE PROSPEKO, suivi de DEUX DOMESTIQUES.

LE COMTE, à ses Domesttques.

N'oubliez pas vos instj-uctions et ne vous éloignez pas de moi.

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