‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français]Chapitre 14 sur 150 · DEUXIÈME DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME DOMESTIQUE

Allez ! si quelqu'un s'avise de vous offenser, quel qu'il soit, il n'y aura pas de loi qui nous retienne.

Le Comte s'approche de l'Infant.

LE COMTE

Un page m'a commandé de votre part que je vinsse vous parler

l'infant.

Oui, comte, et je vous attendais irrité.

LE COMTE

Contre qui, monseigneur?

l'infant.

Contre vous, comte.

LE COMTE

Ah! prince!

l'infant.

Il y a déjà trop longtemps que je ne trouve plus en vous ni la loyauté d'un vassal ni le dévouement d'un ami. Vous me trompez et me trahissez!

On vous a mal informé, on m'a calomnié auprès de vous. Je con nais celui qui m'a desservi ; il est à votre côté, cl vive le ciel!...

VALEUIO.

En vérité, comte, vous nie récompensez bien mal d'avoir essayé de vous disculper et de vous défendre.

LE COMTE

Vous!... Quand? où? comment?

l'infant.

Assez, cela suffit.

LK COMTB.

Si ce lieu où vous m'avez ordonné de venir vous joindre est celui où vous imaginez que je vous ai offensé, — que ces fenètret disent si jamais elles ont oui mes soupirs et mes plaintes Que Celia dise si jamais j'ai sollicité sa tendresse. Qu'un homme dise si jamais il m'a surpris causant avec elle.

l'infant.

La duchesse ne ferait pas tant de diflicullé d'avouer cette liaison; elle ne nierait pas ce que vous niez, elle qui vous écrit des bitlett doux qu'elle vous rend elle-même. Sans doute elle se pique d'être plus fidèle que vous.— Quoi qu'il en soit, Prospero, à tort ou à raison j'ai conçu de la jalousie , et vous seul pouvez me rendre le repos. Il faut que mes tourments finissent» où c'en est fait de votre vie.

LE COMTE

Je ne regretterais pas de la perdre si cela importait i votre service.

Fort bien.

LB COMTE

Si vous l'ordonnez, dès aujourd'hui je cesserai de lui parler et de la voir.

l'infant.

Je veux m'assurer de vous d'une manière qui ne me laisse aucun doute.

LE comte.

Que désirez -TOUS donc?

l'infant.

Il convient pour que je sois complètement désabusé, comte, que vous vous absentiez pendant un an... Retirez-vous tranquille dans vos terres. Vous n'êles point riche, et le séjour de la cour vous occasionne trop de dépc4)ses... D'ailleurs vous vous y êtes fait suffisamment connaître; le roi mon père vous estime, ot vous avez obtenu la considération des cavaliers et dos d.imes... Éloignez-vous donc en (oulc sc'curilé durant le temps que je vous ai dit, et comptez que je m'occuperai d'augmenter votre fortune.

LE COMTE

Si vous me donniez des conseils par pure bienveillance pour moi, monseigneur, je ne balancerais pas à vous obéir ; mais puisque vous n'agi$>ez ainsi que par mauvaise volonté à mon égard , — souffrez que je ne m'explique pas davantage, — il m'est impossible de me sounicllre à ce que vous exigez. Vous avez tout pouvoir pour m'honorcr, prince, mais non pas pour m'cxilcr... vous n'êtes pas encore roi... Contentez-vous que je m'engage à ne plus entretenir et à ne plus voir Celia.

l'infant.

Aliî vous \ous obsli cz ! Eh bien! je m'obstîneraf pareillement

Votre folie m'ôte la raison... N'était-ce pas assez que de vous témoigner mon désir, et que je vous pardonnasse le passé?... Infâme t lâche ! homme mal né !

LE COMTE

Si vous n'étiez le fils du roi, je vous aurais déjà répondu, j'aurais

châtié vos injures Mais, malheureusement, vous n'êtes pas mon

égal.

l'infant.

Non ! car si j'étais votre égal je ne serais pas l'homme que je suis.

LE COMTE

Il est souvent des hommes qui ne sont que des femmes.

l'infant.

Quelle audace!... Et que me fcriez-vous si j'étais votre égal?

LE COMTE

Je vous ferais tout le mal que je pourrais.

l'infant.

Sur ma foi ! je suis tenté de descendre à être votre égal, seulement pour voir ce que vous me feriez.

LE COMTE

Il ne serait pas bon pour vous d'essayer. l'infant.

Eh bien ! dès ce moment je dis que je ne suis plus infant d'Espagne, que je renonce aux privilèges de mon rang et que je me soumets à la loi commune. A cette heure, songez à me répondre bien ou mal.

LE COMTE

Vous n'êtes plus infant?

Non.

LE COMTE

Quiéles-vous alors?

l'infant.

Un simple gentilhomme comme vous.

LE comte.

Et vous dites que je suis un infâme, un lâche, un homme mal né?

l'infant.

Et je le dirai mieux encore avec cette épée à la main

LE COMTE

Et moi alors je dis que vous mentez I Voilà mon gaot

l'infant.

Insolent! — En garde!

LE COMTE

J'y suis.

VALERio, à l'Infant, Ne vous exposez pas, monseigneur.

8 LE MOLLII^.

l'infajct.

Tiens-loi , Valerio.

Les tleni Domestique* iccootm^ PREMIER DOMESTIQUE.

Frappons-le 1

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