‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français]Chapitre 135 sur 150 · ACTE III, SCENt: V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENt: V

BARTHÉLÉMY

Je ne veux pas t'affliger, Dulcan ; mais prends-y garde , n*excitc pas la colère de Dieu, de Dieu qui tient en sa main et ton empire et le monde. J'attends le Père qui doit célébrer la messe, et quoique le temple soit suffisamment orné, je ne voudrais pas y voir les idoles.

PINZON

Laissez, seigneur, leurs faux dieux dans le temple. Quelle plus grande honte peut-il y avoir pour eux que de se retrouver face à face avec le vrai Dieu contre lequel ils voulurent jadis se révolter ef qui les chassa du ciell

DULCAN.

Eh quoi! est-ce qu'avant ce jour mes dieux ont eu querelle avec le tien?

TERRAZAS.

V.eux-tu que je te montre brièvement quel est notre Dieu et quels sont les tiens ? Je le ferai d'une façon grossière, afin que ton entendement si inculte encore me comprenne.

DULCAN.

Je le veux bien.

TERRAZAS.

Que Dieu donc ouvre ton intelligence et t'envoie sa lumière. — Notre Dieu existe unique en trois personnes : le Père incréé et toujours le môme, le Fils engendré de lui, et le Saint-Esprit qui des deux procède. Lorsqu'il créa les deux mondes , celui-ci et l'autre, — il créa en même temps neuf chœurs d'excellents esprits. Or le premier de ces chœurs était si beau , si puissant , si parfait , qu'il l'emportait sur les autres comme le cyprès sur le myrte, et que les esprits qui le composaient avaient le privilège de se tenir incessamment devant Dieu, comme les principaux vassaux devant le prince. Or Dieu , qui a dans son sein les choses futu-es , leur ayant parlé de la venue de son Fils qui devait se faire homme, Luzbel ( ainsi se nommait le chef de ces esprits) , jaloux de voir qu'il y aurait un homme qu'il lui faudrait adorer, se révolta contre Dieu, réunit les superbes, et tous se présentent armés dans les vastes plaines du ciel. Les bons, qui sont contents de l'exaltation de l'homme et de son retour à la grâce, marchent contre les rebelles; et les frappant avec l'épée flamboyante de la Justice divine , les précipitent dans les enfers ; et dés ce moment, comme parle Isaïe, commença pour les mauvais anges une nuit éternelle. Ainsi fut châtié l'orgueilleux Luzbel, qui disait en son cœur: «Je surpasserai les étoiles du ciel et je me rendrai égal à Dieu. » Et depuis lors il s'applique à tromper les hommes et à détourner vers lui-môme le culte qu'ils ne doivent qu'à Dieu seul. C'est ainsi qu'il vous a trompés à cause de votre ignorance, et qu'il se joue de vous en vous annonçant l'avenir par la bouche de ses statues : car il est

27« LA DÈCOUVEIITE DU xNOLVKAL Ma.NDK.

Irès-savant, comme i'a reconnu le prophète Ézcchicl Io:squ'il l'a nommé Cherub, ce qui signifie plein de science. — Mais le Christ, effrayé de voir Luzbel régner dans ces contrées lorsqu'il a versé pour vous son sang sur la croix, — le Christ a inspirée Ferdinand d'Espagne, le roi catholique, de vous envoyer Colomb pour vous convertir à la foi. — Considérez donc maintenant ce que sont ces idoles que vous préférez au Christ, — au Christ, mort pour le salut des hommes, ensuite ressuscité au ciel, et qui, pour se rendre présent parmi nous, a voulu dans son amour descendre du ciel sous lim.ige du pain et du vin toutes les fois que le prêtre célèbre le sacrifice de la messe.

nULCAX.

Tout cela me paraît bien obscur et bien difficile à comprendre. Vienne ic Père, et nous en parlerons de nouveau avec détail. Comment ne scrais-je pas aflectionné au Christ, puisque je vous ai donné l'or avec lequel vous avez fait votre calice et les autres vases? — Il faut que je vous apprenne quelque chose d'étrange. Cette nuit, pendant mon sommeil, Ongol est venu me trouver dans mon palais, et il m'a recommandé de jeter cette croix que le l'ère m'a donnée. Je n'ai point voulu lui obéir; et il est sorti en poussant des cris qui ont réveillé tous mes serviteurs. Ce matin, au point du jour, il est revenu me voir, et il m'a dit qu'il se fâcherait contre moi si je persistais à porter la croix sur ma poitrine.

BAKTIIKLEHV.

I,e perfide!... De la tu peux f.icilemcnt induire, cacique, »ju Ongol est moins puissant que le Christ, puisqu'il le craint, et qu il est le nuMne que ce Luzbel, qui fut, comme te l'a dit Rodrigue, chasstf du ciel.

DULCAN.

Je le crois ainsi.

Entre ARANA.

AR<«NA

Illustre commandant, voici le Père qui vient d arriver, et il allend à la porte du temple où il doit célébrer la messe.

BVIITUIÛF-MV.

Que le ciel vienne en aide à nos pieuses intentions ! El puisque Dieu va descendre ici, que le Démon en sorte I... .M'accompagnes-tu, Diilcan?

nui.CAN.

.le te suis. J'attends seulement mon brancard, aGn de sortir avec les cérémonies auxquelles je suis accoutumé.

MAHTnéLUMT.

Ne tarde pas.

DULCA^I.

J'v vais a l'inslant.

lUiortMt.

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