DEUXIÈME DOMESTIQUE
Qu'il meure I
LE COMTE
Je ne VOUS ai pas appelés
l'infant Qu'est ceci? vous paraissez devant moi vos épée« nues.
PREMIER domestique.
Nous pouvons même vous montrer qu'elles sont bien affilées.
l'infant.
Quoi! vous parlez ainsi à l'infant?
deuxième domestique.
Vous aviei dit que vous ne l'élit z plus.
le comte.
Relirons-nous, mes amis. Respect au fils du roil
Lo Cnmic cl SCS doDicsUqnes Mrtent.
VALERIO
Voul»'z-V()U8 que nous les poursui\ionsî
l'infant.
Rengaine Ion épéc, Valerio; je me vengerai plus lard, avant peu. Ah! vilain traître de comte ! il me le payera.
VALBRIO.
Qu'il n'ait pas, du moins, l'honneur de mourir de votre main.
l'infant.
Non certes. — Vive Dieu ! dans ma fureur je briserais mon épée contre ce mur.
Entrent LA DUCHESSE CELIA clTUEODORA.
LA DUCHESSE
Je sors , Theodora , toute agitée et troublée par je ne sais quel triste pressen liment.
VALERIO
La duchesse vous aura sans doute entendu, car la voili qui sort du jardin.
l'infant.
Je suis, Valerio, comme celui qui se réveille après un rêve pénible.
LA DUClfESSB.
D'où vient celte colère, prince? Les murs qui ferment la maison d'une femme honnête ne soni pas accoutumés à èlre frappés à coups d'épée. S'ils avaient espéré que, grâce à vos bontés, ils seraient un édifice éternel, la manière dont vous les attaquez leur apprendrait à ne pas compter sur l'avenir.
l'infant.
Vous l'avouerai-je, madame? Je frappais ces pierres de monépée, afin de m'assurer si vous n'y étiez pas. Vous avez été, pour mon malheur, formée d'un caillou si dur, que l'acier est nécessaire pour tirer de vous quelque étincelle... Je disais tout à l'heure à Valerio que l'amour pénètre difficilement là où l'amour n'existe pas... Et comme mon amour m'y contraint, l'entrée qu'on me refuse, je m'essaye à l'obtenir par la force.
LA DUCHESSE
D'après cela, ce que vous éprouvez ce n'est pas de l'amour.
l'lnfant.
Comment l'appellerez-vous alors?
LA DUCJIESSB.
Obstination, folie et fureur.
l'infant.
Ces noms, il est vrai, peuvent se donner au feu qui me consume.
On a bien raison de dire que la plupart des hommes n'aiment que par entêtement. Mais quand une femme a résisté aux instances d'un homme, s'il continue encore à s'acharner après elle, ce n'est plus, à mon avis, vouloir aimer, c'est vouloir vaincre. l'infant.
Non , duchesse , ce n'est pas parce que je me suis mis en tête de vous conquérir que j'ai poursuivi cette entreprise. Non; c'est parce qu'une passion insensée , qui m'a privé de ma raison , me pousse vers vous aveuglément. Cette passion, elle n'est pas l'eiïet du hasard ou du caprice; je ne suis pas le maître de la diriger; c'est elle, au contraire, qui me domine. Et plût à Dieu qu'elle ne fût pas de l'amour, mais seulementde l'obstination! car je cesserais de vous iervir, si cela était en mon pouvoir ; et surtout en voyant qu'un autre a pris la place où j'aspirais.
LA DUCHESSE
De quel autre parlez-TOus ?
l'lnfant.
D un autre qui est plus que moi; car, quelle que soit ma qualité, je ne suis rien pour vous.
LA DUCHESSE
Qui donc serait plus que vous, prince ?
l'infant.
Quil vous le savez : le comte, l'heureux comte Prospero, qui eit favorisé et qui l'emporte sur l'infant.
LA DUCHESSE
Le comte Prospero ?
l'infant.
Lui-même.
Ahl prince!
l'infant.
Pourquoi feindre la surprise ?
LA DUCHESSE
Je sais que je ne puis rien vous prouver h cet égard, mais je puis cependant vous répondre... Ne faudrait il pas que le comte fût doué par le ciel d'une manière miraculeuse, pour se faire distinguer d'un cœur auquel vous prétendez?... Oh ! vraiment, voilà un galant bien redoutable, un aimable cavalier, un beau Narcisse!... Allez, c'est une impertinence à vous que d'être jaloux d'un fou comme lui. l'infant.
Le comte n'est pas si fou que vous le dites, Celia ; il le serait seu lement si, moi, dédaigné, je lui inspirais la jalousie qu'il m'inspire.
LA DUCHESSE
N'éiait-il pas Ici avec vous, le comte?