‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français]Chapitre 17 sur 150 · SCÈNE U · texte numérisé non relu

SCÈNE U

Une talle da palais.

EntrcDl L'INFANT, VALERIO ei DEUX SOLDATS.

l'infant.

Je m'abandonne en tout, Yalerio, à tes conseils. Le comte est entreprenant et hardi, ei je ne doute pas qu'il ne vienne lui parler en secret, à une heure indue. Il tombera entre nos mains, et il aura le châtiment que mérite m folie.

TALERIO.

J'ai fait publier par un héraut, monseigneur, que votre désir el TOtre ordre sont que l'on coure sus au conilc, et qu'à celui qui vous le livrera mort ou vif, vous donnerez les litres et les biens du tral tre. Vous pouvez compter, après cela, qu'on ne négligera rien pour le trouver. Mais il importe aussi de savoir si par iiasard il écrit à Celia, et si elle lui répond. Pour cela, il faut que vous placiez des gardes aux environs de la demeure de la duchesse. A cet effet je vous ai choisi ces deux braves soldats qui sont dignes de toute votre confiance. Je suis sûr d'eux comme de moi-même.

rRBMIKH soldat.

Oui, seigneur Yalerio, placez-nous où il plaira au prince. Vos créatures dévouées seront des sentinelles vigilantes. Ni la nuit ni la fatigue, rien n'endormira nos courages.

DEUXiàMB soldat, à l'Infant.

Je vous garantis, monseigneur, qu'il n'y aura jamais eu de poste mieux gardé, et qu'avec le zèle que nous mettrons à vous servir en cette circonstance, vous parviendrez bientôt au comble de vos désirs.

l'ixfaht.

Je me confie à TOtre dévouement el à votre valeur, et je me charge de TOUS récompenser.

VALBRIO.

AUex, mes amis.

Les deux Soldais sortent.

l'infant.

Eh bieni Valerio, que t'en semble?

VALERIO

Que pour peu que cela dure > la duchesse vivra chez elle comme ID un monastère.

l'infant.

Que dis-tu d'elle?

valerio.

Qu'elle n'est pas aussi fâchée contre le comte qu'elle cherche à la paraître, qu'elle n'est pas insensible à son amour. l'infant.

01\! je me vengerai!

VALERIO

Soyez tranquille, nous l'aurons bientôt en notre pouvoir. l'infant.

Tais-toi; voici mon père.

VALERIO

Je soupçonne qu'il aura su quelque chose.

l'infant.

Qu'il soit content ou fâché, peu m'importe.

Entrent LE ROI et RUFINO.

Qu'y a-t-il donc, infant?... Qu'est-ce donc que le héraut publie par votre commandement, que toute la cour en est en émoi? l'infant.

J'ai cru, sire, agir pour le mieux. Je ne m'attendais pas à recevoir de vous aucun reproche.

LE ROI

Pourquoi voulez-vous que l'on coure sus au comte Prospère ?

l'infant.

Il est plus coupable que vous ne le pensez.

LE ROI

Quoi donc? parce qu'il aime une femme?

l'infant.

On vous a mal informé, on m'a nui méchamment dans votre ttprit.

LE roi.

Sortei.

l'infant.

Pour cela, non, tandis que vous êtes en colère.

le roi.

Sortez, vous di$-jc? .)

f8 LE MOULIN.

l'infant.

Je m'en irai pour ne pai vous irriter davantage.

VALBRio, bat, à l'Infant, Vous feriei bien de vous retirer un moment de sa présence.

LE ROI

Ëh bien ?

LINFANT.

Je m'en vais, sire. Je sortir<ii même de ce monde, si cela voua platt, tant je vous suis soumis.

VALERIO

Ne répliquez pas, monseigneur. Quelque mécontent que soit le roi, il est père, et il s'apaisera.

L'infanl e Tftierlo (orient.

LE ROI

0 jeune homme inconsidéré, sans frein, sans règle, et porté à tous les vices 1... Persécuter ainsi un homme dont le père a servi le mien et m'a servi moi-même si noblement pendant tant d'années! Non, je ne le souffrirai pas.

Entre UN PAGE.

LE PAGE

Sire, voici une dame qui désire vous parler.

LB ROI

Qui est cette dame?

LB PAGB.

Elle s'appelle — l'épouse du comte.

LB ROI

L'épouse du comte?

LB PAGE

Oui, monseigneur, c'est ainsi qu'elle a dit. Elle est voilée, et eDe demande la permission d'entrer.

LE ROI

Elle est seule?

LE PAGE

Oui, monseigneur.

LE ROI, à part.

C'est elle sans doute. Sa démarche annonce un grand amour. {Haut») Dis-lui qu'elle entre.

Le Page tort.

RUFINO.

Mais, sire, votre majesté ne s<iit pas si cette femme mérite un tel honneur, si elle n'est pas quelque aventurière.

i.K ROI.

Tu n'j es pas. mon cher. Tu ne devines donc pas que cette femme Ml celle que l'infant dispute au comte Prospero ?

RUFINO.

le me range A votre avis. Votre majesté a une pénétration... Entre LA DUCHESSE.

LA DUCHESSE

Bien qu'il soit très-hardi à moi, roi puissant, de me présentai ainsi devant vous, je compte, pour mon excuse, sur la justice et la clémence que le ciel a mises en votre cœur royal. Que ma démarche trouve grâce devant vous! Si je ne suis pas encore mariée, je suis aimée d'un homme que j'aime, et le prince votre fils veut nous ôter l'honneur à tous dcui ; et vous seul, monseigneur, pouvez le retenir... Je suis fille du duc Leonadio, qui est aujourd'hui vieux et infirme, après avoir long-temps combattu pour vous, et avec gloire, sous le ciel brûlant des Indes et dans le froid pays des Flamands. L'amour, qui s'empare des cœurs en secret et sans bruit, nous a liés l'un à l'autre pour jamais, le comte Prospère et moi. S'il n'a pas demandé ma main au duc, c'est qu'il en a été empêché par la crainte que l'infant ne s'emportât à la mauvaise action dont en cb moment je l'accuse.

LB ROI

Retenez vos larmes, madame. Les larmes d'une femme sont ae» perles précieuses qu'elle ne doit pas répandre ainsi devant les hommes. — Pour ce qui est de la justice que vous sollicitez, tranquillisez vous. Ce qui vous chagrine à cette heure se changera bientôt en allégresse et en joie. Je crois ce que vous m'avez dit de mon fils, et je suis satisfait du comte. Allez, je vous promets de ^ ciller sur sa personne avec auiant de soin que sur moi-même.

LA DUCHESSE

Que le ciel, monseigneur, garde voire royale couronne t Lui seul peut vous récompenser de cette protection que vous daigner accorder à la fille d'un loyal vassal qui vous a toujours servi de son mieux.

La Duchesse son.

RUFINO.

Quelle taille charmante!

LE ROI

Mille fois charmante, divine! Et j'avais la prétention de me défendre de la regarder!

RUFIXO.

Heureux le comte qui seul en sera le possesseur!

LE ROI

Il n'est pas un coin de terre de ce côté-ci de la mer que je n'aie parcouru en tous sens, mais je n'ai jamais rien vu d'aussi parfait. — Ah! mon ami, les beaux yeux! la belle bouche I le beau front!

ROFÎNO.

Au point que je cherche en vain à lutter contre elle.

RUFINO.

Eh bien! qui vous empêche de vous déclarer ?

LE KOI.

Je donnerais mon royaume pour une telle conquête.

RUFINO.

Quoi! vous avez déjà conçu une passion si forte?

LE ilOI.

Oui, l'amour m'a vaincu. 11 a mis en déroute les gardef qui défendaient mon cœur; il ma battu comme une tour ruinée, et il est entré triomphant dans la barbacanc ^.. Vieillard à cheveui blancs, j'ai eu la faiblesse d'un jeune homme. Je comprends qu'il l'aime, qu'il en soit jaloux, et qu'il la poursuive avec tant de persistance.

RUFINO.

Il faut que le feu qui vous embrase soil venu enveloppé dans un éclair du ciel?

LR ROI.

Oui, en effet, c'a été une espèce d'enchantement, de magie. Cet amour a traversé mon ème comme le soleil traverse le cristal et réclaire de ses rayons brillants. — Hélas!

RUFINO.

Vous soupirez? — Eh! sire, au lieu de vous tourmenter de ce mal, essayez plutôt de le guérir. Si vous le voulez bien, vous y trouverez avant peu un remède. Quel obstacle vous arrêterait, tous qui êtes roi?

LB ROI

Tu n'estimes pas assez la duchesse. Si le prince mon 61s, qui est jeune, aimable et bien fait, n été dédaigné pour le comte, que pourrait espérer un pauvre vieillard comme moi?

Si Achille était vaillant, Ulysse était rus(^, et la ruse d'Ulysse a eu plus de succès que In valeur d'Achille. Suive/ sans crainte, sire, le penchant qui vous enlruloc. Faites chercher le comte et donnezlui la mort, puisque votre bonheur dépend de là ! Mais non, faites mieux : qu'on l'arrête par votre ordre, et qu'on le retienne en prison jusqu'à ce que, pour obtenir sa liberté, cette forteresse imprenable se rende. Elle se rendra, sire, n'en doutez pas.

LE ROI

Ton idée me sourit.

RUFINO.

CouGcz-YOus à votre destinée.

LE ROI

Je n'ai pas d'espoir autrement. - Voilà le jour qui finit. Àlloof

' Ohtpv? 46 rorliricalioo ivanoé.

JOURNÉE l SCÈNE III. 21

ekei ie vieux duc. Sous prétexte de le voir, je verrai les beaux yeux qai m'ont charmé... Je suis plus fou que mon fils.

Le Roi et Rufiiio soricnl.

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