SCÈNE m
Une campagne, une forèl, un moulin.
Entre LE COMTE PROSPERO, en habits de laboureur.
lE COMTE.
0 fortune! cruelle fortune I qui te joues sans cesse de la vie îmniaine, qui ne donnes qu'une joie trompeuse, qu'un bonheur qui s'enfuit comme un songe; — où conduis-tu mes pas incertains ;i travers ce pays inhabité? Où conduis-tu les pas d'un homme que sos disgrâces ont exilé des lieux qu'il aimait ?... Persécuté par un traître qui a pour !ui la force et la puissance, je vais errant à l'aventur?, entre la vie et la mort, ne sachant laquelle des deux j'ai le plus a désirer ou à craindre... Mais la mort ne tardera pas à l'emporter; car Celui qui me poursuit disposant d'un immense pouvoir, il n'y aura pas un hameau inconnu, un désert ignoré, qui puisse me soustraire à ses recherches... J'ai été obligé de fuir ma famille, seul, à pied; je n'ai pas voulu que l'on sellât mon cheval, j'ai refusé de me laisser accompagner par un page; je me suis flatté que peutêtre ces bois et mon déguisement empêcheraient que je ne fusse découvert... Hélas! oui, sans doute je pourrai vivre ici avec plus de sécurité, je pourrai gémir à mon aise sur mon abandon au milieu de cette solitude silencieuse... Si, sortant de la forêt, je me hasarde jusqu'au bord de la rivière, de là, ô ma Celia que j'adore! mes yeux pourront contempler au loin la maison par toi habitée; et le zéphyr léger m'apportera rapidement de tes nouvelles, et ma pensée s'élancera d'un mouvement plus facile vers les beaux lieux que j'ai perdus... 0 mon âme ! permets à mon corps brisé par la fatigue de se reposer quelques instants sur U mousse des bois; et toi aussi, que ta douleur, s'il est possible, goûte enfin quelque repos.
Il s'e'tend sur le gazon.
Entrent LAIRA et MELAMPO.
Ut Tiennent de Mrlir (lu moulin. Helampo court après Laura en lui jetant de la farine.
LAURA, s'arrêtant.
Attends-moi un peu, badin !
MELAMPO.
Attrape-moi si tu peux!...
Helampo sort en courant.
LAURA
Oh! si je voulais!... cela ne me serait pas difticile, et en lui donnant de l'avantage encore, puisqu'on me disait l'autre jour quo j'aurais vaincu à la course et la nymphe Atalante, et cette amazone sans pareille qui courait par-dessus un champ de blé sans courber
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les lîgi'S des dpis sous ses pas. — Que fait donc là ce laboureur couché sur la fougéro, la icle appuydc dins sa main?... {Appelant."* Holà ! seigneur, holà! [A part.) Il ne m'cnlend pas... il ne dort fiàé cependant... Comme il parait silencieux, et qu'il est pâle!... bani doute il seta venu au moulin de quelque village des alentours, et je ne l'aurai pas >u entrer... Je m'en vais le réveiller d'une bonne manière.
I. .1111.1 j'iio .-III \i.:i.;i' tlii comic iiiîc poigncc ilc farine et de son. I.i: lOMTR.
Au secours, saints du ciel ! au si-cours! Je suis aveugle et j'étouiïe.