‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français]Chapitre 24 sur 150 · LES ARQUEBUSIERS · texte numérisé non relu

LES ARQUEBUSIERS

Marchons! marchons!

La compagnie d'Arquebusiers cl l'homme qu'ils emmènent lortCBl

LA DUCHESSE, à Valcrio.

Ahl seigneur cavalier!

VALERIO

Que vous plalt-il, madame? Si je puis servir en quelque chiNie votre seigneurie, je me tiens à vos ordres.

LA DUCHESSE

Je vous supplie avec instance, comme étant celle que je suis, A' m attendre un moment.

VALERIO

Volontiers, madame.

4e descends.

La Duchesse et Thcodora le retirent de la ren'D'j VALERIO.

Elle descend me parler... Elle s'imagine sûrement... son iroul»lc m'empêche d'en douter, que cel homme est le comte... liic s'adresse bien pour avoir des renseignements!

•fi LE MOULIN.

Enlrenl LA DUCHESSE el THEODORA.

LA DUCHESSE

Ne dis-tu pas que c'était Valcrio?

THEODORA

Oui, madame, je le crois, autant que j'ai pu le reconnaître

TALERIO.

C'est moi, madame, qui vous ai parlé tout à l'heure. Et puisque vousn êtes pas insensible, à ce que j'imagine, à la prospérité du prince mon seigneur, et que vous vous intéressez à ce qui peut lui arriver d'agréable, je vous annonce que désormais il doit vivre heureui et content.

LA DUCHESSE

Que lui est-il donc arrivé d'agréable?... De grftce, expliquezvous.

VALBniO.

Cet homme que vous venez de voir emmener prisonnier est son plus mortel ennemi, dont vous savez le crime mieux que personne. (>et homme, c'est le perfide comte que vous ainiiei pendant quil vous trompait; le comte qui se vantail à la cour des faveurs que sa fciivte tendresse obtenait de vous; le comte qui roiablira bienlôl votre honneur en périssant sur l'échafaud. La troupe qui vient de nas^ser ici l'a trouvé sur la frontière, endormi au pied d'un arbre Il avait sur lui un poignard et une épée, nvec quoi, s'il eût élé évtillé, il aurait peut-être essayé de se défendre. Mais je ne pense pas qu'il s'y fût risqué, parce qu'il n'a guère de cœur que sur la langue... Knfin nous l'avons en noire pouvoir, et avant demain il, aura cessé de vivre... Voyez, madame, si vous auriez à me charger de quelque chose pouf le prince, que j'ai laissé près d'ici ignorant l'aventure, et à qui j'ai hàle d'aller annoncer cette nouvelle.

LA nUCHESSE.

Puisse-t-il TOUS en récompenser dignement, Valerlo I

VALERIO

Puisse le ciel, madame, vous accorder la gloire que je voui sou->

liaile!

LA DCCHESSB.

Allex, Yalerio, allex!

VALERIO

Je cours, madame.

Valcrio Mrt.

LA DUCHESSE

L'infâme!... —Oh! si je n'avais été obligée de dissimuler mon tourment, je ne sais pas de quoi je n'aurais pas été capable... J'aurais de mes mains donné la mort a ce vil messager, et ensuite à son fnatlre, à mon tyran. Oui, Throdora , avec l'aide seulement d'une vpée et de ma fureur, lu m'aurais vue accomplir l'action d'une vraie i.?^:«^uole. Oui, Theodora, j'ai un coeur, j'ai un courage à leur eo

JOURNÉE II, SCÈNE II. f,

lever leur prisonnier, dût l'univers s'y opposer !... Ei '^"rquoi ne le tenterais-je pas, ce coup hardi? qui m'arrête?

THEODORA

Non, madame, demeurez. Que la folie que vous inspirent votre désespoir et votre amour ne vous fasse pas perdre une réputation si bien conservée jusqu'à présent. Songez d'ailleurs, madame, qu'il est impossible que les choses en soient venues au point que vous craignez. Ne vous souvenez-vous pas que le roi vous a dit au palais, et qu'il vous a répété ici même, quand vous le reconduisiez, qu'il se chargeait de veiller sur le comte?

LA DUCHESSE

Tu as raison, Thcodora, et tu dissipes ma crainte. L'amour que le roi a conçu pour moi soutient encore mon espoir. Tandis que je règne en son cœur, le comte est en sûreté.

Entre Lb COMTE.

Les Soldats le retiennent.

LE CUMTE.

Laissez-moi donc entrer... Je vous jure que je suis attendu & la maison.

LA DUCHESSE

Qu'est ceci ?

PREMIER SOLDAT

C'est ce vilain qui veut se jouer de nous.

LA DUCHESSE

Vous êtes sans doute les gardes du tyran ?

DEUXIÈME SOLDAT

Nous sommes tous les deux ses serviteurs.

LA DUCHESSE

De quel offlce vous a-t-il chargés ici?

PREMIER SOLDAT

D'examiner ceux qui entrent, soit ouvertement, soit en secret.

LA DUCHESSE

wc ne m'en serais jamais doutée. Misérables... vous ôtes bien har- 5i3 d'oser faire sentinelle à ma porte, comme si j'étais la dernière des femmes. Retournez vers celui qui vous envoie, ou je vous ferai couper les pieds.

LE COUTE, à la Duchesse.

N'ôtes-Yous pas, madame, la maîtresse de céans?

LA DUCHESSE

Oui, cette maison est la mienne.

LE COMTE

Comment donc alors ces soldats visitent-ils ceux qui vienne/jt comme si votre porte était ia porte d'entrée de la ville?... Tout à l'heure ils ont mis la main in^-:i mes sacs et dans mon sein. VaV quoi le prince se conduit .nsi envers vous, puisqu'il n'es', votre mari?

LA DUCHESSK.

Entendfz-vous, l'un et l'autre? Ce vilain vous apprend rotre de- Tofr.

DEUXIÈME SOLDAT

Il n'est pas vrai, madame, que nous Tayons visité, lui ; nous ne l'avons pas touché du bout du doigt. Et puisque vous connaissez le motif pour lequel nous avons été placés ici, ne soyez pas surprise de notre scrupuleuse vigilance. L'intention du prince n'a pas été de vous irriter, en nous confiant le soin d'arrêter en cet endroit les serviteurs de celui qui vous outrage et vous déshonore. Je parle du comte, qui pourrait bien vous écrire par l'entremise de ce vilain.

Cela n'est pas mauvais , en vérité ! Bloi , porter les lettres du

comte ! vous feriez mieux de dire que je les écris de ma main.

LA DUCHESSE

Si c'est pour cela que vous êtes ici , vous pouvez des ce moment vous retirer. Vous n'avez plus rien à y chercher.

PREMIER SOLDAT

Comment cela, s'il vous plaît, madame?

LA DUCHESSE

Parce qu'il n'y a pas une heure qu'il a passé par ici prisonnier.

LE COMTE

Prisonnier, dites-vous?

LA DUCHESSE

le l'ai vu.

LE COMTE

Le comte prisonnier, madame!

LA DUCHESSE

Je Tai vu, hélas t de mes yeux.

DEUXIÈME SOLDAT

Qu'attendons-nous davantage?... Allons demander l'élreoue le cette bonne nouvelle.

PREMIER SOLDAT

Je voudrais être à la place de celui qui l'a arrêté.

DEUXIÈME SOLDAT

Allons.

La denx SoidaU tortcat.

LE COMTE

Vous avez dit cela, madame, pour vous moquer d'eux, — que le comte était prisonnier?

LA DUCHESSE

11 n'est que trop rral.

LECOMTI.

L'avei-rous reconnu?

Mon Dieu! oui.

Où étiex-TOUS?

Là, à ma fenêtre.

LÀ DUCHESSE

LE COMTE

LA DnCHESSB.

LE COMTE

AU nom de l'attacliement que je lui porte, ne me trompei pu, de grâce.

LA DUCHESSE

Pourquoi vous tromperais-je ?... Je l'ai vu tout à l'heure, voui dis-je, emmené par une troupe de gens armés.

LE COMTE

Ou tout le monde s'abuse, ou j'ai moi-même perdu l'esprit.

LA DUCUESSE.

Je l'ai TU de mes yeux, hélas 1 de ces mêmes yeux qui l'ont pleuré et qui le pleurent.

LE COMTE

Ne les fatiguez pas en vain sur un motif aussi frivole, ces yeux qui sont les plus beaux que l'on puisse admirer ici-bas. Le comte est un brave cavalier, et tel qu'il saura briser ses fers, si par hasard il est prisonnier.

LA DUCHESSE

Hélas! je ne l'espère pas. — Et si je ne me suis pas élancée à la poursuite de ces lâches ravisseurs, comme la lionne s'élance sur le chasseur qui lui enlève son nouveau- né, c'est que le roi m'a promis, quelque chose qui arrive, de me rendre le comte, le noble comte Prospcro.

LE COMTE

Il vous doit une grande reconnaissance pour l'amour que vous lui portez. — Certes, vous n'avez pas tort de vous entretenir de lui avec moi ; mais c'est de votre part une preuve magnanime d'affection et de tendresse que de condescendre à parler de lui avec un homme d'une condition aussi humble que la mienne, et qui se présente à vous sous ces vêtemens déchirés et souillés.

LA DUCHESSE

L'homme à qui je parle du comte est pour moi de race royale, et je ne considère pas ses vêtemens.

LE COMTE

Il faut que ie comte soit votre époux, puisque vous parlez de lui ayee tant de plaisir.

LA DUCHESSE

Le comte est mon époux et le doit être, quoiqu'un euTleux f'y oppoie.

Quel est cet envieux qui met oDstacie à votre union!

40 IJ. MOULIS.

LA DUCIIESSK.

L'infant, qui le hait parce que je \e préfère à lui, parce que Je refuse de recevoir ses soins, et que le comte occupe seul ma pensée.

LK COMTE

Si vous le désirez , je le tue... J'ai chez moi, à la maison, une épéc de votre comte.

LA DUCHESSE

Qui vous l'a donnée cette épée?... Quand et comment Tavex-vou» eue?

LE COUTE

J'étais au moulin, lorsqu'il passa par là à pied et fatigué; car il arait laissé son cheval sur la roule à demi mort. Je l'hébergeai et le fîs dormir près de moi. Et le lendemain, en me quittant, il me donna son manteau et son épée en échange d'un habit pareil à celui que je porte.

LA DUCHESSE

Il a dormi près de vous?

LB COMTE

Oui, madame.

LA DOCHESSB.

Et il TOUS a donné son manteau et son épée 7

LE COMTE

Oui, madame.

Pauvre comte ! il fallait qu'il fût bien malheureux et qvTil eût bien peur.

LE COUTE

Au nom de Dieu, madame, ne vous affligei pas ; car c'est le comte qui vous parle I

LA DUCHESSE

0 del! Prospcro!... Doucement! pas de bruit.

LE COMTE

Ne craignez rien ; les nobles faucons sont toujours chaperonoét.

LA DUCHESSE

Eatrce bien tous ?

LE COMTE

Oui, mon bien» mon cher bien, ma vie, mon àmel

LA DUCHESSE

Je oe le crohral pas tant que je ne vous aurai pas erabraifé.

LE COMTE

Embrissez*mol donc, alors. — Vous n'osez pas et voua èt«f troublée?

LA DUCUKSSB.

Un moment.

LB COUTS»

Qu'avez-TOos?

LA DUCHESSE

Lorsque j'ai été pour vous embrasser, l'idée m'est venue que peuth e ce n'était pas yoils.

LE COMTE

Ouel motif avez-vous pour en douter?

LA DUCHESSE

Mais... Yotre visage n'est pas le sien.

LE COMTE

Bien que méconnaissable sous ce masque de farine, je suis Pros^ pero. Ne reconnaissez-vous donc plus ma voix?

LA DUCHESSE

Ah ! mon cher comte 1

LE COMTE

Ceiiai

LA DUCHESSE

Qu'avez-vous donc sur votre sein que je ut îeiis pas battre votre cœur?

LE COMTE

Vous le sentiriez palpiter avec force, si, par précaution , je ne l'avais recouvert d'une cuirasse.

LA DUCHESSE

Vous avez bien fait, mon bien-aimé.— Mais alors, dites-moi, quel est celui qui est en prison?

LE coaiTE.

Ce sera quelque ruse inventée par l'infant pour vous affliger,

En quel endroit vous tenez-vous?

LE COMTE

Je me tiens, comme un autre Léandre , en un lieu d'où je puis contempler, quoique de loin, la maison habitée par celle que j'aime. Ce lieu est un asile doublement sacré pour moi; il me protège, et il vous appartient. Je demeure caché dans votre moulin; votre fermier m'a pris à son service.

LA DUCHESSE

Quoi doncl l'amour vous a décidé à cet abaissement?

LE COMTE

J'aurais fait pour lui plus encore.

LA DUCHESSE

0 mon Dieul que vous devez souffrir dans ces vils et pénibles travaux!

LE COMTE

Mon ennemi est puissant, mais l'amour l'a vaincu. — J'étais làbas depuis un mois, qui m'avait duré trente siècles, lorsque mon nouveau maître m'a envoyé vers vous. Avec quelle impatience, avec queues douleurs, avec quels ennuis et quels tourmens j'avais attendu «Ottc occasion I Mais enfin je vous vois, je vous parle, je vous presse

dans mes bras , el mon chagrin s'apaise, et j'oublie ma peioet et mon cœur esl content. — El vous, ma chère ftme, vous avei été sensible à mes maux?

LA DUCHESSE

Je les ai pleures nuit et jour. Mais à présent , puisqu'on ne vous a pas arrêté et que vous m'éles rendu, moi aussi je suis heureuse. — Mais, dites-moi , que me conseillez-vous? J'ai envie de m'en aller avec vous tout à l'heure?

LE COMTE

Gardez-vous-en, madame ! au nom de votre vie, ne me sutvex ptf ! vous me perdriez, vous vous perdriez vous-même.

LA DUCHESSE

Alors que dois-je faire?

LE COMTE

Dissimulez; feignez de croire que je suis le prisonnier. Je devrai à cette ruse innocente que l'on cesse de me poursuivre... Peul- ^tre aussi conviendrait-il que vous alliez trouver le roi et que vouf lui demandiez ma délivrance. Ainsi l'on n'aura plus de soupçons, et je profiterai de cette erreur pour revenir vous voir quelquefois en ficcret, 6 mon bien ! 6 ma gloire !

LA DUCUESSE.

Votre idée est excellente, Prospero.— Oui, tout en me réjouissant de ce que vous êtes libre, je pleurerai devant le monde votre captivité. J'irai au roi, bien affligée et bien triste» lui demander votre délivrance; et quand on sera bien persuadé de la douleur que j'éprouve... ( S'interrompant, ) Mais qu'avez-vous k regarder par là? qu'y a-t-iLî

LE COMTB.

Qui vient de ce côté, Theodora?

THEODORA

C'est l'infant avec Valerio.

LA DUCHESSE

Ocicl! hélas! quel contre-temps !.. Fuyez, Prospero, fuyeiM çlus vite.

Non, madame, ce serait me trahir. N'ayez pas peur; il ne me reconnaîtra pas, puisque vous ne m'avez pa< reconnu.

Eolrcnt L'INFANT cl VALERIO.

l'infant.

Que le soleil de TOtre beauté , madame, éclaire en6n mes yeux t que ma présence ne vous trouble point, belle Celia. Je ne tous hali pas, moi, bien que vous me délestiez.

TUEOnORA.

Eh bien 1 meunier, que vous manque-t-il, que tous ne toyis en allez pas?

LE COMTE

le Toudrais auparavant m'assurer de quelque chose.

THEODORA

Dépêchez-vous et partez.

Le Comte t'ëloigne i noe certaine distance des autres personnages et s'arrête pour écouter.

l'iNFANT.

Je m'aperçois, madame, que vos yeux m'ont déclaré la guene. Vous êtes irritée contre mol. Serait-ce par hasard à cause de la prifon du comte ?

LA DUCHESSE

Sans doute; et pour que le chagrin ne m'en ait pas tuée, il faut que mon cœur soit devenu de pierre.

l'infant.

Il compromettait votre honneur.

la DUCHESSE.

C'est vous seul qui prétendez le ternir.

Il est prisonnier.

LA DUCHESSE

Il ne le sera pas longtemps.

l'infant.

Il ne m'échappera pas.

LA DUCHESSE

Je m'adresserai au roi.

l'infant, à Vaîerio, Avec ses réponses et ses bravades elle excite ma colère.

valerio, à l'Infant.

Dites-lui que vous ferez périr le comte.

l'infa.nt.

Songez-y, Cclia, le comte payera vos dédains par sa mort.

la duchesse.

Et moi, je le vengerai.

l'infant.

Il serait mieux à vous de le sauver en me montrant moins de rigueur.

LA duchesse.

Jamais, prince, jamais.

valerio, 6a*, à VInfant, Embrassez-la par force.

l'infant.

Je sais, ma belle ennemie, pourquoi vous êtes fâchée contre moL — Eb bien! accordez- moi un seul baiser, et je rendrai aussitôt la liberté a l'homme que vous aimez et qui vous adore. LA duchesse.

Laissez-moi, prince. Quelle audace est la vôtre 1

VALERio, bas, d l'Infant.

Ne TOUS découragez pas.

l'infant, bas, à Valeriu.

Je n'ose, Valerio.

VALERio, bas, à l'Infant, Que craignez-vous?

l'infaxt.

Allons, madame.

LA DUCHESSE

N'approchez pas !

Le Comte s'aTancc el te place cnlrc riofant et U '. LE COMTE.

Je savais bien, madame, qu'il me manquait quelque cboM.

l'infant.

Quel est cet homme?

LA DUCHESSE

C'est mon meunier.

LE COMTE

Pour vous servir.

l'infant.

Que vous veut-il?

LA DUCHESSE

Je l'ignore. {Au Comte.) Que me voulez-vous?

LE COMTE

Je ne vous veux rien de mal > ; je désire seulement tous parier.

LA DUCUESSE.

Vous le pouvez devant ces seigneurs, si la chose n'exige pu que nous en causions en particulier.

LE COMTE

Non, madame; c'est une recommandation de mon maître, que j'oubliais, et je ne me la suis rappelée qu'au moment où j'allais monter sur la mule.

VALElilO.

Quel vilain mal appris I

LE COMTE

Voici, madame. Mon maître m'a chargé de vous parler à propos du moulin. Il s'agit d'une certaine digue que les eaux du fleuve battent incessamment, comme si elles prétendaient la renverser, et il vous prie de vouloir bien vous arranger de manière que la digue tienne bon contre les efforts obstinés de ce méclinnt fleuve. Je vous {yrie, en outre, de lui écrire ce que vous aurez à lui ordonner, il vous écrira de son côté ce qu'on vous doit là-bas.

• 11 7 • Ici no i«i de aoU intndoUibl* Mr le verbe quertr, qui liguiGc ea tOMst vouloir et

JOURNÉE If, SCÈNE III. 45

LA DUCHESSE

Il n'y a qu'un malheur, mon ami; c'est que mon majordome D'est pas ici,

LE COMTE

Mais vous, madame, vous m'avez compris, et vous pouvez me repondre.

LA DLCHESSE.

L'cntends-tu, Théodore? il veut que nous réglions nos comptes ensemble.

THEODORA

11 est toujours le même; vous le connaissez bien, madame.

LA DUCHESSE

Eh bien ! mon ami, puisque vous l'exigez absolument, je remplacerai mon majordome ; et voici ma réponse. — Vous direz de ma part à mon fermier, votre maître, que je consens à tout ce qu'il jugera nécessaire; mais qu'il soit sans inquiétude, que le fleuve ne parviendra jumais à emporter la digue; que ce n'est pas une digue ordinaire en mauvais bois, mais en bois de chêne solide, capable de résistance, et fortifiée par un bon ciment; qu'aucun effort jamais ne réussira à l'emporter, à la briser, ni même à l'ébranler; qu'il peut dormir tranquille à cet égard, que je suis sa caution ; et que les craintes qu'il a manifestées là-dessus sont d'un vilain et non d'un gentilhomme... Pour ce qui est de nos comptes, on lui écrira tant que besoin sera, et l'on recevra toutes ses lettres avec plaisir. Et maintenant, allez, — allez avec Dieu, mon ami.

LE COMTE

Puissiez-vous , madame, vivre mille années avec celui qui vous voit et vous parle en ce moment!

Il sort.

l'infant, à Valerio.

Il dit cela pour nous deux.

YALERIO.

Il a de l'esprit ce vilain.

LA DUCHESSE

II m'a donné un des plus vifs plaisirs que j'aie eus depuis longtemps. Mais voilà le duc qui sort de son appartement. Votre altesse ne pardonnera...

; l'infant.

Quoi! madame, Yous nous quittez déjà !

Auriez-Tous quelque ordre à me donner?

l'infant.

Vous pouvez vous retirer.

UL DUCUESSE.

T&eos, Theodora.

La Dochcue et Theodora

4ti LE MOULIN.

VALKRIO.

Comment! vous la laissez s'en aller?

l'infant.

Que veux-tu î

VALERIO

Quelle faiblesse t

l'infant.

La duchesse est belle, et par cela seul elle a droit à mon respect.

VALERIO

Que ne l'avez-vous au moins retenue?

l'infant.

La violence eût été hors de saison.

VALERIO

Vous ne valez rien pour l'amour.

l'infant.

11 est vrai que je redoute Cclia.

VALERIO

Bah! monseigneur, elle est femme, et toutes les femmes, quelque légères qu'elles soient, aiment la persévérance. — Mais venez, monseigneur, je vous communiquerai un projet.

Partons, Valerio.

L'Inranl el Valerio sortesL

SCÈNL m.

Une tallc du priait.

Enlrenl LE ROI el IlUFINO.

LE ROI

A présent, mon ami, je voudrais presque n'être pas allé chez clic. Quelle beauté divine! Sa présence est pour moi le paradis, cl j'éprouve loin d'elle un lourmcr.t égala celui qu'on souffre en enfer. Hélas! comme l'heure que j'ai consacrée à cette charmante visite s'est promptcmenl écoulée!

rufino

Cependant, sire, vous avez eu assez le temps de la regarder et de lui expliquer vos intentions.

LE ROI

Oui, si le duc son père n'eût pas été là. Sa présence, les égards que je dois à sa qualité, et le souvenir de ses anciens services, m'ont retenu... J'ai eu pourtant le loisir de glisser quelques mots de compliment à la duchesse, cl mes yeux ont dû lui apprendre les désirs de mon cœur. Un regard supplée souvent à ce qu'on ne peut dire; mais, hclas ! mon ami, les yeux d'un vieillard parlent mal le langage Ue l'amour. {Entre un page.) Eh bien ?

LE PAGE

Sire, une dame qui est venue en chaise à porteurs, et qui est vêtue de bayette noire *, quoique le reste de son habillement et son âge n'annoncent pas une veuve, — une dame demande la permission de vous parler. Si vous l'ordonnez, elle entrera. LE ROI, bas, à Rufino.

Ah î mon ami, le cœur me dit que c'est la duchesse qui vient me solliciter pour le comte et qui s'est habillée de deuil en signe de douleur. {Au page.) Fais entrer cette dame. {Le page salue et sort.} Il faut, mon ami, qu'elle aime furieusement le comte.

RUFINO.

En effet, cette démarche et le deuil qu'elle porte prouvent un attachement qui n'est pas ordinaire. Peu de femmes iraient ainsi implorer la grâce de leur amant prisonnier.

LE ROI

Ah î fortuné comte, un roi envie ton heureux sort, et il échangerait volontiers sa couronne contre la tienne; car tous les biens, toutes les richesses, tous les honneurs de la terre, ne sont rien au prix de Celia.

Entre LA DUCHESSE, velue de deuil.

LA DUCHESSE

Miroir brillant de l'antique valeur de vos aïeux, de qui vous êtes le digne rejeton! roi puissant, que le ciel, propice à vos sujets, a doté d'une âme vraiment royale, — la femme que vous voyez devant vous, prosternée à vos pieds en gémissant, est la veuve du comte.

LE KOI.

Levez-vous, madame.

LA DUCHESSE

Non, sire; permettez...

'^ LE ROI

... Jamais cela, madame. Levez-vous. ( // la relève.) Pourquoi donc vous étcs-vous habillée de la sorte? Vous n'aviez pas besoin de CCS habits de deuil pour attendrir un cœur qui vous est tout soumis ; et quand même je ne serais pas aussi aveuglé par ma passion que je le suis, ma parole suffit pour que je délivre le comte au plus tôt.— S'il est vrai que ce soit dans une crise, comme dans une fournaise ardente, que l'or de la fidclilé s'épure, votre conduite est aujoutà'rui ^o.lle d'une Espagnole ou d'une Romaine sublime. Vive Dieu! je serais tenté de vous éle\er un temple magnifique et de placer votre céleste image sur l'autel, alin que tous les mortels vous adorent comme je vous adore moi-même.

LA DUCHESSF,.

Sire, à qui un temple convicndraii-il mieux qu'à un roi que la re*

' BaycUe [en espagnol vaijeta], c-ej>cco lî'itoffe or lame.

nommée célèbre de I un à l'aulrc pôle, qui a conquis niljlc lauriers dans la guerre, cl dont la haute sagesse n'csl pas moins admirable dans la paix? — C'est à cette sagesse que je viens m'adresser aujourd'hui. Le prince a fait arrêter le comte, mon époux; il le relient en prison, entouré de gardes ainsi qu'un criminel; et ce qu'il y a de plus affreux pour moi, c'est qu'on dit que sa vie est menacée, qu'il est destiné à périr incessamment. Daignez, sire, le rendre à mes prières.

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