‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français]Chapitre 5 sur 150 · PREMIER CAPTIF · texte numérisé non relu

PREMIER CAPTIF

De Major(]uc.

LE MARCHAND

C'a été bien à loi de refuser.

DEUXIÈUB CAPTIF.

SI ce sont les disgrâces qui vous touchent, nous en aurions tous à vous conter, et ccui que vous laisseriez ici ne ic céderaient guère à ceux que vous emmèneriez.

LK IIARCUAND.

Patience, mes amis! patience! il ne faut pas désespérer. Aujourd'hui est venue la Trinité, demain ce sera le tour de la Merci >; et si nous ne pouvons vous racheter, c'est elle qui mettra fin a votre

malheur.

LA FEMME

Si la Trinité nous ab.iiuloniic, comment pourrions-nous comptrr sur la Merci?

l'EM A.\T.

Dites-moi, seigneur, si, comme me l'enseigne ma mère, Dieu le fils, la seconde personne de la Trinité, en se faisant homme a racheté le monde, pourquoi donc ne vient-il pas aussi nous racheter, nous qui sommes ici esclaves?

LB MARCHAND

C'est que dans cette circonstance, ce moi trniitë désigne luut •implement un ordre religieux, cl le rédompteur qui arrive est un homme et non pas un dieu. C'est un père trinilairo, et vous autres l'appelez rédempteur parce qu'il s'occupe du rachat des esclaves. l'enfant.

Cela doit être comme vous dites ; car s'il était Dieu, il nous rachèterait tous.

LB MAKCIIAND.

Bien, mon enfant! Pour celte belle réponse, je vous mcu sur ma liste.

l'en F A NT.

Je n'y tiendrai pas beaucoup de place, étant si petit.

le marchand.

Mais je ne puis emmener deux personnes de la m^mc famille. 11 Ciudra que votre mère reste ici.

l'enfant.

S'il en est ainsi, oh ! alors pardonnez, mais laissez-moi ici à sa place. Je vous promets à tous deux de ne jamais oublier Dieu ni que je suis chrétien.

' Les Pères de la Trinité cl les Pères de la Merci s'occupaient concurremueal du rachat dos captifs.

NOTICE SUK LOPE DE VEGA. xxii

LE MARCHAND

A cause de la reconnaissance et de rattachement que vous témoignez à votre mère, je me vois obligé de la racheter avec vous, et il faut, elle aussi, que je l'inscrive. iÀ la Femme.) Comment voui nommez-vous ?

LA FEMME

Je DLe nomme Constance.

LE MARCHAND

Et VOUS, mon enfant?

l'enfant.

Marcelo.

LA FEMME

Mon enfant ! c'est le ciel même qui l'a inspiré quand tu parlait» et je te dois la vie.

LE MARCHAND

De quel pays?

De Chypre.

De quelle ville ' De Nicosie.

LA FEMME

LE MARCHAND

LA FEMME

LE MARCHAND

C'est bien. — Et vous, bon vieillard, comment vous nomme-t ou f

TROISIÈME CAPTIF

Dieu vous récompense de votre charité, monseigneur'. Je ui€ nomme Juan de Lescano, et je suis Espagnol.

DEUXIÈME CAPTIF

Dites donc de quel pays.

TROISIÈME CAPTIF

De Séville.

LE MARCHAND

Et vous, mon ami?

DEUXIÈME CAPTIF

Moi, seigneur, je suis de Mar/agan.

LE MARCHAND

Votre nom?

DEUXIÈME CAPTIF

Je m'appelle Pedro.

LE MARCHAND

Et vous, d'où étes-vous?

PIlEMini; CAPTIF.

D'Alicante, et je suis pécheur.

ixxij NOTiCE SUK LOIM: DE VtGA.

LE MARCIIAND.

Comment VOUS appelez-vous?

PREMlEn CAPTIF.

Juan de Flores.

LE MARCUANb.

Allons! c'est bien, je vous emmène tous.

l'enfant.

Quoi! mère, nous nous en /«lions?

la femme.

Oui, mon enfant.

1 I NFANT.

Tout de suite? loul de suite?

LA FEMME

Oui, mon amour chéri.

l'enfant.

Faites-y bien attention. Kii arrivant là bas, ne manquei pas de ra'aclieter une cpcc, et tous les Turcs que nous rencontrerons, je les tuerai !

]] csl inutile (le fiiire remarquer au Icclcur la vcrilc de celle scène cl l'arl avec lequel sont poses les divers personnages, qui tous sont vivants, (.c marchand, un peu fn>id d'abord, mais sensible cl humain, cl qui se laisse émouvoir par l'expression d'un senlinienl élevé; les captif» qui menacent adroilemcnl de renier; la femme dolente cl pieuse; l'enfant spirituel cl vif, confiant dans ses forces, qu'il n'a pas encore cprouvces,et se livrant aux pelilcs forranlcriesdeson âge; et, au fond du lableau, le Irinilairc î«ilencicux; loul cela csl observé cl rendu avec une exquise finesse.

Je vais mainlcnanl citer une scène d'un carnclèrc difTcrent, bien qu'empruntée à la même pièce que la prccédenlc •• Vue ligue a été conclue contre le sultan Sèlim entre rKspagno, Kome cl Venise. D'abord les Turcs ont eu l'avantage; mais les chrétiens ne sont pas découragés, et bientôl ils auront leur revanche : dans quelques jours doit avoir lieu la bataille <\v Lépanlc. Vous clcs à Messine en i57l. Vous allez assister à un conseil do guerre composé des généraux espagnols et italiens les plus illuslresdecelcmps C'est don Juan d'Autriche, le iils naturel de Charles-Quint, qui préside le conseil. Autour de lui sont assis le fameux André Doria, le marquis de

' La Santa Uga.

NOTICE SUR LOPK DE VEGA. xxxiij

Sanla-Crnz, Marc-Antoine Colonne, Hector Spinoln, Augustin Barbarigo, don Fernando de Mendoza, Lope de Figueroa. Le secrétaire du conseil se prépare à écrire.

Don Juan d'Autriche ouvre la séance. Il dit l'importance de l'entreprise et fait voir les bonnes dispositions oîi se trouve l'armée. Tous les soldats se sont confessés et ont reçu l'eucharistie.

DOX JUAN D'AUTRICHE.

Voilà, messeigneurs, l'état des choses, et envoyé ici par le roi mon seigneur, j'ai voulu vous consulter. Il me tarde de voir les Turcs abattus aux pieds de notre ligue triomphante et de les livrer comme trophées à l'Église.

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