ANDRÉ DORIA
Les différends qui se sont élevés entre Gênes et Venise rendront «ans doute suspect mon langage; et si je n'eusse consulté que mon amour-propre, j'aurais dû peut-être laisser parler les autres et me ranger à l'opinion du plus grand nombre : mais je ne me compte pour rien, j'oublie tout ce qui m'est personnel lorsqu'il s'agit de la gloire de Dieu,— de la gloire de mon roi et de ma patrie. —C'a été constamment un principe proclamé par les plus grands hommes de guerre, dont j'ai tâché toute ma vie de suivre les exemples, que, de puissance à puissance, il faut éviter de livrer bataille, à moins qu'on n'y soit contraint ou qu'on n'ait l'avantage; et, en effet, c'est une témérité que de jouer ses plus chers intérêts, sa vie, son honneur, sur un coup de dé incertain contre la fortune capricieuse. Or, les Turcs nous sont supérieurs : ils sont plus nombreux que nous, leur marine vaut mieux que celle de Venise, qui a tant dégénéré. Us ont des soldats de marine; et nous, nos troupes de terre, qui sr^^ excellentes, se trouvent tout à fait dépaysées sur ce nouvel élément. Us sontbraves, et leur courage s'est enflé des récentes victoires rem portées par eux en Chypre et à Candie. De plus, leur (lotte, composée d'une seule nation, obéit à un seul chef, tandis que notre armée, à nous, est composée de différents peuples parmi lesquels règne une continuelle discorde... Quant à la nécessité de combattre, elle n'existe pas pour nons, et à un homme attaqué il sufflt de sr défendre chez soi: carie temps fait souvent plus que l'épée. Sinout sommes vaincus, l'Italie est à découvert; vainqueurs, voici l'époque de la mauvaise saison ; force nous est de regagner à la hâte nos quartiers d'hiver, et cependant l'ennemi renouvelle ses armements. Donc je suis d'avis que, sans attaquer les Turcs, on secoure Chypre, et qu'ensuite on les détourne par une adroite diversion. Inquiétei les côtes de la Morée, et il ira les défendre. Vous donnerei ainsi
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du repos aux assié^c^ qui en onl laiil besoin, cl en éloignant l'ennemi vous les sauve/, ce i\m esl le principal but de la guerre '. nox JUAN d'altuiche.
Je vois que mon avis a besoin dèlrc appuyé'. Parlez, seigneur marquis de Sanla-Ouz. J'aiiarho le plus grand prix a l'opinion d'un si iluslre capitaine.