CAMILLE
En vérité, votre Théodore est un charmant jeune boinmé.
LUDOVIC
Je ne veux pas trop y penser; cela me rendrait fou.
11 lort ivec (
FAbio, à Théodore.
Je vous baise les mains.
ANARDA.
£i moi aussi , monseigneur
bOROTHÉC
Et lùot . je me recommande à votre seigneurie.
JOURNÉK III, SCENE V. 149
MARCELLE
Les grands seigneurs doivent être affables, ne l'oubliez pas.
LA COMTESSE-
Laissez-le donc. Vous l'assiégez, et vous l'ennuyez avec vos folies. — Seigneur Théodore , recevez mes compliments. THÉODOur:.
Laissez-moi tomber à vos pieds. Plus que jamais je suis votre esclave.
LA COMTESSE
Allez-vous- en ; laissez-nous seuls.
MARCELLE
Qu'en dites-vous , Fabio ?
FABIO
Ten suis enchanté.
DOROTHÉE, à Ânarda.
Que vous en semble?
AiNARDA.
Que désormais la comtesse ne voudra plus être le chien du jardinier.
DOROTHÉE
Elle n'empêchera plus les autres de manger.
ANAUDA.
Plus que jamais. Mais du moins elle mangera elle-même.
nOROTHÉE.
Eh bien, qu'elle mange tout son soûl.
Les domestiques sortent.
LA COMTESSE
Vous ne partez donc plus pour l'Espagne?
THÉODORE
Moi!
LA COMTESSE
Vous ne me dites plus : Je pars, madame, je pars; mais mon ecEur reste avec vous.
THÉODORE
Vous riez de voir les faveurs dont me comble la fortune.
lilui baise la mai*.
LA COMTESSE
Que faites-vous donc la ?
THÉODORE
Nous pouvons désormais traiter d'égal à égal.
LA COMTESSE
Vous me paraissez tout autre.
THÉODORE
C'est vous qui êtes changée, et qui regrettez, je crois, que jo sois devenu votre égal. Vous aimeriez mieux que je fusse demeuré votre domestique. Quand on aime, on désire d'habitude que l'objet aimé soit dans une position inférieure. j3
LA COMTBShE.
Vous VOUS trompez-, car désormais, il n'y a plus d'obstacle entre nous; vous pouvez être à moi; et dès ce soir, si vous voulez
TIIÉODOIIB.
0 bonheur inespéré I... Fortune , arrête-toi.
LA COMTESSK.
J*- serai , je suis sûre, la plus heureuse des femmes. — Allez vous habiller.
TtiéODORE.
Oui, je vais voir ce père si miraculeusement retrouvé, et dire connaissance avec mon majorât.
LX COMTESSB.
Adieu donc, comte.
Adieu, comtesse.
Écoutez.
Qu'est-ce ?
THéODORB.
LA COMTESSE
TuéODORB;
LA COMTESSE
Uu'est-ce?... — Est-ce donc ainsi qu'un serviteur répond à s« maîtresse?
TiiéonoRE.
Chacun son tour, et à présent je suis seigneur et maître.
LA COMTESSE
Souvenez-vous nu moins de ne plus me donner de jalousie avec Marcelle, quehiue regret qu'elle y puisse avoir.
THÉUnORB.
Croyez-le , dans ma position actuelle je ne m'abaisserais pu à aimer une servante.
LA COMTESSE
N'oubliez jamais ce que vous venez de dire.
TUéODOHB.
Vous m'offensez.
LA COMTESSK.
Et moi , qui suis-je donc ' ?
THitODOAB.
Ml femme.
Il lort.
LA COMTBSSB.
Je n'ai plus rien à désirer; ei comme le disait Théodore : Forlune, arrête, arrête-loi.
Il y a ^ci UMP grdu qu'il c«t ilifficil<- de r.iTo<luire va français. Tliéodorc vient de dira qu'il éUit ênyntur H mailrt^ vl uu uiouiciil aprèt, il a ajoulè qu'il ue («urrail plat aimnr Doe •enrantc. La comletM feint de l'appliquer celle eipreaioa, et eUedonot à entendre oa'cUe veal toigoan être aimée, bien qu'elle toit derenve û ■erraote de Théodore
JOUllM'li m, SCÈNE V. i&
Entrent RICAKDO cl FRÉDÉKIC.
RICARDO
Eh quoi! comtesse, au milieu de tous ces changements et de toutes ces réjouissances, vous ne faites point part à vos amis
Je suis prêle à vous faire part avec plaisir de tout ce que VOM demanderez.
FRÉDÉRIC
Nous espérions que vous nous auriez appris vous-même la bonne fortune survenue à votre ancien secrétaire.
LA COMTESSE
Eh bien, félicilcz-moi tout à la fois de ce que Théodore: eÊL comte et de ce qu'il est mon époux.
Elle soit.
RICARDO
Eh bien , qu'en dites-vous?
FRÉDÉRIC
J'en perds la tête.
RICARDO
Ah! si le drôle avait tenu sa promesse
FRÉDÉRIC
Le voici.
Entre TIUSTAN.
TRISTAN , à part.
Tout va à merveille; et voilà comme le génie d'un laquais ptitt aaellrc sens dessus dessous toute une ville.
RICARDO
Hector, ou qui que tu sois, un moment, s'il le platt.
TRISTAN
Mon véritable nom est : Moi t-à-lous.
Il y parait bien.
TRISTAN
Eh! ma foi, s'il n'était devenu comte, il y passait avant etMàt.
RICARDO
Comte ou non , qu'importe ?
TRISTAN
Lorsque je consentis à m'arranger avec vous moyennant tvtii cents écus, il s'agissait de tuer Théodore domestique, et non pac de tuer Théodore comte. — Or, un comte c'est autre chose, elle prix doit augmenter; car il est bien différent de tuer un comte «■ même une demi-douzaine de domestiques qui meurent les uns éê faim , les autres d'ennui , et la plupart d'envie.
FRÉDÉRIC
Combien te faudrait-il pour le tuer avant ce soir i
TRISTAN
Mille écus
RICARDO
Soit I je te les promet!.
TRISTAN
Je voudrais des arrhes pour ce m.irché-là.
RICARhO.
Voici une chaîne d'or.
Allez compter l'argent.
FRl^n^RlC.
J'y Yait de ce pas.
TRISTAlf.
Et moi je vais transpercer notre jeune homme. — Écoatet.
RICARDO
Quoi encore ?
Bouche close.
TRISTAN
Triiinc el Ricardo «ort«at.
Entre THEODORE.
TIléODORB.
J^ t'ai vu parler à ces deux assassins.
TRISTAN
Il n'y a pas dans tout Nnpics deux plus grands imbéciles. Vorcx relie chaîne: ils me l'ont donnée, el de plus ils m'ont promis mille écus pour que je vous tue aujourd'hui.
TIIF.ODOnE.
Ah çà . Tristan , ne serals-tu pas pour quelque chose dans mon f hangemenl de forlunc ? J'en tremble.
TRISTAN
Si VOUS m'aviez entendu parler grec, vous me récompcnseriei , je suis sûr, plus généreusement que ces gens-là... Mais, ma foi. cela n'est pas difficile de grccquiser '. Il ne s'agit que de parler comme pour les autres langues... Mais les beaux noms que je leur ai invenlés ! Asléclics, Caliborralo. Serpalilonie, Terrimaconio !... Après tout, cela peut bien être grec, et comme personne ne l'en* tend, je l'ai donné pour tel.
TnéODORB.
Je suis en proie à mille pensées qui m'aflligent et m'eiïrayenl. . Ne sais-tu pas que si l'on vient à découvrir la fourberie, je ne risque pas moins que mon déshonneur?
TRISTAN
Quoi! c'est U ce qui vous occupe en ce moment I
THéODORI.
1^ es un vrai démon.
* Por vidû mia, que u eom
Facil tt grtgtsiscir.
TRISTAN
Laissez aller les choses, et attendez la fin de raventurc.
THÉODORE
Toici venir la comtesse.
TRISTAN
Il Défaut pas qu'elle me voie; je vais me cacner.
11 son.
Entre LA COMTESSE.
LA COMTESSE
Comment I Théodore, vous n'êtes pas allé voir votre père?
Un grand souci me retient, et j'en reviens à vous demander la permission de faire mon voyage en Espagne.
LA COMTESSE
C'est encore Marcelle, sans doute, qui...
THÉODORE
Moi , Marcelle !
Qu'avei-vous donc ?
LA COMTESSE
THÉODORE
J'ose à peine vous le dire.
LA COMTESSE
Parlez, parlez, Théodore, fût-ce contre moi-même.
THÉODORE
Tristan, qui a remporté aujourd'hui le prix de la fourberie, Tristan le fourbe des fourbe», — voyant mon amour et ma tristesse, et informé que Ludovic avait perdu un fils, a arrangé toute c«tte intrigue. Je suis de condition obscure; je n'ai point connu mon père, et je dois mon existence à mes faibles talents et à ma plume. Le comte me croit son fils, et quoique je puisse obtenir votre main , et avec elle la fortune et le bonheur, la délicatesse ne me permet pas de vous abuser^ et je ne manquerai jamais à la noblesse de ma nature. Je vous supplie donc de m'autoriser à partir pour l'Espagne ; je ne veux tromper ni vous ni voire bienveillance.
LA COMTESSE
Vous avez raison, Théodore, de me déclarer noblement qui vous êtes; mais vous avez tort de penser que je sois assez simple pour que cela empêche la réalisation de mes projets. Tout ce que je voulais, c'était un moyen de couvrir l'obscurité de voire naissance. Le bonheur n'est pas dans la grandeur et dans les titres, il est dans l'union des âmes; je vous accepte pour époux; et afin que Tristan ne puisse jamais révéler ce secret, celte nuit, pendant son sommeil....
TRISTAN , du dehort»
Place 1 place !
LA COMTESSE
Qu'est-ce donc ?
Enire THISTAN.
TRISTAN
C'est moi ! moi Tristan, qui me plains, non sans raison, de U plus effroyable ingratitude que l'on aitjamais vue chez une Temme. Quoi donc ! parce que je fais votre bonheur, qui est dans TuoioD des èmes, — vous, pendant mon sommeil, vous voudriez
LA COMTESSE
Tu m'as donc entendue?
TRISTAN
Oh! l'on ne m'attrape pas comme ça.
LA COMTESSE
Approche.
TRISTAN
Moi! merci.
LA COMTESSE
Ne crains rien. Je te promets ma protection , mon amitié; mais i ton tour il faut que tu me promettes un secret absolu sur tout ceci.
TRISTAN
Mon intérêt vous répond de ma discrétion.
Ecoutez. — Entendez-vous ce bruit?
Entrent LUDOVIC, FRÉDÉRIC, RICARDO, CAMILLE, FABIU MARCKLLE, ANARDA, DOROTUÊB
RICARDO, Ù Ludovic.
iNous voulons accompagner votre fiU.
FRéDKMIU
Tout Naples attend qu'il paraisse.
LUDOVIC
Permettez, madame. — Mon fîls , un carrosse t'attend, cl toute h noblesse de Naples à cheval veut t'accompagner. Viens , mon enfant; >iens revoir, après tant d'années d'absence , les lieux qui 1*' nt vu naître.
LA COMTESSI.
Avant qu'il sorte d'ici, je veux, comte, que tous appreniei de moi-m^mc que je suis son épouse.
LUDOVIC
Maintenant que la Fortune arrête sa roue avec un clou d'or. Je venais iri chercher un iils , et j'en trouve deux.
FHÉhélUC
Avancez, Ricardo, et présentez nos compliments.
RICARDO
Je pourrais complimenter le seigneur Théodore de ce qu'il est encore vivant; car, jaloux de la bienveillance que lui témoignait la comtesse, j'avais promis à ce coquin mille écus, sans la chaîne qu'il
JOURNÉE III, SCENE V. irj
porte, pour qu'il me débarrassât de mon rival. — Ordonnez . mf dame, qu'on l'arrête. C'est à coup sûr un voleur.
THEODORE
; Non pas , je vous prie : celui qui défend son maître ne fait que Dn devoir.
RICARDO
Quel est donc ce brave prétendu ?
THÉODORE
Mon domestique; et pour reconnaître ce service et tant d'autres, jcle marie avec Dorothée, puisque la comtesse a déjà donné Marcelle à Fabio.
RICARDO
Je me charge de doter Marcelle.
FRÉDÉRIC
Et moi Dorothée.
LUDOVIC
Quel bonheur!... un fils ! et qui fait le plus beau mariage! TnÉODORE, au public.
Sur ce, noble assemblée, il nous reste à vous prier de ne dire à personne notre secret, et nous finissons, si vous le voulez biefi« la Cimeuse comédie « le Chien du jardinier.
FIN DU CHIEN DU JARDlMEfU
LE