‹ Théâtre de Lope de Vega. Traduit [en français]Chapitre 59 sur 150 · EL MEJOR ALCALDE EL REY · texte numérisé non relu

EL MEJOR ALCALDE EL REY

NOTICE

Dans Tancienne constitution municipale de l'Espagne, l'alcade {alcalde) était h la fois maire, juge de paix, juge de première instance au civil et au criminel. Ici, en disant que le roi est le meilleur des alcades, le poète veut dire seulement que pour faire justice, pour la faire prompte et complète, le meilleur des juges c'est le roi.

A la fin de sa comédie, Lope annonce que cette pièce est historique et qu'il on a emprunté l'argument à la quatrième partie de la Chronique d'Espagne '. Voici, dans sa naWe simplicité, le récit de ccttp Chronique :

« (V l ompoicur des E'^pagnes (Alphonse Vil ) était grand justicier, et l'on va voir comme il redressait les torts qui avaient lieu dans le paj's '. l'n infnnçon ' qui demeurait en Galice, et qui avait nom don Fcrnand, aynnt pris par force h un laboureur son héritage, le laboureut alla se plaindre à l'empereur, qui était pour lors à Tolède. Aussitôt l'empereur écrivit à l'infançon par le moyen du laboureur, afin qu'il eût à restituer à celui-ci ce qu'il lui avait piis. Or l'infançon, quand il vit la lettre, comme il était très-puissant, il se mil on protide colère, et loin de consentir à rien rendre au laboureur, il le menara, lui disant qu'il le tuorail. Le laboureur voyant qu'il ne pouvait obtenir salisfaction, s'en retourna vers l'empereur avec des lettres des bravcs-homn^rs du pays * attestant comme quoi l'infançon n'avait rien voulu lui rendre. Or l'empereur apprenant cela, ordonna k deui chevaliers de pr^^parer leurs montures et de le suivre, et il se ren-iW serrèieinest «Trf eux en Galice, san* s'arrêter ni jour ni nuit. Kt quana l'empereur tut amvë à l'endroit qu'habitait l'infançon, il Ht appeler le juge suprt^me du lieu ', et lui ordonna de lui conter en toute vérité ce qui s'était passé. Et le juge lui dit tout. Kl l'empereur, dès qu'il fut instruit de la chose, réunit tous les braves-honunes de l'endroit, alla avec eux jusqu'à l'habitation de l'infançon; et arrivé quil fut h sa porte, il le fil appeler en lui faisant dire que l'empereur l'appelait. En entendant cela, l'infançon eut grand' peur, et il essaya de fuir; mais il fut arrêté et m»né devant l'empereur. El l'empereur examina tout*» l'aiïaire devant les braves-hommes; et comme l'infançon ne pouvait rien répondre pour sa défense, l'empereur le fil aussitôt pendre devant sa porte, en ordonnant que l'on rendu au laboureur tout son héritage avec les récoltes. »

Quand on aura lu la comédie de Lopc, et que l'on pourra la comparer au récit de la chronique, on reconnaîtra cher le poêle, nous n'en doutons y.^•., \.u jugement supérieur et un sentiment profond de l'art.

Li Chronique gc'm^nl»' irEspORne fui m ir. i/irme nirclo p.ir nnin- i

Alphonse X, surnomnir le S.-ivaiil ou |p Si Crsi li réunion Je quclipre*

chronii|iie; |<.nili( iiiiere* q<ii .ivnirnlcflë cou r.lcmmrnl.

' Le lail «loul Doii'i «lonnnn» !•■ r<^f'il s'c%{ |^&^é «ers Ui niili<-u du dourièoie siècle.

* I.e« infançeiif {infançonet] ëiairtii iilu» (|iie île sim|>lcs hidalijot.

* Li'i hravcslininnie* [omet huinot) «'i.iloiil •lf« (tIiI* iirojricl.nri-s d'un endroit.

* £/ fntrinn. C'diail i y^ov piè« ce ou'ëlail en Krjncc un séuéchai de robe lonstM.

NOTICE. 157

Ainsi, pour le sufet, c'a été à Lope une bien heureuse idée que celle de substituer à l'héritage enlevé une jeune fille. Dans la donnée de l'histoire, il n'y «vait point de pièce, ou, ce qui revient au même, il n'y avait qu'une pièce d'un médiocre intérêt. Dans la donnée de Lope il y a le motif d'un admirable drame. — C'est lorsqu'on rencontre une invention de ce genre que l'on se prend à penser que la poésie est au-dessus de la vérité. Mais pour que la poésie soit au-dessus de la vérité, il faut que le poète soit bien grand.

Tous les caractères de la pièce, soit ceux que l'histoire indiquait au poète, soit ceux que lui-même a créés, sont tracés avec un rare talent. — Le roi Alphonse VH, avec sa justice sévère et sa bonté pour les faibles et les petits, est bien l'Alphonse YII de l'histoire, et l'on reconnaît en lui ces rois d'Espagne du moyen âge qui se considéraient sérieusement, et quelle que fût d'ailleurs leur conduite, comme les représentants de Dieu sur la terre. — Don Tello, l'infançou orgueilleux de sa naissance et de sa richesse, violent et sensuel, qui s'étonne d'avoir un rival préféré et s'indigne de la résistance d'une villageoise, est bien peint. — Sanche est également fort bien. Sa passion est noble et poétique. Son courage excite notre sympathie; et l'on voit à quelques traits, comme, par exemple, à la réponse qu'il fait au roi lorsque celui-ci lui demande si don Tello n'a point déchiré sa lettre, — une élévation de sentiments qui nous semble d'une grande beauté. — Le vieux Nuno, chez lequel la vivacité de la tendresse paternelle s'allie à une prudence timide, qui voudrait ravoir sa Glle et craint de se compromettre auprès de son seigneur, est d'une excellente observation. — Les deux femmes sont tout ce qu'elles pouvaient être. — Enûn, nous aimons beaucoup le gracioso Pelage, tout à la fois malin et naïf, et quelques-unes de ses plaisanteries sont vraiment incomparables.

Une faut pas s'étonner que Nuno et Sanche, denx laboureurs, deux paysans, aient été posés par le poète comme nobles de naissance. La plupart des Galiciens sont nobles.

Deux personnages de la pièce, le comte de Castro et Enrique de Lara, n'appartiennent pas au règne d'Alphonse VIT, mais à celui d'Alphonse VIII, son fils et son successeur. Quel motif a donc eu Lope pour les faire entrer dans »a comédie? C'est qu'ils lui étaient nécessaires, et il a mieux aimé les emprunter à l'histoire que de les inventer, dans la pensée, sans doute, qu'ils auraient quelque chose de plus réel et de plus vrai.

Mais peut-être le principal mérite de cet ouvrage est-il dans la peinture des mœurs. Ce sont bien là les idées, les croyances, les superstitions du moyen âge espagnol ; c'est bien là l'organisation sociale de ces lewips; c'est bien là ce siècle énergique et encore à demi barbare, où la force brutale et le caprice du plus fort décidaient de tout. On s'est demandé où Lope avait pris celte connaissance intime des mœurs et des sentiments d'une époque éloignée. Eh ! mon Dieu 1 d'abord dans l'histoire, dans les vieilles chronique», dans les anciennes romances espagnoles, qu'il avait étudiées avec amour el qu'il connaissait mieux que pas un de ses contemporains; et puis, pour ce qu'il ne pouvait pas trouver dans l'histoire, ni dans les chroniques, ni dans les romances, il l'a deviné avec son génie. Ainsi faisait Shakspeare, ainsi ont fait tous les grands maîtres.

Le meilleur Alcade, comme les deux pièces qui précèdent, se trouve dans le catalogue du Feregrino '.

Yo-jci la Xolicc du 5Ioulinel celle du Chien du jardinier, ver» la fin.

LE

PERSONNAGES

ALPHONSE VII, empereur, roi de Caslille LE comte dom pèdke.

et (le Lëon. don enrique de lara.

DON TEi.LO de NETRA, «elgneur galicien, gelio, } I j - ,,

" " S»loinesiiquc$ de doi Tcllo

NUNO, lal)Oureur. JiJLlo, )

•ANCHE, borgcr. JUANA, | . j « «^

* '^ . I domesliqoes de Nolow

PELAGE, porcher. lkcnor, \

F.LVIRE, iillc de NuBo. BRlTO, \ /^

fELlclANA, sœur de don Telle. PHILÈNE, '

La soène te ptiw en Galice et à Lëoo.

JOURNÉE PREMIÈRE

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