SCÈNE III
Uoe chambre dans U maison de Nn&c.
Entrent mfiO et SANCHB.
C'est là la réponse de don Tello?
SANCHB.
Comme je vous le dis.
NUNO
Sa conduite, certes, est digne de sa naissance et de sa nobletae.
SANCHE
Il a ordonné qu'on me donnât le bétail aujourd'hui mAme.
NUNO
Que le ciel conserve sef jours !
SANCHE
Mais quelle que soit l'importance d'un semblable pri^.^enl, j'esiime encore plus l'honneur qu'il me fait en voulant bien me servir de parrain.
NUNO
Et sa sœur viendra-t-elle aussi?
SANCUB.
Également.
NUNO
C'est le ciel qui leur inspire tant de bonté.
SANCHB.
Ce sont d'excellents seigneurs.
NuSo.
Oh! je voudrais que cette maison, qui attend les hùus ,<:- ,.iu:« puissants du royaume, pût se changer en un grand palais.
SANCHB.
Ne vous inquiélez pas. La bonne volonté suppléera à l'étroitesie de la maison. - Je les aperçois qui viennent.
NONO
Ne t'ai-je pas donné un bon conseil?
SANCUE.
Ma foi, oui. J'ai vu en don Tello le seigneur le plus parfait, comme sei largesses le prouvent bien. Il ressemble à la Divinité, et.
JOURÎS'ËE I, SCÈNE III. m
a mon avis, de mêmeque la Divinité se manifeste par des bienfaits» il n'y a de véritable seigneur que le seigneur qui fait du bien
NUNO
Vingt vaches et cent brebis I ce sera une jolie propriété lorsque, au retour du printemps, lu les mèneras dans la vallée du SU. Que Dieu récompense don Tello pour tant de bontés!
SANCHE
Où est El vire, seigneur?
NUNO
Elle est occupée sans doute après sa coiffure ou quelque parure de noce.
SANCHK.
Elle n'a pas besoin de s'attifer; elle est toujours bien; elle n'a qu'à paraître, et voilà le soleil !
NUNO
H y a dans ton amour quelque chose qui n'est pas d'un villageois^
Avec elle, mon père, je serai constant comme un berger, et soigneux comme un courtisan.
NUNO
On n'aime jamais bien quand on n'a pas d'esprit. Pour bien aimer, il faut savoir décrire ce qu'on sent; et tu es précisément l'homme que je souhaitais pour ma fille... Mais appelle nos gens; je veux que don Tello voie que je suis, ou que j'ai été quelque chose.
SANCHE
Les voici qui viennent. Ils accompagnent nos deux seigneurs. — Dites donc à Elvire de laisser là sa coiffure et de venir les recevoir..
Enlrenl DON TELLO, JUANA, LÉONOR, Domestiques et Paysans.
TELLO
Où est ma sœur?
JUANA
Elle est allée voir la mariée.
9ÀNCUE.
Monseigneur...
TBLLO.
Sanche ?
SANCHE
Ce serait folie à un pauvre rustre tel que moi de prétendre vous remercier comme il convient pour tant de bontés.
TELLO
Où est ton beau-père î
Ici, où l'honneur que vous lui faites va prolonger le cours de ses* années.
TELLO
Embrassez-moi.
NUSO.
Je voudrais que cette maiion fût un monde, et que tous fuiflci le seigneur de ce monde.
TELLO, à Juana.
Comment vous nommez-vous, ma petite T
PELAGE
Pelage, seigneur.
TELLO
Je ne te parle pas, à toi.
PÉLAGI.
Alors je me suis trompé.
JUANA
Juana, à votre service.
TKLLO.
Elle est gentille.
PELAGE
Oh! vous ne la connaissez pas. Il faut voir, quand quelque gircon s'avise de la pincer, comme elle vous lui donne de sa cuiller à pot sur la lêle rudement. Une fois, pour ma part, ayant voulu m'approcher de la marmite, je reçus d'elle un coup dont je demeurai deux mois durant tout étourdi.
TELLO, à Léonor,
Et voui, Yotre nom ?
PELAGE
Pelage, seigneur.
TELLO
Ce n'est pat à toi que je parle.
rÉLAGI.
Alors je me fuis trompé.
TELLO
Comment voui appelez-vous, ma petite t
LéONOR.
Moi, seigneur T Léonor.
pàLAGS, d part.
Il s'informe des jeunes filles, cl des garçons pasuu touU •» {Htmt,) Moi, seigneur, je m'appelle Pelage.
TELLO
Es-tu quelque chose i quelqu'une d'elles?
PELAGE
Oui, feigneur, je suis le porcher. j
TELLO
it demande si tu es le mari ou le frèrew.
NUAO.
Imbécile I
SANCHE
Malappris !
PÉLAGR.
Ce n*est pas ma faute, si ma mère m'a fait comme ca*
SANCHE
Voici la mariée qui vient avec sa marraine.
Entrent FELICIANA el ELVIRE.
FELiaANA.
Ils méritent toutes vos bontés» mon frère. Heureux les leigneurs qui ont de tels vassaux !
TELLO
Vous avez bien raison. La belle fille I
FELICIANA.
Elle est charmante.
ELVIRE
Excusez mon embarras. Vous le comprendrez sans peine : c'est la première fois que je vois votre seigneurie.
NUNO
Veuillez vous asseoir sur ces sièges modestes. Ce sont ceux d'un laboureur.
TELLO, à part.
Jamais je n'ai rien vu d'aussi beau. Quelle divine perfection l Combien elle est au-dessus de tous les éloges que l'on fait d'elle l Heureux celui qui a Tespoir de posséder tous ces charmes l
FELICIANA.
Mon frère, permettez à Sanche de s'asseoir
TELLO
Asseyez- VOUS.
SANCHE
Oh I non , monseigneur.
TELLO
Asseyez-vous.
SANCHE
Non pas, c'est trop d'honneur. Moi m'asseoir devant vos seigiîeuries I
FELICIANA.
Mettez-vous près de la mariée. Personne ne vous disputera cette place.
TELLO , à part.
Je n'aurais jamais cru qu'il existât une beauté aussi parfaite.
PELAGE
Et moi, oii pourrai-je m'asseoir?
NUNO
Toi , mou ami, ta place est dans l'écurie , et c'est la que tu pet» faire la fôte.
TELLO, à part. Vive Dieu! je me «en» brûler de mille feux. [Uaut.) commeni se nomme la mariée?
riÉLAGE.
Pelage, seigneur.
NUNO
Te tairas-tu ! Sa seigneurie parle aux femmes, et tu n'es pas une femme, toi. — Elle se nomme Elvire, monseigneur.
TELLO
Vive Dieu! voilà une Elvire qui est bien belle, et qui est digne par ses attraits d'un mari... aussi bien né.
NUNO
Allons, jeunes filles, égayez la fêle.
TELLO , à pai t.
Elle est ravissante.
NUNO
Ed attendant que le curé arrive, dansez à la mode de ce pays.
JOANA.
Le curé est déjà arrivé.
TELLO
Dites-lui qu'il n'entre pas. {A part. ) Cette beauté céleste me fait perdre la raison.
SANCHB.
Pourquoi, monseigneur, ne voulez-vous pas que le curé....
TKLLO.
Parce que... à présent que je vous connais, je veux vous honorer davantage.
SANCHB.
Tout ce que je demande, tout ce que je désire, monseigneur, c'est de me marier avec Elvire.
TBLLO.
Demain ce sera mieux.
SANCHB.
Ah! seigneur, ne retardez pas, de grâce, le bonheur que j'attends. Ce serait pour moi un désespoir. D'ici à demain , songez-j, le moindre accident peut me ravir un bien que je suis au moment de posséder. On a dit depuis longtemps que chaque soleil amène avec soi quelque chose de nouveau. Qui sait ce que nous amènera le soleil de demain ?
TELLO
Quel ciilêiemenl!... Je veux lui faire honneur, lui faire fêle, et lui, ma sœur, sans égard pour voire présence , il s'obsline de la façon la plus tnnlli.tmu'ie!... Emmenez votre fille, Nuno , el demeurez tranquille celle uutl.
NUNO
11 sert fait comme vous ordonnez.
Don Tetlo, Feliciana et leur» Domestiques sortent. ELVIRB.
Quelle injustice! et de quoi se fâche don Tello?.. Je le lui auraisiit si cela n'eût pas été inconvenant de ma part.
NUNO
J'ignore sa volonté, son intention ; mais il est seigneur, et tout ce que je puis faire, c'est de m'affliger qu'il soit venu dans ma-
maison.
n son
SANCHE
J'en suis encore plus fâché, quoique je n'aie rien fait paraître.
PELAGE
Ah ça , est-ce qu'il n'y a pas de noce cette nuit?
JUANA
Hélas ! non.
PELAGE
Et pourquoi ?
JOANA.
Don Tello ne le veut pas.
PELAGE
Don Tello peut donc l'empêcher î
JUANA
Il parait qu'il en a le pouvoir.
Plf.LAGE.
En ce cas, il a bien fait d'y mettre opposition avant l'arrivée difc curé.
Il sort avec Juaoa cl Le'oncr.
SANCHE
Écoute, Elvire.
ELVIRE
Hélas ! mon ami , je sens que je ne suis pas née pour être heureuse.
Quel est donc le projet de don Tello , qu'il ait désiré difl'érer jusqu'à demain?
ELVIRE
Je ne sais ce qu'il peut vouloir; mais il n'en faut pas douter, il veut quelque chose.
SANCHE
Combien il est cruel de m'enlevcr cette nuit!... J'ai peine, ma chère âme, à contenir mon dtipit, ma rage.
ELVIRE
Sancho. je te regarde comme étant di'j.i mon mnr! Vieiis letle* nuU a ma porte.
SANCIIE.
0 mon bien! la laisseras-lu ouverte?
El.VlRE.
Oh 1 non , impossible.
SANCHE
Enfin, par celte promesse, lu me sauves la Tie. Jt me sertis taé
ELVIliB.
Et moi je serais morte avec loi.
SANCHE
Le curé est venu, mais n'a pas pu entrer.
KLVIRB.
Don Tello s'y est opposé.
SANCUE.
Mais si tu consens à m'ouvrir, je me consolerai de ce malheur; car pour guérir des tourments comme les miens, l'amour vaut ud curé ^
ItoMTtcaU