KUNO
Tu ne devines pas ?
SANCIIB.
De grAce, que vous est-il arrivé ? Je crains un malheur.
NUNO
Oui, le plus grand des malheurs.... et auprès duquel tous lea lulres ne sont rien.
SANCIIB.
Qu'est-ce donc T
NUNO
Une troupe de gens armés est venue , et après avoir brisé les portes, ils ont enlevé ...
SANCUR.
Assez! n'achevez pas! Tout est fini pour moi.
NUNO
J'ai voulu, à la clarté de la lune, les reconnaître. Mais cela m'a été impossible : ils étaient masqués.
SANCIIB.
N'importe, seigneur, il n'en faut pas doflcr, ce sont des dômes* tiques de don Tcllu, à qui vous avez voulu que je parlasse. Maudit soit ce conseil! Dans toute la vallée il n'y a (ju'une dizaine de maisons, lesquelles sont habitées p.ir de pauvres laboureurs .. ce n'est aucun d'eux. Il est certain que c'est le seigneur qui l'aura fait conduire chez lui , et cela nie prouve qu'il ne me la laissera pas épouser. Mais, sachcz-lc bien , j'aurai justice, - oui, j'aurai justice ici-bas, quoiqu'il soit le plus riche et le plus puissant du royaume*
Vire Dieu ! je vais... Je mourrai du moins, si je ne réussis à auirt cnose.
NUNO
Arrête, Sanche.
PELAGE
Pardieu ! si je rencontre ses pourceaux dans le pré, je les assomme à coups de pierres, fussent-ils entourés de gardes.
NUNO
Allons , mon fils, appelle la raison à ton secours.
SANCUE.
Eh! mon père, suis-je en état de réfléchir? Vous m'avez donné un conseil funeste, donnez-m'en un bon à présent.
NUNO
Demain nous irons parler au seigneur don Tello. C'est une étourderie de jeunesse, et je suis persuadé que déjà il s'en repent. Je te réponds d'Elvire : ni menaces ni prières , rien ne pourra la faire céder.
SANCHB.
Je la connais, et je le crois... Hélas I je meurs d'amour, je succombe à la jalousie. A quel homme est-il jamais arrivé un semblable malheur? Et dire que c'est moi qui ai conduit sous mon toit le loup cruel qui m'a ravi mon innocente brebis !... J'avais donc perdu l'esprit ; car les cavaliers riches et puissarîs napportcnt jamais que du malheur dans la maison des pauvres .. 11 me semble voir son beau visage couvert des perles qui tombent de ses yeuï éplorés, tandis qu'elle défend son honneur. Il me semble, — pensée douloureuse! — il me semble que je l'entends gémir et repousser son tyran. La voyez-vous? elle s'enveloppe de ses cheveux comme d'un voile pour ne pas lire dans ses regards les infâmes désirs qu'il éprouve... Ah! Nuno, laissez-moi ; la vie m'est odieuse... Je ne sais plus ce que je dis... Hélas 1 je me meurs d'amour, je succombe à la jalousie.
Allons, Sanche, mon enfant, du courage.
SANCHE
J'imagine, je crains des choses dont la seule ioee nâ bouleverse, malgré moi, jusqu'au fond de l'âme. Enseignez-moi la chambre d'Elvire.
PéLAGE.
El à moi la cuisine; car, avec toutes ces aventures, je n'ai pas loupé et je meurs de faim.
NUNO
Entre et repose jusqu'à demain. Don Tello n'est pas un barbaw.
SANCHE
Hélas ! je meurs d'amour, je succombe à la jalousie.
JOURNÉE DEUXIÈME