I. IG
182 LE MEILLEUR ALf^ADB EST LE ROL
FELICUNA.
Tello, si aujourd'hui elle dit non, demain elle poum dfrn oui. Soyez patient, accordez-lui une trêve. Prenez quelque repos, et CDiuite vous reviendrez au combat.
TELLO
Vous me commandez la générosité envers une femme qui yeul ma mort.
On frappe de nouTeaa.
ELTIRB.
Puissent mes larmes, noble dame, vous engager à intercéder pour mon honneur!
FELiciAXA, d Tello.
Ne vous irritez pas de cette défense. Elle est bien naturelle, et 1^'habiiude seule pourra rendre cette jeune fille plus traitable. Attendez , mon frère.
On frappe.
TELLO
Qu'est-ce donc ?
FBLICIANA.
Il y a près d'une heure que son vieux père et son époui frappent à la porte. Il est juste, il est même nécessaire qu'on leur ouvre. Autrement ils en induiraient qu'Elvire est ici.
TELLO
Tout le monde prend à lAche de m'irriler. Cachez-vous là , Elvire... et que l'on fasse entrer ces deux rustres.
ELVIHE.
Gr&ce au ciel, je vais avoir un moment de repos.
TELLO
Je l'ai épargnée, et encore elle se plaint I
SlTtrt M cadic.
FELiaANA.
Holà I quelqu'un ?
CELio , du dehon.
Madame?
FELICIAN V
Appelez ces deux pauvres laboureurs. (A don Tello. ) Vous, mon firére, iraitez-lcs bien; songez que cela importe à votre noblesse, à votre honneur.
Enlrcnl NU^O cl SANCIIE.
Niiso.
Seigneur, après avoir baisé le seuil de votre château, car nous ne sommes pas dignes de baiser vos pieds, nous venons vous rendre compte de ce qui se passe. Vous excuserez la rusticité de notre langage. Sancbe, qui doit se marier avec ma fille Elvire, et dont vous vouliez bien être le parrain , vient se plaindre à vous du plus cruel outrage que la bouche d'un homme ait jamais raconté.
SANCHE
Magnanime seigneur, devant qui ces montagnes inclinent humblement leur front couvert de neige, et pour qui elles font couler de leurs flancs ces sources qui fertilisent vos prairies; par le conseil de Nuno, plein de confiance en vos lumières et en votre vertu, je vins vous demander votre agrément pour me marier, et voua avez daigné honorer notre chaumière de votre présence. Il sufïit, je croi», que vous ayez mis le pied dans notre demeure pour que vous soyez obligé de nous venger d'un acte si horrible, si énorme... si inconvenant *, que l'honneur même de votre nom y est intéressé... Si jamais vous avez été au moment de posséder un objet que vous aimiez, et que dans ce raoment-là même on vous l'eût ravi, imaginez, seigneur, tout ce que vous auriez souffert... moi qui sous mes habits de laboureur ai le cœur d'un cavalier, et qui ne suis pas si ignorant que je ne sache au besoin manier l'épée, — en apprenant cette nouvelle je me sentis blessé dans mon honneur; car bien que je ne fusse pas marié encore, j'avais donné ma parole , et cela revient au même. Alors , voyant mon malheur, je me plaignis à toute la nature. Je dis à la lune : « Que tu es heureuse de n'être jamais privée de la lumière du soleil! quelle que soit l'épaisseur des nuages, sous quelque forme qu'ils se déguisent, ils ne sauraient t'enlever ton éclat. » De là courant dans la campagne, triste et furieux, je m'irritai contre les vignes, dontles embrassements amoureux étreignaient les arbres du rivage; je brisai leurs nœuds, et j'arrachai leurs rameaux fleuris , comme on a rompu mes liens à moi et flétri ma destinée.... Ayant entendu dans les ténèbres le murmure d'une fontaine, je crus entendre des gémissements et des plaintes, et toute mon âme fut troublée.... Un arbre s'élevait audessus des autres, et l'attaquant avec le tranchant de mon épée, je l'abattis , parce que, dans son orgueil, il me semblait le lyran des faibles arbrisseaux qui végétaient à ses pieds. — On dit, seigneur, dans le pays (mais c'est une calomnie, étant qui vous êtes) , on dit qu'épris en aveugle de ma femme , c'est vous qui l'avez enlevée et que vous la tenez cachée dans ce château. Malheureux! ai-je dit, ne parlez pas ainsi de don Tello , mon seigneur ; il est l'honneur et la gloire de la maison de Neyra ; il est mon parrain , et il doit honorer ma noce de sa présence. » Seigneur, plein de prudence et de bonté comme vous l'êtes, vous ne souffrirez pas mon déshonneur, qui serait aussi le vôtre, et l'épée au poing, s'il le faut, vous ferez rendre à Sanche son épouse et à Nuno sa fille chérie.
TELLO
Je suis 00 ne peut plus affligé, mon ami, d'une pareille audace*
' D« eato tan alroz, énorme, y feo.
Saacbe lu moment où il qualiTie comme il convient l'acte de don Ti llo, s'aperçoit ^'il ezeile la colère de eelai-ci, et auwitèl il ad«uoit ton iaB{;«ce.
je ne la souffrirai pas sur me» terres; et le scélérat qui a enlevé Elvire et la relient chez lui sera puni comme il le mérite. Prends des informations , et sache quel est celui qui, inspiré par 1 amour ou par une secrète haine, a osé nous offenser ainsi tous deux ; justice te sera rendue aussitôt. Quant aux paysans qui se permettent de mal parler de moi, je ferai châtier leur insolence. Allez , que Dieu rous protège.
SANCUB, bas, à Nuno.
Je sens la jalousie qui m'entraîne.
NUNO, bas, à Sanche.
Au nom (lu ciel, Sanche, conlicns-toi.
SANCHB, de même, ie brave tout.
JELLO.
Vous me ferez connaître ceux qui murmurent sur mon compte.
SANCHE, bas. Rien ne m'arrêtera.
TELLO
Je ne sais où elle est. Autrement, sur ma vie , je tous la ferais rendre.
Entre ELVIRE.
ELVIRE
Don Tello ne le sait que trop . mon ami , mon Sanche ; ctr c'est lui qui me retient ici cachée.
SANCHK«
Mon Elvire, mon bien , ma vie I
TELLO
Ah I c'est ainsi que vous vous comportez avec moi !
SANCHB.
Que n'ai-je pas souffert depuis hier ?
NUNO
0 ma fille! en quel état m'a réduit ton absence I Je n'avais plut la tète à moi.
TBLLO.
Allons, vilains, retirez-vous.
SANCHE
Laissez-moi du moins la serrer dans mes bras; songez que je suis aoD époux.
TELLO
Holà, Celiol holà, Julio!... Tuez-moi ces gens-là.
FELiaANA.
Un peu de pitié, mon frère. Ils ne sont point coupables.
TBLLO.
Alors même qu'ils seraient mariés, je ne saurais supporter &ant d'insolence. Qu'on les lue
SANCHE
Bien que la mort soit habituellement si redoutée , moi je ne U crains oas.
RLTIRK.
ie brave également et la mort et la yie.
SANCHE
Mon trésor, mon Elnre, je mourrai content près de toi.
ELVIRE
Moi, quand j'aurais à souffrir mille morts, je conserverai intact non honneur.
TELLQ.
Et devant moi, encore, ils osent se montre leur tendressel Et je ne les châtierais pas !... ( Appelant ). Holà , Julio ! Celio I bolàf holà!
Entrent JULIO, CELIO et d'autres Valets. CELIO.
Seigneur ?
JULIO
Seigneur?
TEl.LO.
Tuez-moi ces misérables , assommez-les-moi à coups de b&ton.
CELiO.
Qu'ils meurent '
Nnûo et Sanchc sortent chassé» par Celio et Julio TELLO.
C'est en vain désormais que tu espérerais me toucher par tes larmes et tes plaintes. Déjà je pensais à le restituer à ton vieux père; mais à présent, à présent que j'ai entendu ton insolent défi, tu seras à moi, de gré ou de force, ou bien je ne serais pas l'homme que je suis.
FELICIANA.
Mon frère, songez que je suis là et vous entends.
TELLO
Elle sera à moi ou elle mourra.
FELiciANA , à part.
Comment la délivrer d'un homme qui ne se connaît pluff
Us torteat.