SCÈNE U
La campagne devant le ch&tean de don Tello. Entrent NUJÎO et SANCHE poursuivis par JL'LIO et CELIO.
JULIO
C'est ainsi , vilains , que Ton récompense votre témérité.
CBUO.
Sortex ! sortez au plus vite 1
ÎÎIÎÎD.
Sortez! sorteil
Julio el Cclio sortent.
SANCHF.
Tuez-moi, barbares! — Ah 1 que n'ai-je apporté aYec moi nn* épée !
NUNO
0 mon fils! prends bien garde!... Je crains que cet homme mbk Trein ne te fasse assassiner.
SANCBB.
Que m'importe? puis-je tenir à la vie désormais?
NDNO.
Le temps nous apportera du secours.
SANCHB.
Vive Dieu ! je reste ici. On me tuera si l'on veut. Puisque je nt puis la ravoir, je mourrai du moins devant la maison où elle ett
renfermée.
NUNO
Non, non, vispourdemander justice. Le roi ne te la refusera pai et s'il te la refusait, tu en appellerais à Dieu.
Entre PELAGE.
PELAGE
Ah ! les voilà.
8ANCUK.
Qui vient là ?
C'est moi, c'est Pelage enchanté, et qui vous apporte de bonnef nouvelles.
SANCHB.
A noua, de bonnes nouvelles!
PéLAGB.
Oui , des bonnes , et des meilleures
SANCHB.
Eh quoi donc? Ne vois-tu pas que je meurs et que Nu8o ft rendre l'âme?
PéLAGB.
Bonnes nouvelles , vous disje.
NUfïo, à Sanehe.
Ne sais-tu pas qu'il est fou?
PéLACI.
Elvire a reparu.
SANCHB.
Àh ! mon père; à cisll l'aurait-on rendue? Que dis- tu là, mon •cher Pelage?
JOURNEE II, SCEiNE II. 187
PéLAGK.
Oui, on raconte dans tout le bourg que depuis hier, à minuit elle est dans la maison de don Tello.
SAJ«(CUE.
Maudit sois-tu!
PELAGE
Et tout le monde est convaincu qu'il ne la rendra pas.
Mon fils, au lieu de nous désoler du mal, pensons au remède. Alphonse, que sa valeur et ses exploits ont fait roi de Castille , réside à présent à Léon. II est bon et justicier. Va le trouver, informe le de ce qui se passe, et, je me trompe fort, où il nous rendra justice.
SANCHE
Ah ! Nuno, le roi de Castille est un prince parfait, je n'en doute pas; mais comment un pauvre laboureur pourra-t-il pénétrer jusqu'à lui? Comment oserai-je jamais franchir le seuil de son palais? quel portier souffrira que j'entre? Là on ouvre les portes au drap d'or, au brocart, aux brillants cortèges, et l'on a raison, je l'avoue; mais à nous autres, pauvres diables , on ne nous permet que de regarder les armoiries qui sont au-dessus des portes, et encore à condition de ne pas nous en approcher de trop près. Si je vais à Léon, et que j'essaye d'entrer dans le palais, vous me verrez bientôt en revenir tout meurtri de coups de hallebarde. Quant aux mémoires, aux suppliques que l'on parvient à remettre au roi et qu'il reçoit avec tant de bonté,— croyez-le, — elles tombent bientôt de sa main dans l'oubli. Si je vais là-bas, je verrai des dames, des cavaliers , des églises , le palais , le parc , et puis je reviendrai sans avoir réussi , pour vivre dans nos montagnes sauvages au milieu de nos rochers et de nos sapins, plus triste et plus affligé que jamais.